Un mois dans le monde

Un mois dans le monde

Où va l’Europe ?

On a eu Juncker, le roi de “l’optimisation fiscale” à la tête de la Commission Européenne. Pas de rupture avec Ursula von der Leyen : le néolibéralisme pur et dur reste le credo officiel. Avec un petit clin d’œil aux racistes. La commission chargée de l’immigration (c’est-à-dire de la sous-traitance de l’enfermement des migrant·es aux milices libyennes) aura le doux nom de “commission pour la protection du mode de vie européenne”. Ça ne s’invente pas et on se demande quelle sera la prochaine étape, la protection de la race aryenne ?

Pendant ce temps, un par un, les pays européens rentrent dans des crises politiques dont on ne voit pas l’issue.

Portugal, Espagne

Le modèle portugais est en crise. Il s’était fait remarquer par une (légère) désobéissance à la Commission Européenne qui exigeait une nouvelle cure d’austérité. Cela avait permis au PC et au “Bloc de Gauche” de soutenir un gouvernement “socialiste” minoritaire. Les salaires de misère et la précarité généralisée provoquent aujourd’hui de nombreuses grèves et des mouvements sociaux.

En Espagne, la droite s’est unie et l’alliance entre Ciudadanos, le Parti Populaire et les néo-fascistes de Vox est aujourd’hui à la tête de la plupart des régions. En face, le PSOE et Podemos n’ont pas su ou voulu s’unir, le premier ne voulant pas rompre avec le libéralisme. Les deux sont incapables d’en finir avec la politique répressive vis-à-vis des indépendantistes catalans, victimes d’un procès d’un autre âge. On va revoter en novembre.

Italie, une nouvelle marche sur Rome ?

En Italie, Matteo Salvini a provisoirement perdu son pari. Fort de sondages lui promettant un raz-de-marée, il a échoué à provoquer des élections anticipées. L’alliance entre les “cinq étoiles” et le parti démocrate est un réflexe de survie de ces deux partis. Le départ de Matteo Renzi du parti démocrate (il avait détricoté le code du travail quand il était au pouvoir), ne signifie pas nécessairement le retour d’une “gauche italienne”. Écarté du pouvoir, Salvini va puiser son inspiration dans l’histoire italienne des années 1920. Il entend occuper la rue et multiplier les manifestations. Il s’appuie sur une poussée de racisme antinoir. Chaque semaine, le public des stades pousse des cris de singe quand un Noir touche le ballon. En toute impunité.

Allemagne

La fin de l’exception allemande

L’AFD, l’extrême droite raciste, dont certains dirigeant·es font référence au Troisième Reich, obtient à présent des résultats comparables aux grands partis de l’extrême droite européenne : 25 % en Saxe et 23 % dans le Brandebourg. Ça fait peur, non ?

Grande-Bretagne

C’est brutalité contre brutalité. D’un côté l’Union Européenne veut faire payer le plus cher possible le Brexit, histoire de décourager tout pays qui voudrait imiter cette sortie. De l’autre, Boris Johnson se comporte en imitateur de Trump, prêt à passer en force, même s’il est clairement minoritaire sur sa stratégie.

Il fait le pari de l’incapacité de ses opposant·es à s’unir. Pour l’instant, le camp des patrons proeuropéens refuse clairement la perspective d’une arrivée au pouvoir de Corbyn.

Colombie

En 2016, les pressions avaient été énormes sur les dirigeant·es des FARC pour qu’iels signent la paix avec le gouvernement après plus d’un demi-siècle de guerre. Où en est-on ? Les paramilitaires et les grands propriétaires sont revenu·es dans les zones autrefois tenues par les FARC, assassinant paysan·es et syndicalistes. Les ancien·nes guérilleros qui ont fait le pari du retour à la vie civile subissent des inculpations ou des exécutions sommaires. Du coup, un dirigeant des FARC, Yvan Marquez, annonce la reprise de la lutte armée.

Yémen

La coalition que l’Arabie Saoudite soutient est en train d’éclater. Les séparatistes d’Aden (plus ou moins armés par les Émirats Arabes Unis), se sont emparés de la ville, accélérant la fragmentation du pays et la disparition de toute forme d’État. Ces péripéties n’effacent pas la stratégie saoudienne qui organise la famine du peuple yéménite pour faire capituler le camp houthi.

Afghanistan

C’était devenu un secret de polichinelle, Trump négociait, dans le dos du gouvernement afghan installé par les troupes occidentales, avec les Talibans. Le dernier attentat contre les troupes états-uniennes à Kaboul a provisoirement mis fin aux discussions. Mais il ne fait pas de doute qu’à terme, Trump ou ses successeurs leur remettront le pouvoir.

Inde

Après sa nette victoire électorale, Narendra Modi attise les possibilités d’affrontement. Il a révoqué l’autonomie du Cachemire, province à majorité musulmane, prenant à revers les dirigeant·es de la région qui s’efforçaient de donner une alternative (par le vote) à ceux/celles qui prônent la lutte armée. Dans l’État d’Assam, près de deux millions de musulman·es ont été déchu·es de leur nationalité et deviennent apatrides.

Israël

Seule satisfaction après les nouvelles élections, le pays est momentanément ingouvernable. L’issue la plus probable après les marchandages qui s’annoncent, c’est une “grande coalition” (entre criminels de guerre) qui ne devrait plus être dirigée par Nétanyahou. Du coup, la prison se rapproche pour ce sinistre individu, on se console comme on peut.

Il n’y a rien à attendre de Benny Gantz, contre qui un Palestinien ayant aussi la nationalité néerlandaise a déposé une plainte pour les crimes de guerre commis à Gaza en 2014. Gantz a montré à plusieurs reprises sa brutalité et son mépris de la vie humaine.

L’électorat palestinien s’est divisé entre abstentionnisme et vote pour la “liste unie” qui obtient 13 députés (sur 120). Cette liste s’est divisée aussitôt après le vote : les communistes sont prêts à soutenir Gantz, ce que refuse absolument le Balad (extrême gauche).

Peu avant les élections, Nétanyahou avait interdit à deux députées états-uniennes (Ilhan Omar et Rashida Tlaib, respectivement d’origine somalienne et palestinienne) de voyager en Palestine. Bernie Sanders lui avait rétorqué qu’il y avait une contradiction entre cette interdiction et le fait de recevoir des sommes très importantes votées par le Congrès.

Pierre Stambul

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