Genre, éducation et média

Première partie : questions de genre
lundi 15 décembre 2014

Docteure en Anthropologie Sociale et Culturelle, Martha Cecilia Cedeño Pérez est actuellement enseignante-chercheuse à l’Université Santo Tomás de Bogota. Ses travaux portent essentiellement sur les problématiques autour du genre et de la place des femmes dans les sociétés. Nous publions ci-dessous la première partie de la conférence qu’elle a donnée le 25 juin 2014 au centre d’études de L’Hospitalet, près de Barcelone. Ce texte est la première traduction française de son intervention, réalisée et adaptée spécifiquement pour notre revue, par Jean Vaz et Isabelle Le Moal pour la deuxième partie...

Dans l’actualité, et malgré les succès obtenus dans de multiples domaines de la société, il existe encore des inégalités structurelles entre hommes et femmes dans les formes et l’intensité des différentes évolutions. Ce déséquilibre est lié au rôle que jouent les femmes dans les différentes sphères de la vie sociale, politique, économique et culturelle qui les relègue, dans la plupart des cas, à des positions de subordination, exclusion et marginalisation.

Des mécanismes d’inégalité structurels

Et il ne s’agit pas d’une situation conjoncturelle mais au contraire, d’un état permanent dont l’histoire remonte à de nombreux siècles en arrière et qui a à voir avec les modèles de caractère patriarcal très enracinés qui placent les femmes dans une position d’inégalité par rapport aux hommes. Ainsi, malgré les progrès dans le domaine de l’accès à l’éducation, au travail hors du foyer, à l’utilisation des technologies, etc., elles continuent à souffrir dans leur chair des conséquences de ces mécanismes pervers d’inégalité qui les mènent au bord de la précarité et de l’indigence dans beaucoup de sphères de la vie quotidienne. En plein XXIe siècle elles sont encore victimes de tout type de vexations, injustices, rites, préjugés, ancrés dans la tradition et dans des croyances qui laissent apparaître au fond de rigides normes de pouvoir masculin. Pour l’exemple il suffit de jeter un coup d’œil aux statistiques mondiales et nationales qui parlent de ces profondes situations d’inéquité où se trouve l’autre moitié de la population.

Pour commencer, avec les enfants, les femmes sont les êtres les plus vulnérables dans des contextes de violence, de catastrophes naturelles et de précarité économique. En ce sens, elles sont les protagonistes forcées des migrations externes et internes. En 2009 l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) estimait que 90 millions de femmes résidaient hors de leur pays d’origine et en 2011 le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) calculait que 214 millions de personnes étaient des migrant-e-s et parmi eux 33 millions d’enfants en bas âge et d’adolescent-e-s de moins de 20 ans qui ont émigré-e-s avec leurs progéniteurs ou seul-e-s (chiffre de l’UNICEF en 2011). La Colombie, selon le rapport d’avril 2013 de l’Internal Displacement Monitoring Center(IDMC), continue d’être le pays ayant le plus grand nombre de déplacé-e-s de l’intérieur dans le monde.

On estime que jusqu’en 2012, entre 4,9 et 5,9 millions de personnes furent déplacées à cause de la situation de violence vécue dans la plus grande partie du territoire national, et parmi elles plus de la moitié sont des femmes (1).

Les violences quotidiennes faites aux femmes

Les femmes sont aussi victimes de violence dans leur environnement domestique et de pratiques culturelles qui portent atteinte à leur droit à la liberté et à l’intégrité physique. Les violences exercées sur les femmes nommées par différents termes – sexiste, patriarcal, machiste, viril ou violence de genre, entre autres – indiquent en tous les cas qu’il s’agit d’une réalité sociale avec des caractéristiques différentes par rapport aux autres formes de violence car ce type de phénomène s’exerce dans le cadre des rapports de pouvoir inégaux entre femmes et hommes. C’est une des expressions les plus graves et dévastatrices qui détruit des vies et empêche de jouir des droits fondamentaux, de l’égalité des chances et des libertés. En Colombie d’après Medicina Legal, pendant l’année 2012, un total de 1146 femmes ont péri de mort violente, 55 638 ont été soignées par des spécialistes à cause de violence intrafamiliale et 16 063 pour violence sexuelle et d’après le même organisme, les principaux agents furent les conjoints ou compagnons et la famille, c’est à dire que la plupart de ces agressions ne se sont pas produites dans la rue mais entre les quatre murs de la maison (2). Par ailleurs on peut penser que ces chiffres ne reflètent pas tout à fait la réalité car les cas non dénoncés sont sûrement nombreux et tout ceci parle de la violence domestique en Colombie comme étant un des plus graves problèmes dont le fondement repose sur des prototypes de pouvoir enracinés dans une culture clairement patriarcale.

