École, médias et rôles de genre : l’exemple colombien

Genre, éducation, et média (2nde partie)
dimanche 18 janvier 2015

Ce texte complète la publication, dans L’Émancipation syndicale et pédagogique de décembre 2014, de l’intervention de Martha Cecilia Cedeño Pérez le 25 juin 2014, au centre d’études de L’Hospitalet, près de Barcelone. Cette seconde partie a été traduite par Isabelle Le Moal.

Il est vrai que, dans ces dernières décades, on a atteint des niveaux d’équilibre intéressants en ce qui concerne l’accès à l’école des garçons et des filles. En fait dans le cas colombien, les chiffres du Ministère de l’Éducation de 2012 reflètent une certaine parité sur ce point. Et l’on montre par exemple qu’en ce qui concerne les inscriptions par genre dans l’enseignement primaire, on a atteint en 2007 un équilibre absolu (50 % / 50 %) et qu’en 2006 il y avait eu une légère supériorité des filles (50,13 % face à 49,87 %).

Une parité seulement apparente

Cependant dans les autres années on observe sur cet aspect-là une supériorité masculine ; légère mais parlante si l’on tient compte d’un élément de base qui est que, selon le recensement démographique de 2005, la population colombienne était composée alors de 49 % d’hommes et 51 % de femmes. Il est dommage que dans les mêmes statistiques présentées par le Ministère de l’Éducation on n’ait pas utilisé la perspective de genre dans la collecte de chiffres sur les enseignantEs et le personnel de direction des centres scolaires. Ce serait intéressant de voir le pourcentage d’hommes et de femmes qui occupent des fonctions de direction mais aussi de constater comment se répartissent les matières entre elles et eux. Ces données n’illustrent qu’une partie de la réalité éducative car, comme le signale l’UNESCO (1), de sérieuses difficultés pour que filles, garçons et jeunes puissent accéder à l’école, persistent dans les pays en voie de développement – et la Colombie n’est pas une exception. Ces obstacles, selon l’organisme cité, ont à voir avec des aspects familiaux : dans beaucoup de foyers les filles doivent assumer des responsabilités et des tâches domestiques ; avec des aspects sociaux : les filles sont victimes de mariages forcés, de harcèlement et de violence sexuelle dans et hors de l’école et de contraintes religieuses ; avec des facteurs de politiques et praxis éducatives qui ne favorisent pas l’autonomie des filles et des adolescentes, qui ne répondent pas à leurs besoins, qui ne changent pas de modèles pour mettre en œuvre des rapports d’égalité entre elles et leurs camarades masculins. À relier à ce dernier élément le fait que la parité dans l’accès à l’éducation ne garantit pas l’égalité réelle en ce qui concerne les bénéfices que celle-ci peut apporter dans le domaine professionnel et social.

Rôles et modèles ségrégatifs dans les livres scolaires

Ainsi donc, et malgré quelques éléments porteurs d’espoir dans l’accès à l’éducation, on trouve encore des déséquilibres structurels dans les mécanismes de fonctionnement au sein de l’école. Et qui n’ont pas à voir uniquement avec le fait par exemple que les postes de direction soient aux mains des hommes mais aussi avec les divers processus qu’elle met en œuvre. Dans ce cas on observera spécialement comment à travers les textes scolaires, le langage employé, les types d’activité, les formes de relation garçons-filles, on retrouve la permanence et la perpétuation de rôles et de modèles ségrégatifs. Il suffit de s’arrêter attentivement sur un texte scolaire dans le primaire pour s’en rendre compte. Très concrètement sous deux formes principales : l’utilisation d’un langage clairement sexiste et l’emploi d’images qui renforcent l’imaginaire du monde privé – la maison pour les femmes et le monde public pour les hommes – et à partir de là toute une série de stéréotypes qui concernent les sphères professionnelles, la mise à profit des loisirs, les activités, l’habillement, etc. Et même si certains de ces stéréotypes ont reculé dans les textes scolaires, on trouve encore des exemples clairs qui renvoient à cette division des rôles entre hommes et femmes.

