Des évaluations nationales qui posent problème !

Des évaluations nationales qui posent problème !

Nous publions ci-dessous à propos des évaluations nationales :
– la prise de position des collègues du lycée Mozart (Blanc-Mesnil, 93).
– le communiqué de plusieurs syndicats (rappel : publier des communiqués syndicaux n’implique pas un accord sur tous les points avec leurs directions).

Ce communiqué a été approuvé par l’ensemble de l’Assemblée Générale.

Des enseignants de Lettres et de Mathématiques du lycée Mozart s’opposent aux tests de positionnement en Seconde

Nous, enseignants de Lettres et de Mathématiques du lycée Mozart, condamnons fermement les tests de positionnement auxquels, en français et en mathématiques, chaque élève de Seconde est soumis en ce début d’année. Décidés en haut lieu sans consultation des personnels, ces tests posent une série de problèmes majeurs qui attestent de la défiance et du mépris croissants du ministère envers les enseignants.
Déjà instaurés depuis deux ans, cette année, ces mêmes tests se présentent comme des outils aidant à la remédiation après le confinement. On fait passer une mesurette déjà instaurée, et déjà contestable, pour une mesure exceptionnelle et une réponse aux difficultés causées par le confinement. Il ne s’agit pourtant en rien d’un outil permettant un meilleur accompagnement des élèves.
En quoi ces tests informatiques, auxquels les professeurs n’ont pas accès (ni à l’énoncé des exercices ni à leur corrigé), permettraient-ils d’évaluer mieux les lacunes éventuelles de nos élèves et leurs compétences plutôt que durant les heures de cours avec eux ?
Comment faire passer ces tests et tenir le discours du Ministère assurant que ces tests permettraient ensuite de l’Accompagnement Personnalisé en Français et en Mathématiques alors que la DHG largement insuffisante accordée à notre établissement ne prévoit aucune heure d’Accompagnement Personnalisé en Français ni en Mathématiques ?
Quel est l’intérêt pédagogique de faire perdre des heures de cours précieuses, en Français, en Mathématiques et dans les autres disciplines dont les professeurs sont convoqués pour faire passer ces tests – c’est-à-dire en fait surveiller les élèves devant leurs ordinateurs ?
Quel est l’intérêt pédagogique, alors même que nos élèves retrouvent les cours en « présentiel », de les remettre seuls devant un ordinateur pour leur faire faire des exercices qui ne reflètent en rien le travail accompli en Seconde ?
Quel est l’intérêt pédagogique de livrer ensuite à chaque élève les résultats de ces tests qui se présentent sous forme de cases de compétences par lesquelles on leur signifie qu’ils en ont une « bonne maîtrise » ou une « maîtrise très insuffisante » ? Comme s’ils ne s’en doutaient pas déjà et nous non plus, et comme s’il s’agissait de les ranger dans ces cases.
L’aberration et le scandale que constituent ces tests ne s’arrêtent pas là. Pour les professeurs qui ont pu voir ces tests, le résultat est édifiant : il s’agit, en réalité, de tests cognitifs dont chaque matière, mathématiques ou français, est un prétexte à fabriquer des « stats ». Car le but avoué est de fournir de la statistique au gouvernement et incidemment au ministère. Notre travail d’enseignement consiste à mener les élèves à la réussite, là où ces tests entendent fournir des pourcentages pour mieux numériser les inégalités territoriales et culturelles.
Plus largement, on peut sérieusement s’interroger sur les motivations profondes de ces tests dont on a appris l’an passé que les résultats étaient hébergés par des serveurs Amazon avec lequel le ministère a manifestement passé contrat. Au nom de quoi devrions-nous venir engraisser cette machine privée à but éminemment lucratif au détriment des élèves ? N’existe-t-il pas des serveurs publics pour stocker des données dont personne, pas même la CNIL, n’a la certitude de l’anonymisation ? Qu’est-ce qui nous garantit que ces tests ne seront pas utilisés par Parcoursup ou d’autres dispositifs de classement des élèves et des établissements ?
Alors que les établissements naviguent à vue et dans une très grande inquiétude faute d’un protocole sanitaire clair et raisonnable – faute de moyens supplémentaires accordés –, alors que nos élèves de Seconde s’entassent à 30 dans des salles de classes mal ventilées – faute de moyens supplémentaires accordés –, nous nous opposons à la tenue de ces tests qui, faute de moyens supplémentaires accordés, seraient les seuls écouvillons que le Ministère propose aux élèves et à ses personnels.

