Pédagogies critiques et émancipation

Pédagogies critiques et émancipation

En peu de pages, le livre Les pédagogies critiques publié chez Agone et co-dirigé par Laurence De Cock et Irène Pereira, nous invite en premier lieu à interroger le vocabulaire le plus communément utilisé en France pour qualifier les pratiques pédagogiques dont on pense qu’elles ont une visée émancipatrice.

Pourquoi parler de pédagogies critiques ?

C’est la question que pose d’emblée Irène Pereira dans l’introduction de cet ouvrage collectif. Elle souligne très opportunément que la notion de “pédagogie alternative” n’est pas forcément antinomique avec l’idéologie dominante et l’économie de marché, comme le montrent par exemple les écoles Montessori.

Elle rappelle aussi qu’en France, de Paul Robin à Célestin Freinet, les pédagogies émancipatrices se sont toujours inscrites dans une critique radicale de la société.

Pourtant, les milieux pédagogiques progressistes actuels, souvent enfermés dans des débats sur les méthodes et les techniques, ont de la difficulté à se démarquer de la récupération néolibérale. La contribution de Jean-Yves Mas montre bien comment s’est opéré ce détournement par l’idéologie dominante, et notamment le « nouveau management », de certaines thématiques, comme la coopération, le travail en équipe, la pédagogie de projet, …

Un vaste panorama des pédagogies critiques

L’expression “pédagogie critique” a donc le grand avantage de marquer très nettement l’opposition aux pédagogies prônées par l’institution et le patronat, et de rappeler en permanence qu’elle s’enracine dans une critique radicale des sociétés actuelles.

Elle a aussi l’avantage de renvoyer à un large courant issu de l’œuvre de Paulo Freire, très actif dans de nombreux pays.

Le livre nous invite alors au survol d’un large éventail de pratiques pédagogiques et militantes visant à l’émancipation, c’est-à-dire à s’affranchir de toutes les dominations.

On découvre ainsi les expériences de pédagogie intersectionnelle et la pédagogie queer aux États-Unis, la pédagogie de “critique de la norme” en Scandinavie, la “pédagogie critique décoloniale” en Amérique Latine. Aux États-Unis, l’éducation populaire est aussi le cadre de ces expérimentations. Même si la France reste en retard sur ce mouvement, des expériences de pédagogie critiques y sont aussi menées, comme la pédagogie féministe par le groupe Traces. Laurence De Cock propose des pistes pour “décoloniser l’enseignement de l’histoire”.

Une lecture indispensable pour celles et ceux qui se préoccupent de pédagogie émancipatrice et qui militent pour une autre école dans une autre société.

Raymond Jousmet

Les pédagogies critiques, Laurence De Cock et Irène Pereira (dir.), Agone, 2019, 140 p., 12 €.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com)

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