La laïcité et nous

La laïcité et nous

Dossier

Les précédents dossiers sur la question laïque ont abordé diverses facettes de la question. D’autres pourraient l’être.

Les deux dossiers, pour ce numéro et le prochain numéro de L’Émancipation, portent sur la question “La laïcité et nous”.

On peut entendre cet intitulé de diverses façons. Tout d’abord, qui est ce “nous” ? “Nous”, c’est la tendance syndicale qui plonge ses origines dans le syndicalisme enseignant du début du XXe siècle : la FNSI (Fédéraion Nationale des Syndicats d’Instituteurs et d’institutrices), puis la FUE (Fédération Unitaire de l’Enseignement) de l’entre-deux-guerres… et la tendance syndicale des “Amis de l’École Émancipée”. Ce courant connaît après 1945 diverses vicissitudes (par exemple la scission avec les “lambertistes”). Celle qui nous concerne plus directement, est la scission de cette tendance au début des années 2000 qui a débouché sur deux tendances : École Émancipée – FSU, et Émancipation tendance intersyndicale.

Il ne s’agit donc pas de se poser en continuateur direct d’une histoire “glorieuse”. Mais plutôt de voir comment un courant syndical de lutte de classe a abordé, de façon théorique et pratique, une question comme celle de la laïcité. Dans un secteur bien particulier, celui de l’école, secteur stratégique aussi bien pour la bourgeoisie républicaine laïque que pour l’Église catholique.

Dès le départ, le courant syndicaliste révolutionnaire se trouve confronté à un problème, celui de l’État. Il doit concilier deux impératifs : défendre la laïcité de l’État et de l’école, affirmer les droits (notamment syndicaux) des personnels de l’école laïque face à l’État laïque. Et ce y compris sur le terrain pédagogique : si les dogmes religieux n’ont pas leur place dans l’école laïque, les dogmes nationalistes et la pédagogie imposée doivent aussi être mis en échec pour former des esprits libres.

Cette tension entre l’attachement à l’école publique laïque et le conflit avec l’État bourgeois qui contrôle cette école, traverse l’histoire du syndicalisme enseignant en général, et celui du courant syndicalisme révolutionnaire en particulier. FNSI, FUE, “Amis de L’École Émancipée”… y seront confrontés, ce qui ne va pas sans débat et hésitations comme le montre le premier article. Dans ce dossier, nous remonterons jusqu’au début des années 1950, qui constituent un moment charnière. En effet, en 1945 l’Église sort en partie discréditée de ses liens pour le moins troubles avec le régime de Vichy qui avait attaqué la laïcité (subventions à l’enseignement privé). Pour autant, notamment par l’intermédiaire de partis comme le MRP, elle cherche à revenir sur les lois laïques, notamment en termes de financements. L’ÉÉ s’en inquiète dès 1945 : nous publions deux articles issus des premiers numéros de L’École Émancipée, lors de sa reparution. À la Libération, le courant se reconstitue à peine, reprend la publication d’une modeste revue se limitant à deux pages pour son numéro 1… mais se préoccupe très vite de la question laïque tout en affirmant une position d’indépendance de classe : défendre la laïcité contre les tentations cléricales oui, mais sans faire confiance aux dirigeants de l’État et en menant le débat dans le syndicalisme alors unifié sans cacher les divergences. L’article d’Albert Lapraz (voir article) rappelle les grandes lignes de son orientation en la matière, sachant que le début des années 1950 est marqué par les premières lois anti-laïques de l’après-guerre.

Le dossier se poursuivra dans notre prochain numéro, pour aborder les décennies ultérieures.

Dossier coordonné par Quentin Dauphiné

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