Un langage excluant

Il y a quelques années j’ai été invitée à présenter deux conférences dans diverses universités du pays sur la coéducation comme instrument pour la prévention de la violence de genre ; pour la mettre en œuvre on procéda à l’étude de quelques textes scolaires du primaire et on tomba entre autres choses sur une prééminence d’un type de langage dans lequel l’agent actif est le masculin. Dans ce cas son emploi excluait de manière flagrante la voix et la présence des filles. Dans l’une des activités sur “Intelligences multiples” le texte d’introduction disait ce qui suit : “Certaines personnes aiment avoir des amis et parler longtemps avec eux. D’autres préfèrent des activités qu’ils peuvent réaliser tout seuls. Dans ce qui suit tu pourras choisir quelques options qui t’aideront à définir le groupe auquel tu appartiens”. Et suivaient une série de questions qui, toutes, s’adressaient à une population masculine : “Tu prends du plaisir quand tu parles avec tes amis ? Tu es efficace quand tu travailles tout seul ? Tu préfères jouer tout seul ?” Et, bien sûr, une fois le texte analysé, l’auteure de ce travail posait toujours la même question : où sont les filles ? Pourquoi les exclut-on du langage, de l’étude, des jeux, de la conversation ?

Et ainsi, au fil des pages surgissaient d’autres exemples d’un langage sexiste et donc excluant.

Images et rôles de genre

Mais dans ces mêmes textes on remarqua aussi l’utilisation d’images pour illustrer ces rôles de genre traditionnel. Ainsi, dans une activité sur la liste de prix, sur les deux photos qui l’illustraient, les protagonistes étaient des femmes. Dans les deux images il y avait deux femmes placées dans des contextes socioculturels différents mais qui réalisaient la même fonction “naturelle” des “maîtresses de maison” : faire les courses. Bien sûr les deux autres étaient des vendeuses et travaillaient donc hors du domaine domestique mais, dans quelles conditions ? L’une d’elles portait une blouse blanche – non, elle n’était pas médecin – elle était face à la caisse enregistreuse d’un supermarché aseptisé et l’autre était probablement une femme de quelque communauté indigène qui présentait ses produits artisanaux. Et les acheteuses aussi paraissaient différentes, leurs vêtements et l’ambiance qui les entourait renvoyaient à deux types d’origine sûrement antagoniques ; et cependant, dans ces deux photographies on transmettait et on reproduisait tout un imaginaire en rapport avec les rôles des femmes sur un plan général.

Dans ce sens, peu importe si elles sont ou non formées académiquement, si elles appartiennent ou non au hautes strates de la population, qu’elles s’habillent de telle ou telle façon, qu’elles soient femmes au foyer ou qu’elles travaillent en dehors, quand elles sortent dans la rue, elle le font comme étant un prolongement de leur travail à la maison. Et au-delà, ces mêmes représentations montrent les femmes employées à des travaux précaires et mal rémunérés. Voilà la perversité de ces illustrations : de manière subtile, elles reproduisent des relations et des rôles de genre qui perpétuent et présentent comme naturelle la situation d’infériorité des femmes par rapport aux hommes.

L’accès à l’école ne garantit pas un traitement équitable

Il y a encore beaucoup d’exemples de gravures où apparaissent des femmes avec des bébés ou en train d’effectuer les travaux domestiques ou encore des garçonnets en train de jouer au football et des fillettes qui sautent à la corde, des hommes qui travaillent dans des laboratoires et des femmes qui repassent ou qui écoutent attentivement un homme en costume portant des lunettes – le chef – ou travaillent comme secrétaires, infirmières, professeures ; tout un ensemble de métiers et d’activités depuis toujours associés aux femmes. Comme l’ont montré Rico de Alonso, Rodriguez et Alonso (2), l’accès à l’école, y être inscrit, n’est pas le garant d’un traitement équitable ni d’une participation active des fillettes et des jeunes filles à un processus éducatif sans distinctions ni différences puisque une fois dans le système éducatif, le développement des compétences des hommes et des femmes est interféré par les contenus que la culture a construit autour du genre, lesquels sont intégrés par les acteurs et se répercutent sur les pratiques quotidiennes, dans l’espace scolaire, dans la classe et hors de la classe

