Covid 19 : Sidérant

Covid 19 : Sidérant

“Sidérant !” c’est le mot de Catherine Hill épidémiologiste et biostatiticienne. Montrant que la courbe des entrées en réanimation, critère important pour la gravité de l’épidémie, suit une évolution exponentielle, cette chercheuse ne décolère pas vis-à-vis du gouvernement, qui, dans cette situation très préoccupante, ne cesse de diminuer les protections de la population.

Et on la comprend, vu que Macron n’a pas fait que nous exhorter à vivre avec le virus de la Covid 19. En fait il n’a fait qu’organiser notre vie avec… et à l’occasion notre mort !
Au moment où des réponses nationales fortes étaient attendues, y compris par le bien docile Conseil scientifique, le premier ministre, au lieu de donner l’exemple sur l’isolement comme cas contact, n’a fait qu’apporter la confirmation du dédouanement sur le local.
Et il a fallu encore attendre Véran, quelques jours après, pour annoncer les premières mesures de portée nationale :
– d’abord la durée de l’isolement à sept jours plutôt que 14, parce que c’est difficile de respecter les 14 jours (sic) et que la contagion serait moindre de 7 à 14 jours. Ce relâchement, contraire aux préconisations de l’OMS, est déjà contestable pour les cas avérés, et tout simplement scandaleux pour les cas contact ;
– ensuite la présence d’un cas contact dans une classe ne doit pas entraîner la fermeture de la classe, au motif que les enfants ne seraient pas très contagieux, thèse qui continue à être discutée par les chercheurs et vis-à-vis de laquelle les Allemand•es, entre autres, sont très circonspects.
Les deux seules décisions nationales annoncées par Véran ont été deux baisses très risquées du niveau de protection. Et d’ailleurs, les conséquences ne se font pas attendre : les cas avérés flambent entre 10 et 20 000 au niveau global dont plus de mille au niveau des jeunes scolarisé•es (difficile d’avoir un compte précis du fait des bricolages de chaque établissement et du secret exigé par l’administration).
Au moins Véran avait-il précisé que pour deux ou trois élèves cas contacts, le protocole de juillet s’appliquait toujours. Mais quatre jours après, alors que l’épidémie s’aggravait encore, notamment au niveau des entrées en réanimation et des morts, devant la faiblesse des réactions syndicale, Blanquer ne s’est plus senti de limites et a annoncé une troisième décision de portée nationale :
– on ne ferme plus une classe pour deux ou trois cas contact, ni même pour un cas testé positif, pas plus d’ailleurs pour deux ou trois élèves testé•es positif/ves ! Que ce soit de l’inconscience ou du cynisme cette décision est scandaleuse et on peut s’inquiéter de la faiblesse de réaction des syndicats et des associations de parents d’élèves, comme sur tout ce qui touche à la gestion gouvernementale de l’épidémie, comme si elle ne devait pas donner matière à dénonciation et revendications. Quel que soit le niveau réel de contagiosité des enfants, on est là dans des tolérances de positivité qui partout ailleurs définissent les clusters, d’autant plus avec l’impossibilité d’assurer la distanciation sociale et le contrôle de flux d’élèves. De telles décisions vont multiplier les risques pour les élèves (quatre collégiens de moins de 15 ans ont été hospitalisés, dont deux en réanimation et l’ARS de Bretagne a estimé que les masques tissus fournis aux personnels d’éducation ne permettaient pas de protéger efficacement les élèves) et pour les personnel, les parents et grands parents : quelques jours avant la conférence de Véran, la très médiatique cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine de Paris, Karine Lacombe, a annoncé avoir été testée positive. Elle a soupçonné la rentrée des classes de sa fille, qui “a présenté un nez qui coule” pendant plusieurs jours. À l’époque, cette infectiologue aurait souhaité un protocole sanitaire “plus contraint” dans les écoles. Elle faisait allusion au protocole de rentrée. Il serait intéressant de connaître son avis sur les deux stupéfiants allègements que ce protocole a subi depuis. En tout cas, des élèves de CM2 d’Herblay ont bien compris la situation. Elles ont repris Blanquer venant vanter les tablettes qui vont permettre de généraliser l’enseignement distanciel (avec ou sans Covid) : “Vous n’avez pas peur de venir dans une école, avec le Covid ?” lui a demandé l’une. Tandis qu’une autre lui lançait “Pourquoi vous nous apportez des tablettes et pas des masques ?”

