Appel de la coordination nationale de l’Education (30 août)

Appel de la coordination nationale de l’Education (30 août)

COVID À LA RENTRÉE, EFFECTIFS À CRAQUER, BLANQUER À LA TÉLÉ :
IL Y A URGENCE À RECONSTRUIRE LE COLLECTIF ET LES MOBILISATIONS !


Appel de la Coordination nationale de l’Éducation (1er et 2nd degrés)
Dimanche 30 août 2020

La première réunion de coordination nationale de l’Éducation de cette année scolaire s’est tenue le 30 août 2020, à la veille d’une rentrée scolaire qui s’annonce chaotique dans un contexte inédit. Au-delà de situations locales toujours plus disparates et d’une Éducation toujours plus territorialisée, ce tour d’horizon national a permis de faire ressortir un tableau d’ensemble terriblement rageant, d’autant plus dans une situation qui dicterait tout l’opposé.

Déni de réalité et flot de mensonges éhontés de Blanquer, injonctions de dernière minute et improvisation impardonnable du ministère, mise sous tension permanente et mépris des personnels, mise en danger de leur santé et de la santé publique, logique économique et managériale intransigeante, mépris de toute considération pédagogique malgré l’interruption de la scolarité et l’explosion des inégalités, dégradation criante des effectifs dans nos classes et des conditions de travail et d’apprentissage, accélération de la dérégulation et des attaques à la faveur de la crise sanitaire, et répression quand les personnels et les élèves refusent de subir.

À ce tableau plus révoltant que jamais, nous avons d’immenses acquis à opposer, après les mobilisations historiques de l’an dernier ! L’Éducation était déjà sous une tension extrême ; en gérant cette rentrée sous COVID comme si de rien n’était, Blanquer crée toutes les conditions pour que l’École explose. La situation en cette rentrée nous engage : à reconstituer les collectifs de travail et de lutte, à formuler et poser nos revendications, à construire et généraliser les résistances et les mobilisations !

Dans l’Éducation non plus, pas de retour à l’anormal !

Rentrée 2020 : alors que le coronavirus continue de circuler, rien de prévu pour protéger les élèves et les personnels !

Cette rentrée 2020 est marquée par la persistance de l’épidémie de COVID—19. Contrairement à toute la communication de Jean-Michel Blanquer, cette rentrée ne peut, dans ce contexte, être normale. Or, alors que les scientifiques alertent sur la recrudescence de la circulation du virus, que les mesures de port obligatoire du masque dans les espaces publics se multiplient, le ministère de l’Éducation, lui, n’a pris aucune mesure ni pour protéger la santé des élèves et des personnels, ni pour rattraper le retard et compenser les inégalités scolaires qui se sont aggravées durant la période de confinement.

C’est en fait même le contraire : alors que l’épidémie accélère à nouveau, Blanquer a sorti en dernière minute un « non-protocole » sanitaire, où la distanciation physique est préconisée… tant qu’elle n’affecte pas la capacité d’accueil des écoles et établissements ! C’est-à-dire tant qu’elle n’oblige pas à réduire les effectifs, à faire des demi-groupes, et à embaucher des personnels…

De même, le gouvernement a non seulement rétabli le jour de carence pour les congés maladie des fonctionnaires, mais a aussi supprimé le dispositif des autorisations spéciales d’absence (ASA) pour les personnels vulnérables – dont la liste a été largement réduite à la veille de la rentrée – obligeant les personnels vulnérables à recourir à des congés de maladie ! Face à une situation catastrophique sur les remplacements des enseignants (aussi bien pour les contractuels que pour les TZR), la solution trouvée par le gouvernement est de mettre en danger les personnels vulnérables !

Alors que Blanquer a été reconduit à son poste en juillet, il s’enfonce toujours plus dans le déni de réalité, et fait comme si rien ne s’était passé l’an dernier, comme si tout était sous contrôle en cette rentrée, et s’oppose aux revendications des personnels alors que la situation créée par la crise épidémique leur donne raison sur toute la ligne, notamment sur les conditions de travail et les réformes scolaires complètement inadaptées.