Promouvoir la réflexion-action autour de l’éducation

Ce qui a été énoncé jusqu’ici n’est pas nouveau car depuis qu’on a introduit la perspective du genre dans les études sur l’éducation grâce à la pédagogie féministe et la sociologie éducative, on a mis en évidence comment l’école, à travers le cursus – officiel ou caché – des pratiques scolaires, les textes didactiques, les usages linguistiques etc., transmet une série d’identités hiérarchisées très liées à l’univers andocentré. Cela mine l’idée d’une école égale pour touTEs car dans les contextes scolaires, on traite différemment chacun des sexes pour leur octroyer les compétences, les valeurs, les manières de se comporter et de penser, en accord avec des stéréotypes de schéma patriarcal évident. L’école, telle qu’on l’a conçue jusqu’à nos jours, exclut les femmes de la parole et de l’action pour les annuler comme des êtres pensants et agissants dont le rôle va bien au-delà de ces “domaines” féminins où la société les a confinées. En d’autres termes, l’école – avec la famille – “structure chez les garçons et les filles l’ordre symbolique dont a besoin la société patriarcale pour conserver le pouvoir. Cet ordre est assumé de manière inconsciente, comme propre et naturel” (3).

Pour toutes ces raisons, il est important de promouvoir la réflexion-action autour de l’éducation comme outil de transformation et de changement social. Et cela implique de penser de façon critique au rôle de la société dans les relations de genre et son impact sur les hommes et les femmes, c’est-à-dire rendre visibles les mécanismes qui contribuent à l’inégalité entre ces deux composants de l’humanité. En fin de compte ce que l’on vise, c’est que, quel que soit le domaine où se produisent des activités d’apprentissage, on puisse adopter des stratégies orientées vers une éducation basée sur l’égalité des genres par des moyens de recours qui rendent possibles le développement et l’évaluation de nouvelles propositions et de nouvelles actions pratiques. De ce point de vue, on conçoit l’égalité des genres comme la situation dans laquelle ce ne sont pas seulement les aspirations, les besoins et les comportements qui impulsent de façon similaire pour les hommes et les femmes, mais qu’au-delà elle comporte une égalité de droits réelle, sans l’étiquette d’être né homme ou femme. En définitive, ce qui se tisse dans cette notion c’est l’affirmation absolue d’appartenir au genre humain et par ce fait de jouir de la liberté pour développer ses propres capacités, pour prendre ses propres décisions, pour avoir les mêmes avantages, les mêmes chances, les mêmes obligations, les mêmes droits.

Les médias comme reproducteurs et diffuseurs de stéréotypes

Il est clair que dans la société de l’information les mass média et les nouvelles technologies ont un pouvoir presque illimité grâce à leur grande capacité de pénétration dans tous les domaines de la vie quotidienne. Cela les transforme en instruments efficaces, non seulement pour diffuser des informations et des connaissances mais aussi pour diffuser d’autres séries de modèles qui conditionnent des comportements, des goûts, des façons de penser et même des modes de vie. Aujourd’hui, le village global que Mac Luhan pressentit, s’est transformé en une réalité asservissante dont l’influence est irréfutable. De là son rôle important dans la reproduction et la diffusion de stéréotypes, reliés au système des rôles des genres de la société... Et cela est évident dans le monde du travail et dans la segmentation de celui-ci en contenus perçus comme “exceptionnels”, presque toujours en relation avec la politique ou l’économie ; dans la répartition des emplois de direction et de gestion, dans la nature de l’information que l’on transmet et les formes utilisées à de telles fins, et évidemment dans la publicité. Il suffît de jeter un coup d’œil au personnel de la radio et de la télévision colombienne pour se rendre compte de plusieurs choses. L’une d’entre elles est la prééminence des hommes dans les postes de direction à tous les niveaux. Cela a pour effet que les femmes jouent un rôle secondaire, que ce soit comme journalistes, présentatrices ou speakerines. Sous ce dernier aspect, il se produit quelque chose de très curieux – différent de ce qui se produit dans les journaux télévisés en Espagne – c’est la présence de jeunes femmes vêtues et maquillées de manière évidente dans les programmes festifs des journaux télévisés. Ces jeunes femmes sont chargées de présenter les informations concernant les rumeurs et les potins du monde des célébrités. Pour cela elles adoptent des poses et des tenues qui moulent leur corps de manière provocante. Les regarder, c’est apprécier tout l’imaginaire de la “féminité” établi à partir des paramètres de l’infériorité. Elles apportent des informations non seulement sur les misères et la grandeur des stars, mais en plus elles reproduisent cet imaginaire encore très enraciné dans notre société qui considère que les femmes sont des êtres “cancaniers” et “bavards” dans la pire des acceptions.

