Le temps de la désobéissance est-il enfin venu ?

Le temps de la désobéissance est-il enfin venu ?

Parmi de nombreux écrits, trois sont sans doute particulièrement notables et peuvent constituer des leviers pour cesser d’obéir, pour réussir à se dire que “non, ça ne passera pas par nous”, et que résister est un verbe qui se conjugue toujours au présent !

Le premier, daté du 5 mai, émane du Ministère (1). On y découvre cette injonction : “La crise du Covid-19 peut être utilisée par certains pour démontrer l’incapacité des États à protéger la population et tenter de déstabiliser les individus fragilisés. Divers groupes radicaux exploitent cette situation dramatique dans le but de rallier à leur cause de nouveaux membres et de troubler l’ordre public. Leur projet politique peut être anti-démocratique et antirépublicain. Ces contre-projets de société peuvent être communautaires, autoritaires et inégalitaires. En conséquence, certaines questions et réactions d’élèves peuvent être abruptes et empreintes d’hostilité et de défiance : remise en question radicale de notre société et des valeurs républicaines, méfiance envers les discours scientifiques, fronde contre les mesures gouvernementales, etc. Or, plus que jamais, nous avons besoin de bâtir une société de la confiance, solidaire porteuse de sens et offrant aux élèves des chemins vers une socialisation positive”. Autrement dit, toutes les manifestations d’expressions, de contestations vis à vis de ce gouvernement doivent être surveillées, dénoncées, sanctionnées. Ambiance (2).

Le second est un texte de Richard Abauzit, ex-inspecteur du travail et instituteur, paru le 11 mai sur le site Rapports de force, l’info pour les mouvements sociaux. Son titre est éloquent : “Je télétravaille, tu télétravailles, le patron profite”.

L’auteur y explique comment tout fait système : avant la pandémie, 3 % des salarié·es travaillaient ainsi, depuis, c’est 1 salarié sur 4 !  Le télétravail, on nous le vend bien : un travail libéré, délivré de l’obéissance au quotidien, c’est l’exact contraire : une véritable laisse électronique.

Le travail à domicile est encadré dans le Code du travail, des conquêtes chèrement acquises concernant le temps de travail : la majoration des heures supplémentaires, le paiement des charges liées au loyer, l’énergie, la fourniture ou le remboursement des accessoires par l’employeur, etc (cf art L7411-1 à L7424-3). Mais, depuis les ordonnances Macron de 2017, l’accord se fait “de gré à gré”, on ne compte plus les heures : il s’agit de la “régulation de la charge de travail”. Dans ce contexte, le “volontariat” s’impose, le traçage est permanent, les plages horaires sont laissées à la disposition de l’employeur, le “droit à la déconnexion” est soumis, de fait, à la mise en concurrence, à l’atomisation de chacun·e, de toutes et tous. Souvent la triple peine pour les femmes, “enfermées” à la maison, dans un objectif clair : l’ubérisation, la fin des statuts et des droits des salarié·es.

Oui, mais et l’écologie dans tout ça ? Oui, moins de papier, mais Richard Abauzit souligne justement les big data, les coûts sur la santé, les exploitations destructrices à chaque échelon, en Asie, en Afrique… !

Il souligne que le  capitalisme a désormais un besoin vital du marché lié au numérique et de l’asservissement le permettant… 

Le troisième texte est une tribune signé par “le groupe de Grenelle”, émanant de hauts fonctionnaires du CNAM (membres du Centre national d’étude des systèmes scolaires), publiée le 14 mai sur le site du Café pédagogique : “Nous, cadres de l’Éducation nationale, confondus par la situation faite à l’École de la République, ne pouvons nous résoudre à cet état de fait et prenons la responsabilité d’écrire ici pour, qu’au moins, nous puissions nous regarder en face et nous dire que nous avons prévenu du tournant qu’avait pris l’École. Car au-delà de telle ou telle mesure, c’est bien la philosophie d’ensemble qui vient heurter nos valeurs. La culture ministérielle actuelle est éloignée, de fait, de la culture professionnelle enseignante et de terrain”.

Ce long texte analyse et détaille comment J.M. Blanquer, excellent communiquant, attaque méthodiquement ce qui fait l’école publique, de la maternelle à la terminale.

Ce qui est également intéressant c’est que ce sont précisément les “garants” de cette politique qui semblent vouloir se mettre debout, même si, hélas, le dévoilement, nécessaire, ne suffit pas à bloquer le processus.

Une fois de plus, en ce mois de juin 2020, la question du Que faire ? est urgente. Au-delà du dire, le faire !

Concrètement s’organiser pour refuser absolument et collectivement que les cours à l’Université, et ailleurs ne reprennent pas en “télétravail”, car c’est bien ce qui va se passer si on laisse faire… et puis à chacun de nos actes, de notre pratique professionnelle se poser la question de l’éthique, de la désobéissance nécessaire aux injonctions, des droits, sans jamais oublier ceux des enfants (cf Base élèves, fichage numérique, réalisé par des enseignant·es, dont ce n’est pourtant pas la mission, au motif de “commodité de gestion”). Tout passe par l’obéissance !

 Rosa

(1) https://eduscol.education.fr/cid151499/reouverture-des-ecoles.html

(2) à lire un article complet sur https://nantes-revoltee.com/��le-ministere-de-leducation-nationale-sinquiete-dune-fronde-contre-les-mesures-du-gouvernement-chez-les-eleves/

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