Si le ministère a dû, suite aux pressions des enseignants, parents d’élèves et scientifiques, revoir le protocole sanitaire en imposant le port obligatoire du masque pour tous dès l’âge de 11 ans, l’État ne distribuera aucun masque aux élèves. Si certaines collectivités locales ont annoncé distribuer des lots – souvent minimaux – de masques aux collégiens et lycéens, cette situation aggrave les inégalités, entre les territoires où des masques seront distribués et d’autres où ils ne le seront pas, et entre les familles qui auront les moyens d’acheter et renouveler des masques et les autres.

De même, aucun test systématique n’est prévu ni pour les personnels ni pour les élèves. Rien de sérieux n’est non plus prévu concernant les écoles et établissements dans lesquels surviendront des cas de COVID, et il faudra se battre ne serait-ce que pour connaître les cas de contaminations et faire appliquer les « repères » parus en catastrophe. Quant aux mesures de distanciation physique et gestes barrière, comment les assurer dans des classes toujours plus surchargées ?

De fait, le ministère se défausse de sa responsabilité, renvoyant toutes les décisions au local ainsi qu’à la responsabilité individuelle des personnels et des familles.

La Coordination nationale de l’Éducation dénonce la légèreté coupable avec laquelle le ministère a « préparé » cette rentrée. Elle dénonce le fait que le gouvernement renvoie chacun à sa responsabilité individuelle sur la distanciation physique et les gestes barrière, alors que dans le même temps des élèves et des personnels vont se retrouver dans des classes surchargées sans moyen fourni pour assurer leur protection collective, et quasi sans médecine scolaire ou du travail.

Elle revendique un allègement drastique des effectifs par classe pour pouvoir assurer la distanciation physique entre élèves. Elle réclame la distribution gratuite de masques chirurgicaux par l’État à tous les élèves et aux personnels – comme c’est le cas en Grèce, en Italie, et dans des départements et régions en France – ainsi que des mesures de dépistage systématique pour éviter l’apparition de clusters dans les établissements.

De même, les mesures de protection passent aussi par la mise à disposition de gel hydroalcoolique dans les classes, de lingettes désinfectantes, et des embauches statutaires des personnels techniques nécessaires pour assurer un bionettoyage fréquent.

La Coordination nationale de l’Éducation appelle les personnels à se saisir de tous les outils de protection dont ils disposent : Registres Santé et Sécurité au Travail (RSST), droits d’alerte, Commissions Hygiène et Sécurité dans le secondaire, et CHSCT départementaux et académiques.

Elle appelle à rendre publics auprès des collègues, des parents et des médias les cas de contamination que l’administration voudra étouffer.

Sur le plan pédagogique, rien de prévu pour rattraper la période de confinement !
Alors que des élèves vont revenir en classe, pour certains sans avoir fréquenté l’école depuis presque 6 mois, les fermetures de classes et suppressions de postes continuent. Des milliers de collègues contractuels ne savent pas encore s’ils vont être réembauchés, après des années de service dans l’Éducation nationale.

En juin dernier, le ministre Jean-Michel Blanquer avait lui-même déclaré : « Si le virus est toujours là à la rentrée, il y aura toujours la règle de groupes restreints. Ce qui est favorable, d’ailleurs, pédagogiquement. ». En cette rentrée 2020, alors que le virus circule à nouveau de façon alarmante, les effectifs par classe augmentent, comme chaque année !

La période de confinement et de fermeture des écoles et établissements scolaires a entraîné une aggravation des inégalités scolaires et un retard considérable dans l’apprentissage des élèves. Ce n’est pas de l’obsession de Blanquer pour ses « évaluations remusclées » que les élèves de tout niveau ont besoin (et encore moins de « rattrapages » des E3C, parfois dès les premiers jours de septembre, pour les lycéens qui ont refusé de les passer), mais bien de moyens dégagés en urgence pour compenser les retards et permettre d’adapter les programmes au rythme des élèves. Les programmes sont même alourdis, notamment avec l’entrée en vigueur des programmes de Terminale générale, et certains changements de programme en école et collège en plein été.