Le corps féminin comme appât

Mais cela sous-entend aussi que les sujets considérés comme dignes d’intérêt et transcendants sont des sujets réservés aux hommes. Dans cette spirale de stéréotypes leur corps est utilisé comme un appât, d’une part pour que le public garde les yeux ouverts mais aussi pour faire passer comme naturel le fait que les femmes sont seulement un objet doté de certains attributs physiques, qu’elles ne sont pas capables d’exercer un autre genre de travail dans le secteur de la communication.

En général, les moyens massifs de communication, à travers leurs mécanismes de pénétration rendent naturelle une manière supposée d’être féminine caractérisée par son rôle secondaire et passif dans la société. Et ce qui est encore plus aberrant, c’est qu’ils diffusent sans vergogne l’image d’une femme-objet dont l’aspect corporel est utilisé non seulement pour promouvoir des produits d’entretien de la maison mais aussi pour des voitures, des montres, des ballons de football, des parfums et toutes sortes d’objets dans lesquels leur rôle est seulement celui d’être une chose décorative. Un corps sexué dans le plus mauvais sens du terme.

Là, la femme n’est pas une personne mais un morceau de matière spécifique transposée tantôt dans des fesses, des seins, un nombril, des jambes ; le reste n’a pas d’importance. Son image en plus de vendre recrée des paradigmes sur la féminité comme un être passif, immobile, patient et froid selon les grecs de l’époque de Périclès, dont la fonction principale était d’être vue, appréciée et admirée. Ici l’être ne compte pas, seule compte l’apparence pure et dure. La femme se transforme en un succulent morceau de viande utilisé comme stratégie pour vendre et consommer. En fin de compte, il ne s’avère pas très clair – et en cela consiste la lecture subliminale – si c’est le produit X ou Y qui est proposé ou le corps soumis et inscrit de la femme. Elle en est la finalité.

Androcentrisme et regard journalistique

Le rôle des moyens de communication comme reproducteurs des rôles des genres et par là même des genres inégaux n’est pas si simple. Y convergent plusieurs facteurs et éléments, qu’on n’analysera pas dans ce travail, évidents dans certains domaines de la vie sociale comme on peut le voir dans le texte d’Altés Rufias (4).