Evaluations nationales : un coupable mélange des genres

Communiqué SNES-FSU, SNuipp-FSU, SNUEP-FSU, SNEP-FSU


mardi 22 septembre 2020

Évaluations nationales et questions aux élèves sur le confinement : un coupable mélange des genres

A grand renfort d’effets de manche médiatiques, le Ministère de l’Education nationale a présenté les les évaluations obligatoires pour les classes de CP, CE1, 6eme et 2de et CAP comme des outils « pour mieux cibler et organiser l’accompagnement des élèves » dans le contexte bien peu normal d’une rentrée post confinement.
Les professeurs ont découvert ces derniers jours que des questions complémentaires, mais loin d’être anodines, ont été ajoutées dans la plus grande discrétion. Dans le second degré, elles portent d’une part sur le vécu des élèves pendant le confinement, d’autre part sur les méthodes de travail de leurs professeurs pendant cette même période (« lorsque vous envoyiez du travail à votre professeur, comment vous faisait-il un retour ? », accompagné de propositions de réponses binaires). S’il est tout à fait légitime de chercher à en savoir plus sur la façon dont les élèves ont vécu cette période si particulière du confinement, le mélange des genres est pour le moins problématique. A quoi pourront bien servir des résultats d’une enquête sur la perception par les élèves du travail des professeurs, intégrés à un test visant à évaluer les connaissances des élèves ? Dans le 1er degré, le fait que ces questions sont facultatives ne figure ni sur le cahier des élèves, ni sur celui des enseignants, qui ignorent pour la plupart qu’elles ne sont pas obligatoires. De plus, à la fin des cahiers des élèves de CP et de CE1 figurent des questions aux enseignants pour savoir si l’élève est revenu à l’école avant l’été ou non… quel sera l’usage réservé à ces questions, dont les familles ne sont pas informées ?
Les professeurs et les familles n’ont pas été prévenus de la teneur des questions sur le confinement : or des questions imprévues d’ordre psychologique, avec des réponses binaires, peuvent être déstabilisantes pour certains élèves. Quant aux professeurs, ils ont découvert en direct, lors de la passation du test, que des questions portaient sur leur travail pendant le confinement et pas seulement sur les connaissances des élèves.
Il est étonnant par ailleurs que l’on interroge ainsi les élèves sans accorder aux équipes pédagogiques le temps d’analyser la période de confinement / déconfinement pour mieux faire face aux épisodes à venir.
Le SNES-FSU, le SNUipp-FSU, le SNUEP-FSU et le SNEP-FSU dénoncent la confusion entretenue par le Ministère sur la nature de ces tests. Ils exigent que les personnels soient clairement informés du caractère facultatif de cette partie des évaluations nationales. Chacun devra avoir le choix de répondre, ou pas, à ces questions.
Le SNES-FSU, le SNUipp-FSU, le SNUEP-FSU et le SNEP-FSU exigent également que les familles soient informées directement et de manière explicite de l’utilisation des données personnelles concernant leur enfant.
Pour nos organisations, les évaluations nationales standardisées et autres tests ne peuvent être l’alpha et l’oméga de la rentrée 2020. Ni l’école ni les élèves ne peuvent trouver un intérêt à la passation de ces évaluations nationales. Encore moins cette année.

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