Tout au contraire, le ministère ne prévoit aucun moyen supplémentaire, notamment dans le second degré malgré la hausse démographique qui s’ajoute à la crise, mais aussi en Éducation prioritaire alors que les moyens ont été grignotés année après année et que la nomination d’une secrétaire d’État dédiée préfigure la casse de l’Éducation prioritaire à brève échéance. Dans le secondaire, les volants d’heures supplémentaires dédiées à de l’aide et du soutien non seulement ne suffisent pas, mais vont s’ajouter à la masse déjà considérable de travail des personnels.

Réponse de Macron et Castex à nos revendications de recrutements ? « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ! »

Au lieu de créer massivement des postes et d’ouvrir des classes, Jean-Michel Blanquer propose donc de recentrer les apprentissages sur ce qu’il appelle les « fondamentaux », les mathématiques et le français, au détriment des autres disciplines. En réalité, il tente de profiter de la crise sanitaire pour avancer dans ses réformes prévues de longue date, et de remettre toujours plus en cause nos métiers et l’objectif d’une éducation émancipatrice.

La Coordination nationale de l’Éducation réclame l’arrêt immédiat des fermetures de classes et suppressions de postes. Elle revendique la réduction drastique des effectifs par classe et le dédoublement des classes pour améliorer les apprentissages, et donc un plan massif d’investissement dans l’Éducation passant par des embauches massives dans toutes les catégories de personnels (enseignants, vie scolaire, personnels d’entretien, AESH, PsyEN, médecins et infirmières scolaires, médecins de prévention), en commençant par la titularisation des personnels précaires. Elle réclame, comme c’est prévu par la loi, la mise à disposition de matériel informatique et de l’accès Internet par l’employeur.

Enfin, pour permettre de rattraper le retard et les inégalités engendrés par la période de confinement, il est urgent d’aménager les programmes.

« Sur la table », de nouvelles attaques !
Si Blanquer se révèle incapable de répondre aux préoccupations pédagogiques et sanitaires immédiates des personnels et des familles, en revanche il continue d’avancer sur les attaques contre nos métiers. L’annonce à grand bruit de l’ouverture d’un « Grenelle des professeurs » n’a pas de quoi nous réjouir, bien au contraire : il s’agit avant tout d’un marché de dupe destiné à achever la casse de nos métiers et de nos dernières garanties en terme de « gestion des ressources humaines ». Si Blanquer se préoccupe réellement de la rémunération des personnels, il n’y a qu’une chose à faire : dégeler le point d’indice, et augmenter les salaires de tous les personnels !

Les attaques contre la Fonction publique se poursuivent. Amélie de Montchalin, à peine nommée ministre « de la Transformation et de la Fonction publique », a clairement indiqué sa feuille de route : appliquer jusqu’au bout la loi de « transformation de la Fonction publique », avec toutes ses attaques contre nos droits et nos statuts, notamment la disparition des CHSCT.

Enfin, Macron et Castex ont annoncé leur intention de remettre en selle la réforme des retraites, qu’ils avaient dû reporter suite aux grèves historiques de cet hiver et suite au désastre sanitaire.

La Coordination nationale de l’Éducation réaffirme ses revendications contre la réforme des retraites, contre la destruction des services publics et des garanties collectives, contre les réformes Blanquer, et pour nos conditions de travail.

Contre la répression dans l’Éducation et ailleurs : soutien aux 3 de Melle et aux autres victimes de répression !

Face à la mobilisation des personnels qui refusent sa politique de destruction de l’Éducation, le ministère Blanquer a choisi la voie de la répression. Les cas de répression administrative et judiciaire se multiplient : contractuels et AED non renouvelés, TZR déplacés…

Le cas le plus emblématique de cette vague de répression est celui de nos trois collègues de Melle dans les Deux-Sèvres. Alors que le rectorat de Poitiers les avait suspendus 4 mois en mars dernier, il a pris la décision en juillet de renouveler pour 4 mois cette suspension, en dehors de tout cadre légal, et sans que les collègues aient la possibilité de se défendre !