Le pouvoir s’affole… lentement
Le 23 septembre, le pouvoir a brutalement changé de stratégie. Il ne prend même plus la peine de se cacher derrière les préfets ou de faire semblant de consulter les élu•es. Il ne suit même plus les mises en garde des scientifiques, des milieux médicaux ou des “autorités de santé”. Il prend seul ses décisions, perçues comme très brutales. En fait un ramassis de mesures inadaptées, en retard sur l’épidémie et incohérentes, voire injustes. Les gens ont du mal à comprendre la fermeté sur les bars/restaurants et le laxisme sur l’école, les transports les grands événements sportifs et le travail (cf. la répression de l’inspecteur du travail Anthony Smith pour avoir voulu faire respecter la protection sanitaire des travailleur•euses), l’annonce de la fermeture des piscines démentie le lendemain, l’insistance sur le fait que les autres pathologies que le Covid continueront à être traitées à l’hôpital alors qu’une part de plus en plus importante des opérations sont annulées dans plusieurs régions, que Castex avoue publiquement ne pas s’être inscrit sur l’application Covid, le gadget du gouvernement… Le résultat, là non plus, ne s’est pas fait attendre : exacerbation des tensions entre secteurs et entre régions et perte de crédibilité de la gestion gouvernementale de la crise, et on peut le craindre de tout plan sérieux de lutte contre la Covid 19.
La circulation active du virus et la progressive saturation du système de santé partout dans le pays, ne peut être jugulée par un spectacle hebdomadaire de Véran avec ses nuances de rouge qui devraient – si l’impéritie gouvernementale persiste – toutes devenir de plus en plus écarlates pour déboucher sur la seule chose que ce pouvoir sait faire, l’état d’urgence sanitaire.
Avant qu’il ne soit trop tard et qu’on débouche une fois de plus sur le choix dramatique des malades qui peuvent être soignées à l’hôpital et sur le re-confinement général, il y a urgence à tenir compte des avis des spécialistes et des responsables de terrain (le fait qu’à Marseille les courbes s’infléchissaient n’a pas été prise en compte par Veran) et des politiques qui ailleurs donnent des résultats.

Le plan d’urgence qui s’impose
Plutôt qu’un plan d’urgence qui va pour l’essentiel enrichir les actionnaires, les patrons et les banques, il y a urgence à satisfaire les besoins des services publics, qui permettent de mieux résister à la crise sanitaire et économique, à commencer par l’hôpital et l’école public :
– investissement massif et immédiat dans le système de santé public ; – augmentation massive des lits en particulier de réanimation, des équipements et stocks aussi bien de protections, que de produits nécessaires à des réponses longues et massives à la maladie ;
– relocalisation des productions de santé ; recrutement massif de personnels titulaires (par le biais des listes complémentaires des concours) ;
– une politique cohérente de dépistage “isoler, tester, tracer”, l’abandon de la politique stupide du chiffre pour les tests avec allongement ubuesque des délais et priorité des tests pour les publics à risque et la résorption des clusters…

Voilà les responsabilités de Véran, plutôt que de promulguer ces derniers jours un décret permettant le licenciement des personnels de santé et de passer son temps à justifier sa gabegie sur les tests et à monter les régions les unes contre les autres ;
– suppression ou a minima suspension (comme le demandent y compris les employeurs territoriaux) du jour de carence, retour à une période de 14 jours d’isolement des cas contact et positifs ;
– reconnaissance de la Covid 19 comme maladie professionnelle pour l’ensemble des services publics à commencer par tous les métiers de la santé et de l’éducation ;
– retour à des règles nationales rigoureuses de protection des personnels et des élèves, de gestion des cas contact et avérés, de fermetures de classe et d’établissement ; mise à disposition gratuitement de masques pour les personnels et les élèves (au minimum chirurgicaux pour les enseignants et FFP2 pour les personnels non enseignants) ; maintien des ASA pour les personnels sensibles et le retour à la liste d’avril des pathologies concernées ;
– des conditions sanitaires et financières, négociées avec les organisations syndicales et les groupes pédagogiques et explicitement limitées à la durée de l’épidémie, de mise en place de l’enseignement distanciel…
– un plan d’urgence pour l’école avec le recrutement de personnels enseignants, AED, AESH, TOS, afin d’améliorer les conditions de travail, réduire les effectifs par classe et permettre une véritable distanciation physique, le rattrapage de l’année scolaire dernière ainsi que l’enseignement dans des conditions qui favorisent l’égalité entre tous les élèves.

Olivier Vinay, le 26 09 2020


Ce masque qui cache la forêt des atteintes aux libertés
Porter le masque pendant des heures de boulot, à la chaleur, ce n’est certes pas une partie de plaisir. Et son efficacité à l’extérieur n’est pas prouvée.
Mais de là à considérer que porter le masque est liberticide, comme certains•es militant•es ou les manifestations contre le masque, mâtinées extrême droite l’avancent, est une erreur.
Du point de vue collectif d’abord : la liberté de chacun•e s’arrête où commence celle des autres : le masque chirurgical (contrairement au FFP2) protège surtout les autres. Au vu des retards des mesures gouvernementales et de la gabegie des tests, le masque demeure la meilleure façon de combattre l’épidémie. L’exemple des pays d’Asie en première ligne des maladies émergentes est parlant et ils/elles ne vivent pas tou•tes sous le joug de régimes despotiques. Du point de vue individuel le masque protège contre la Covid et beaucoup d’autres maladies, mais aussi contre la pollution, et surtout contre deux graves entorses aux libertés : la reconnaissance faciale et l’interdiction du masque dans les manifestations. Il y a décidément beaucoup de libertés attaquées frontalement à défendre d’urgence, avant celle de ne pas porter le masque.

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