La violence machiste se concrétise en une diversité d’abus qu’ont à souffrir les femmes, les filles et les garçons. À partir de là on distingue différentes formes de violence, physique, psychologique, sexuelle et économique, qui ont lieu dans des environnements concrets, dans le cadre de relations affectives et sexuelles, le couple et la famille, le travail et tout le cadre socio- communautaire. Et là nous pouvons identifier quelques types de violence comme les agressions sexuelles, le trafic et l’exploitation sexuelle de femmes, filles et garçons, la mutilation génitale féminine ou le danger de la subir ; les mariages forcés et la violence dérivée des conflits armés.

Pour ce qui est de certaines coutumes naturelles dans certains pays en voie de développement dans lesquels les femmes occupent le dernier échelon de la société, l’ablation génitale féminine et les mariages forcés sont parmi les pratiques les plus récurrentes qui portent atteinte de manière flagrante à leurs droits humains élémentaires. En ce sens, d’après l’UNICEF (2011) 70 millions de femmes et filles ont été victimes de l’ablation ou excision génitale et 64 millions de femmes de 20-24 ans du tiers monde se sont mariées avant d’avoir 18 ans (3).

Les femmes mises à l’écart

Sur le plan éducatif, le panorama n’est pas plus encourageant pour les femmes. D’après l’instance citée, actuellement plus de 110 millions d’enfants dans le monde ne vont pas à l’école et les 2/3 sont des filles ; quant à l’analphabétisme, sur les 875 millions d’analphabètes, les 2/3 sont des femmes et au niveau mondial l’alphabétisation des jeunes hommes est 1,2 fois plus élevée que pour les jeunes femmes dans les pays les moins avancés. Le même organisme signale qu’une des graves problématiques dans les pays en voie de développement – sauf la Chine – est le fait que la moitié des filles seront mariées à l’âge de 20 ans, ce qui signifie irrémédiablement qu’elles auront quitté l’école.

On peut ajouter à tout cela la difficulté pour les femmes d’être présentes dans les lieux où se préparent et se prennent les décisions essentielles dans la société ; la situation de précarité professionnelle et le manque d’équilibre dans les salaires car à travail égal avec les hommes, elles gagnent encore beaucoup moins ; le déséquilibre dans la réalisation des tâches domestiques car ce sont les femmes qui portent tout le poids de la maison, l’éducation et les soins à la progéniture ; l’insécurité dans les espaces publics, ce qui empêche de jouir également des lieux ouverts ; la banalisation de pratiques patriarcales dans le rapport quotidien, dans la gestion des affects et les manières de faire, etc. Ainsi, et même si en certains lieux on a obtenu l’égalité formelle grâce à des lois qui garantissent les droits fondamentaux des femmes et des hommes, cela n’implique pas nécessairement que les structures de fonctionnement qui pourraient garantir l’égalité réelle se soient transformées.

Au milieu de ce panorama si décourageant surgissent pas mal de questions sur lesquelles portera notre réflexion. Pourquoi la perspective du genre est-elle importante dans toutes les sphères de la vie sociale ? Quel rôle jouent l’éducation et les médias dans la reproduction de certains modèles patriarcaux qui portent atteinte directement à la liberté des femmes et à leur épanouissement humain ? Comment ces instances-là contribuent-elles à la banalisation des relations et des rôles inégaux entre hommes et femmes ? De quelle manière pourrait-on utiliser ces mêmes instruments pour trouver des voies de transformation d’un système androcentrique de domination ?

Rendre visible la subjectivité féminine

Un des éléments frappants lorsqu’on analyse les statistiques de certaines institutions officielles et privées du pays sur des thèmes comme l’éducation, la participation politique, la mobilité, l’économie, etc., c’est le manque d’une perspective de genre dans les données qu’ils présentent. La plupart du temps ils donnent des chiffres globaux sans faire les nécessaires discriminations qui donneraient à voir les différences parfois énormes qu’il y a dans l’application de ces facteurs aux hommes et aux femmes. Et ce silence est terriblement éloquent. On n’a pas encore intégré la nécessité d’aborder chacune des sphères de la vie sociale en tenant compte de l’autre partie de la population. Voilà un problème fondamental que la théorie féministe de ces dernières décades a bien mis en lumière : la nécessité de rendre visible la subjectivité féminine. Car l’une des stratégies fondamentales du système qui repose sur le pouvoir du père, a été de taire le statut des femmes en utilisant pour cela la division perverse en termes sexuels. Et cela se traduit par la dichotomie homme/femme, la plus ancienne qui soit, dichotomie dont le fond est d’alimenter une politique de la différence dans laquelle le féminin est directement assimilé à l’infériorité, comme l’explique Rossi Braidotti :

L’utilisation péjorative du féminin est donc structurellement nécessaire pour le [...] fonctionnement du système patriarcal. Cette nécessité est à tel point structurelle qu’elle a pratiquement très peu à voir avec les femmes de la vie réelle en dehors du fait que nous payons avec notre propre corps le prix de la disqualification symbolique du genre féminin dans son ensemble” ( Feminismo, diferencia sexual y subjetividad nomade , Barcelona, Gedisa, 2004, 234 p.)