Le 16 juillet dernier, des collègues de toute la France sont venus à Poitiers se rassembler en solidarité avec les 3 de Melle pour soutenir une audience intersyndicale. La veille, le rectorat avait annoncé son intention de convoquer des CAPA disciplinaires à la rentrée. Les dates de convocations de ces CAPA ne sont pas encore connues, mais il est d’ores et déjà essentiel de tout faire pour construire une mobilisation massive le jour de la convocation de ces CAPA, pour mettre en échec la vague répressive lancée par le ministère.

D’ores et déjà, la Coordination nationale de l’Éducation appelle à se mettre massivement en grève le jour de ces CAPA, et à organiser une montée nationale à Poitiers pour défendre nos 3 collègues !

Cette répression n’est pas circonscrite à l’Éducation nationale. Dans tous les secteurs, des collègues, des camarades que nous avons côtoyés dans les mobilisations sont confrontés à des suspensions, mises à pied, révocations, mutations forcées, etc. C’est le cas à la SNCF, où le ministère du travail a autorisé le licenciement d’Éric Bezou, cheminot dans les Yvelines ; à la RATP, où la direction a décidé de révoquer Alexandre El Gamal, conducteur de bus dans le Val-de-Marne ; à l’Inspection du Travail, où Anthony Smith a été muté d’office à 200 km de chez lui ; à la Poste, où des salariés sont ciblés par à une féroce répression…

Pour prendre la pleine mesure de la systématisation de la répression et construire une riposte globale, la Coordination nationale de l’Éducation appelle à diffuser et participer aux initiatives communes contre la répression lancées notamment par le comité de soutien aux 3 de Melle au sein d’un collectif interprofessionnel contre la violence patronale et gouvernementale. Elle appelle à participer au meeting interprofessionnel qui aura lieu à Paris le mercredi 16 septembre, et qui sera également retransmis sur Internet.

Pour la défense de nos revendications, face aux attaques contre nos métiers, mobilisons-nous dès la rentrée ! Toutes et tous en grève le 17 septembre !

Face au pari cynique et inconscient que constitue la décision d’organiser une rentrée sans distanciation possible et sans autre protection que des masques fournis aux seuls personnels, face aux attaques qui se multiplient contre nos métiers d’autant plus à la faveur de la crise sanitaire, il est urgent de reprendre dès la rentrée le terrain de la mobilisation. Dans la Communauté de Madrid, après un simple préavis de grève reconductible soutenu par une écrasante majorité des enseignants du second degré, les personnels ont obtenu des avancées considérables avant même la rentrée.

Après des mois où les liens ont pu être distendus au sein des équipes, il est urgent de reconstruire du collectif au sein de nos écoles et établissements. Dès la rentrée, multiplions les assemblées générales, les heures syndicales, les conseils des maîtres.

Alors que des écoles et établissements ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire grève dès la rentrée contre des mesures de suppressions de postes ou de fermetures de classe (par exemple à Sarcelles dans le Val-d’Oise dès juillet), il est urgent d’appuyer les résistances et les grèves, et de coordonner dès maintenant toutes ces luttes en reconstruisant les coordinations locales de ville, de bassin, de région…

La Coordination nationale de l’Éducation appelle à soutenir et participer aux initiatives autour des conditions d’emploi des contractuels et des TZR, comme les rassemblements devant des rectorats dès ce mercredi 2 septembre, comme à Créteil, Clermont-Ferrand, etc.

Le jeudi 17 septembre, les organisations syndicales CGT, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, UNEF, UNL appellent nationalement à une journée de grève et de mobilisation, dans l’Éducation et ailleurs. La Coordination nationale de l’Éducation appelle à rejoindre cette journée de grève en mettant en avant nos revendications au sein de cortèges Éducation visibles, et à mettre en débat cette grèvedans nos assemblées générales. Des préavis nationaux de grève couvrent toutes les catégories de personnel jusqu’en octobre.

La Coordination nationale de l’Éducation appelle enfin à porter nos revendications dans les manifestations du samedi 12 septembre, à l’appel de collectifs de soignants et des Gilets Jaunes.

La prochaine réunion de coordination nationale de l’Éducation aura lieu le dimanche 13 septembre à 13h45 par conférence téléphonique, avant la journée de grève du jeudi 17.

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