Maurice Rajsfus, un très grand bonhomme

Maurice Rajsfus, un très grand bonhomme

Hommage

Il nous a quittés en juin dernier. Il aurait sûrement beaucoup souhaité participer aux grandes manifestations qui se déroulaient à ce moment pour dénoncer l’impunité des assassins d’Adama Traoré.

La violence policière, la pire, il l’a connue à l’âge de 14 ans, le 16 juillet 1942. La police de Vichy, celle de Bousquet, Papon, Laval, Pétain, celle du fascisme français au service du nazisme, organise et réalise la “rafle du Vel d’Hiv”. Le policier qui vient arrêter la famille est un voisin. Les parents seront gazés à Auschwitz le 27 juillet. Pour les deux enfants, il n’y avait pas d’ordre précis et les parents avaient eu la présence d’esprit de leur demander de partir. Ils survivront ainsi dans Paris et Vincennes occupés.

Maurice est né athée et communiste. Il appartiendra brièvement aux Jeunesses Communistes à la Libération avant d’en être exclu, accusé d’être un “provocateur”. Il n’admet pas que le Parti Communiste participe à la “reconstruction” de la France et accepte en son sein le flic qui a arrêté ses parents.

Maurice a été trotskyste. Il a participé à “Socialisme ou Barbarie”. Il sera au PSU pendant la guerre d’Algérie et un peu après. Il fait partie des rares anticolonialistes qui se sont élevés tout de suite contre les crimes coloniaux, dès les massacres de Sétif et Guelma en mai 1945.

Il a toujours été anticolonialiste, il était dans la fameuse manifestation contre la guerre d’Algérie et l’OAS le 8 février 1962 (10 mort·es au métro Charonne).

Maurice a été jusqu’au bout un infatigable combattant contre les crimes de la police française, de Vichy aux crimes racistes actuels en passant par les Algériens jetés dans la Seine en octobre 1961 ou par les violences commises en mai 68 et dans les années qui suivirent. Il a assuré la publication de 200 numéros de la revue Que fait la police ?.

Il était profondément antimilitariste.

Il a beaucoup écrit contre le fascisme et notamment contre cette France de Vichy dont les idées brunes ne cessent de renaître.

Il a aussi écrit sur les Juif·ves, ces ouvrier·es athées venu·es de Pologne qui rêvaient à la fois de liberté et de révolution. Il a dénoncé ceux et celles qui ont collaboré (l’UGIF, Union Générale des Israélites de France, organisme créé par Vichy, qui a contribué à la déportation des Juif·ves étranger·es).

Il a toujours dénoncé le racisme sous toutes ses formes. Il était antisioniste, auteur dès 1989 de “Israël/Palestine, l’ennemi intérieur” puis d’un livre sur les réfugié·es palestinien·nes en Jordanie.

En novembre 2009, j’ai eu l’immense privilège d’être à la tribune avec Stéphane Hessel et lui aux “6 heures pour la Palestine” à Caen. Le retour en train s’est passé trop vite, il n’arrêtait pas de partager sur tous ses souvenirs de lutte.

Les dernières rencontres ont été au “Village du livre” à la fête de L’Humanité, où chaque année il présentait un nouveau livre ou une bande dessinée.

Sa sœur Jenny, institutrice, a été membre de l’École Émancipée.

Maurice, on continuera tous tes combats.

Pierre Stambul

Une fiche lui est consacrée dans Le Maitron en ligne pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus sur son long parcours militant.

Une sélection bibliographique

Des Juifs dans la collaboration, L’UGIF (1941-1944), préface de Pierre Vidal-Naquet, éd. Études et Documentation Internationales, 1980 (2 volumes).

Jeudi noir, Paris, éditions L’Harmattan, 1988 (sur la rafle du Vélodrome d’Hiver).

Les Silences de la police – 16 juillet 1942-17 octobre 1961, avec Jean-Luc Einaudi, éd. L’Esprit frappeur, 2001.

Palestine, chronique des événements courants, 1988/1989, éditions L’Harmattan.

La police hors la loi – Des milliers de bavures sans ordonnances depuis 1968, Le Cherche midi, 1996.

Mai 68 – Sous les pavés, la répression, Le Cherche midi, 1998.

Le Chagrin et la colère, Le Cherche midi, 2005.

La France Bleu Marine – De Marcellin à Sarkozy (mai 1968-octobre 2005), L’Ésprit frappeur, 2005.

Moussa et David, dessin de Jacques Demiguel, Tartamudo, 2006.

Portrait physique et mental du policier ordinaire, éd. Après la Lune, 2008

Les mercenaires de la République, Éditions du Monde libertaire, 2008

Le Petit Maurice dans la tourmente, 1940-1944 – Quatre ans parmi les sous-hommes (bande dessinée), dessin de Mario et Michel D’Agostini, éd. Tartamudo, 2010.

Je n’aime pas la police de mon pays – L’aventure du bulletin Que fait la police ? (1994-2012), illustrations de Siné, Faujour et Tignous, éditions Libertalia, collection “À boulets rouges”, 2012.

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