La division des sexes dans l’histoire de la cité

Dans cet ordre d’idées, il est pour le moins intéressant de revenir au texte paradigmatique Chair et pierre de Richard Sennet ( Chair et pierre. Le corps et la ville dans la civilisation occidentale , Madrid, Alianza, 1994) dans lequel il aborde l’histoire de la cité à partir de l’expérience corporelle des personnes. Il y est question par exemple, de la conception grecque du corps humain qui suggérait des droits opposés pour les hommes et les femmes et des différences notables dans les utilisations des espaces urbains dues aux divers degrés de chaleur que les unes et les autres possédaient. Et ces inégalités coïncidaient de manière très spéciale avec la division des sexes, puisqu’on pensait que les femmes étaient des versions froides des hommes. C’est pour cette raison que les femmes ne se montraient jamais nues dans la ville – elles demeuraient confinées dans le sombre intérieur de la maison comme s’il convenait mieux à leur physiologie que les espaces ouverts au soleil – tandis que les hommes exhibaient leurs corps sans le moindre problème et l’on sait que pour les Grecs au temps de Périclès la valeur de la nudité obéissait entre autres choses à la forme qu’ils avaient de concevoir l’intérieur du corps. À l’inverse des femmes dont la physiologie était froide et par conséquent passive, les hommes possédaient une chaleur corporelle suffisante qui les dispensait de se vêtir. En outre cette condition les rendait plus fébriles, plus forts et avec la nécessaire capacité tant pour agir que pour réagir.

En ce sens les Grecs utilisèrent la théorie de la chaleur corporelle pour établir des règles de domination et de subordination, ce qui mena à diverses croyances sur la honte et l’honneur chez les êtres humains. Ainsi, “[…] le registre médical qui allait du féminin, du froid, du passif et du faible au masculin, avec le chaud, l’actif et le fort formait une échelle ascendante dans la dignité humaine et traitait les hommes comme des êtres supérieurs aux femmes, qui étaient pourtant faites des mêmes matériaux”.

Il est intéressant d’observer comment cette division en fonction des sexes instaurée dès l’Antiquité grecque porte en elle, sous-jacentes, des idées qui perdurent encore, et qui font de l’activité, le dynamisme, la capacité de parler et de diriger la caractéristique fondamentale du masculin et de la passivité, l’immobilité et la subordination celle du féminin. Et il est très révélateur, comme l’affirme Giulia Sissa, reprise ensuite par Sennet, de constater que “lorsque le féminin s’est trouvé inclus dans la même sphère que le masculin […] le résultat ne fut pas une reconnaissance généreuse de l’égalité mais un rejet du féminin comme étant « évidemment » inférieur au masculin”. Braidotti (op. cit.) parle aussi de cette infâme dichotomie qui continue d’être fermement enracinée dans toutes les sociétés, en particulier dans celles où comme en Colombie se mêlent les éléments d’une culture patriarcale pastorale et une profonde influence de l’Église catholique dans tous les domaines de la vie quotidienne. Cette combinaison constitue un point d’ancrage pour la reproduction de certains modèles culturels à travers lesquels est promue l’image de soumission et de passivité des femmes.

“[…] le système patriarcal est un système qui a codifié les sujets en termes spécifiquement sexuels en accord avec la plus ancienne des dichotomies : homme/femme. Par conséquent les sujets se différencient spécialement par le sexe, même s’ils sont aussi structurés par d’autres variables tout aussi puissantes parmi lesquelles les plus importantes sont la race et l’ethnie. La dichotomie sexuelle qui marque notre culture a systématiquement placé la femme dans le pôle de la différence, différence comprise comme infériorité par rapport aux hommes.”

Le corps féminin et les stratégies patriarcales

Et donc l’utilisation péjorative du féminin est très nécessaire dans la structure de fonctionnement du système patriarcal car c’est là-dessus que repose tout le système de la différence et de la subordination des femmes par rapport aux hommes. Et cette nécessité est si organique qu’en suivant ce qu’en dit Braidotti, elle n’a rien à voir avec les femmes étiquetées par leur nature et leur corps et la facticité muette de ce qui est féminin dans le maintien de relations inégales, tout comme le signale Judith Buttler dans un de ses livres les plus emblématiques :

“[…] tout comme dans la dialectique existentielle de la misogynie, ceci est un exemple dans lequel la raison et l’esprit sont en rapport avec masculin et capacité d’action, alors que le corps et la nature sont associés à la facticité muette du féminin qui attend le sens que lui donnera le sujet masculin opposé” (Butler Judith, Le genre en question, le féminisme et la subversion de l’identité , Barcelona, Paidós, 2007).

Et dans ce même ordre de considérations sur le féminin à partir du corps et de sa sexualité il est révélateur de reprendre la position de Foucault sur les relations de pouvoir au sens où celles-ci sont intentionnelles et pas subjectives et que donc elles sont traversées “de part en part par un calcul : il n’y a pas de pouvoir qui s’exerce sans une série de desseins et d’objectifs”. ( Histoire de la sexualité 1. La volonté du savoir , Madrid, Siglo Veintiuno éditeurs)

Et ceci expliquerait l’hystérisation du corps de la femme comme faisant partie de cette stratégie pour légitimer et reproduire à l’infini l’idée qu’en effet, ce qui est féminin est irrémédiablement lié à une sexualité exaltée et anormale, et au-delà elle fonctionne comme un mécanisme qui rappelle la condition du corps féminin forgé sans doute pour la reproduction. De là, d’après Foucault la considération du sexe comme “[…] ce qui est commun à l’homme et à la femme, ou comme ce qui appartient par excellence à l’homme et manque donc à la femme, mais aussi comme ce qui constitue à lui seul le corps de la femme, en l’orientant complètement vers les fonctions de reproduction et en le perturbant sans cesse en vertu des effets de ces mêmes fonctions”.

Le corps et le genre

Mais le corps n’est pas un objet naturel mais une entité socialisée et codifiée culturellement et, comme dirait Braidotti (op. cit.), “il constitue le lieu d’intersection du biologique, du social et du linguistique, c’est-à-dire le langage, compris comme le système symbolique fondamental d’une culture…”. De là l’importance de revenir sur ces signes d’identité du féminin que l’école, la famille et les médias généralisent en les présentant comme naturels et justes. De cette façon on pourrait mettre en évidence les éléments – subtils ou pas – à travers lesquels on conditionne les comportements de l’un et l’autre sexe et on propage des modèles conservateurs qui favorisent le développement de la subordination et la différence entre les personnes.

Cela dit, toutes ces réflexions sur le masculin et le féminin, nous conduisent sans aucun doute à ébaucher la nécessité de considérer la perspective de genre comme “une notion qui présente une série de cadres à l’intérieur desquels la théorie féministe a expliqué la construction sociale et discursive et la représentation de la différence entre les sexes” (Braidotti, op. cit.). Dans ce cas le terme “genre” – gender en anglais –, à l’inverse de “sexe” dont le sens est purement biologique, fait allusion aux caractéristiques sociales et aux rôles acquis au sein de l’organisation sociale, culturelle, économique et au système de normes et de valeurs en vigueur qui est le sien. C’est une construction donnée à partir des mécanismes instaurés dans une société qui opèrent comme catalyseurs et reproducteurs de modèles et de paradigmes qui existent en son sein depuis des temps immémoriaux. Et ces instruments, comme il a été dit plus haut, sont liés à des processus de socialisation transmis par la famille, l’école, la religion, autrement dit, par tout notre environnement dans la vie quotidienne. Dans cet ordre d’idées “[…] le genre est un système d’organisation sociale qui accorde un plus grand pouvoir et des privilèges aux hommes et qui repose sur un ensemble de croyances qui légitiment et maintiennent cette structure sociale. Ce modèle structure l’accès aux ressources et au pouvoir. Les valeurs, coutumes, traditions et stéréotypes régissent avec les lois du pays le modèle d’organisation sociale” (Rebollo Maria Àngeles, Perspective de genre et interculturalité dans l’Éducation pour le Développement , Madrid, Acsur)

Le genre à l’intersection de multiples variables

D’où l’importance d’inclure la perspective de genre d’une manière transversale pour qu’elle se transforme en un processus propre à dévoiler les implications d’une action tant pour les femmes que pour les hommes, en les incluant dans la législation, les politiques ou les programmes, en tous lieux et à tous les niveaux. La perspective de genre doit s’affirmer comme une stratégie pour intégrer les problèmes et les expériences des femmes dans le schéma, la mise en œuvre, le développement et l’évaluation des politiques ou programmes dans la sphère politique, économique et sociale, pour que les femmes en tirent profit et que l’inégalité ne se perpétue pas. Mais la notion de genre conduit aussi à ce que le problème de l’inégalité de la femme soit abordé non pas à partir d’une perspective unique mais à partir de l’analyse et de l’interaction d’autres variables fondamentales. Car il ne suffit pas de considérer la diversité et l’hétérogénéité des femmes, il faut prendre en compte des facteurs tels que l’ethnicité, la classe, l’âge, comme il a été dit lors de la conférence à Barcelone (2009) “Intersectionality : Gender as a Red Thread ” prononcée par la professeur de l’Université de Bristol, Judith Squires. Elle a passé en revue de manière intéressante les différentes phases des politiques sur l’égalité des genres au Royaume-Uni et dans l’ensemble de l’Europe. Elle a signalé entre autres choses que l’intersectionnalité de genre ne doit pas être confondue avec la notion d’inégalités multiples, car si cette dernière reconnaît l’inéquité et la discrimination accumulative, la première analyse les inégalités pour reconnaître les formes complexes du rapport entre les facteurs d’oppression.

En termes généraux le concept d’intersectionnalité nous vient de l’auteure Kimberle Crenshaw ( Mapping the margins : intersectionality in Identity Politics, and Violence Against Women of Color, 1989, document consulté le 26 août dans http://socialdifference.clumbia. edu:socialdiff/projects/Article). Dans ce livre l’auteure critique le système légal qui ne reconnaît pas la spécificité de l’intersection structurelle des variables et les formes concrètes de domination et d’oppression que cela implique. Dans tous les cas, comme le signale Judith Squires, l’intersectionnalité prétend être un instrument qui aborde le problème de l’inégalité féminine à partir d’une perspective plus ample et plus intégratrice, car elle tient compte d’autres caractéristiques qui traitent de ces différences des femmes en tant qu’individus et en tant que collectif. On peut donc la définir comme “l’interaction entre genre, race et autres catégories de différenciation des vies individuelles, des pratiques sociales, des arrangements institutionnels, idéologies et cultures, ainsi que les conséquences de ces interactions en termes de pouvoir. Ajoutons que l’intérêt essentiel d’une analyse intersectionnelle est d’étudier comment l’oppression, la subordination et les privilèges se recoupent avec différents systèmes de différentiation.” (Constanza H Squires J, 2012, ‘Institutionalising Intersectionality in the ’Big Three’ : The Change Equality Framework in France, Germany and Britain’ in Andrea Krizsan, Hege Skjeie, JA Squires (eds) Institutionalizing Intersectionality , Palgrave Macmillan, pp. 89-118).

Une approche globale de la situation des femmes

Quoi qu’il en soit, la perspective de genre en termes globaux permet d’approcher la situation des femmes dans tous les domaines de la vie quotidienne et c’est à partir de là qu’il est possible d’aborder son rapport avec les processus éducatifs et les mass médias dans leur double rôle de diffuseurs et reproducteurs de ces déséquilibres structurels entre les hommes et les femmes dans la société. De ce point de vue-là, il est paradoxal que ce soit l’école, qui, avec d’autres institutions comme la famille et la religion, soit chargée de transmettre et de perpétuer des relations et des rôles de genre qui placent les personnes dans deux univers distincts et inégaux, et qu’en même temps elle soit aussi une alternative au moment de transformer cette situation de déséquilibre entre hommes et femmes. Ce qui signifie qu’une politique éducative engagée dans la poursuite de l’équité de genre contribuerait énormément à la mise en place d’une société plus juste et plus égalitaire dans tous les sens.

Martha Cecilia Cedeño Pérez

(1) D’après María Eugenia Ramírez de l’ONG colombienne CLADE. Cf http://caracol.com.co/noticias/actualidad/en-150-mil-crece–el-numero-de-desplazados-por-ano-en-Colombia-onu/2010504/nota/1019108.aspx

(2) Cf : http://www.ansa.it/ansalatina/notiziari/colombia/201308231658835596288.html

(3) Il n’est pas nécessaire d’aller très loin pour trouver ce genre de pratiques. En Colombie la communauté Embera Chami a pratiqué au nom d’une de ses coutumes ancestrales, l’ablation du clitoris sous couvert de l’autonomie reconnue par les organismes internationaux. Il semble cependant que selon une information parue dans la revue Semana, cette communauté a mis fin à cette pratiques. cf : http://www.semana.com/nacion/articulo/colombia-etnia-indigena-prohibe-ablacion/femenina/125474-3


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