Fuyons les équations simples, de cause à effet, ou l’attribution de la responsabilité à une conspiration médiatique contre les femmes. Les motifs qui expliquent pourquoi la représentation féminine dans les médias oscille entre l’absence et le stéréotype sont multiples, tout aussi complexes que le sont les raisons de leur résistance au changement. Certains de ces motifs sont imbriqués dans la construction informative. Les propres pratiques journalistiques favorisent un regard vers des scénarios déterminés (ceux du pouvoir), et cèdent la parole et le premier rôle à ceux qui sont au sommet de la hiérarchie dans lesquels les femmes sont encore sous représentées, alors qu’ils laissent pour les pages sur la société la sur-représentation des femmes comme des victimes, mettent en évidence des scénarios domestiques et montrent le rôle qu’elles exercent dans leur vie privée. Mais comment est-ce possible que ces pratiques ou cultures journalistiques demeurent inaltérables malgré tous les changements ? On ne peut pas oublier que le regard journalistique se fonde sur une vision du monde sociale partagée qui reste très marquée par le patriarcat, une culture occidentale héritière des Lumières et du positivisme sous certains aspects, mais qu’elle renferme aussi des éléments mythiques, beaucoup plus reculés dans le temps. Ainsi le journalisme qui naît en Europe avec les Lumières peut construire un discours androcentrique, comme si celui-ci était universel, pratiquer un regard masculin autour de lui, avec la prétention de nous inclure tous et toutes, à partir d’une série de pratiques et de mécanismes, offrir des significations et des explications de faits comme si elles étaient nourries par un sujet neutre, sans sexe ni genre, un narrateur omniscient et objectif.

Utiliser les média pour changer la société

Au-delà de ces implications nettement nocives pour obtenir l’équité sous tous les aspects entre hommes et femmes, le rôle des mass média et aussi des nouvelles technologies est fondamental également pour parvenir à l’effet contraire, pour trouver des voies alternatives qui permettent de dessiner d’autres modèles de relation entre les personnes, d’autres formes de participation à tous les processus sociaux, d’autres façons de nous situer face aux besoins, aux capacités, et aux façons de voir le monde des hommes et des femmes sans qu’il existe des biais de subordination ou d’exclusion.

Et cela inclura aussi d’autres groupes humains également victimes de ségrégation en raison de leurs orientations sexuelles ou leurs origines ethniques et religieuses, leur origine sociale, etc. En d’autres termes, il s’agit d’utiliser l’immense capacité de pénétration des moyens de communication pour commencer un processus de changement dans la société qui permette d’atteindre la véritable égalité de chances non seulement entre les femmes et les hommes mais aussi entre d’autres groupes humains tout aussi marginalisés. C’est dans ce sens que ces instruments de la communication et de l’information doivent être considérés comme des outils utiles au moment de penser aux transformations de ces représentations, des pratiques sociales, et des formes de relation inégales qui ont porté tellement tort aux personnes : pour cela il est nécessaire de les considérer non comme des obstacles mais comme des alliés pour avancer dans la réussite de ces objectifs.

Développer les analyses critiques pour dévoiler les mécanismes de subordination

À travers des mécanismes parfois subtils et presque imperceptibles, on continue à reproduire des modèles culturels très enracinés dans la société colombienne où l’on dévalorise et ignore le rôle des femmes, dans les sphères de la vie sociale, politique, économique et culturelle. Ces mécanismes sont en rapport avec entre autres la famille, l’école, la religion, les moyens de communication et même les nouvelles technologies et les stratégies légères à travers lesquelles on reproduit, on diffuse et on considère comme naturelles les situations d’inégalité, de subordination et d’exclusion. Elles se matérialisent dans de profonds déséquilibres au moment d’accéder aux espaces où l’on règle et négocie les décisions qui concernent l’ensemble de la société et par toutes les difficultés pour réaliser un rôle actif dans les mêmes conditions dans le domaine de l’éducation, des moyens massifs d’information, et d’autres instances. Dans le cas de la Colombie elles se traduisent, en outre, dans les terribles chiffres de la violence domestique et dans le cadre du conflit armé. Cela confirme une fois de plus l’extrême situation de vulnérabilité et de précarité que vivent des millions de femmes dans le pays, situation qui persiste malgré l’existence d’outils légaux et juridiques qui en tous cas semblent fonctionner à moitié.

Malgré ce qui précède, il est aussi possible de commencer un processus de réflexion critique – comme sont en train de le faire certaines organisations sociales – non seulement à propos du rôle que jouent l’éducation et les moyens de communication dans la survivance de cette situation d’inégalité chronique des femmes mais aussi de la façon dont ces mêmes instruments peuvent se transformer en alternatives puissantes pour changer les choses. En d’autres termes il s’agit d’utiliser le grand pouvoir de pénétration et de persuasion de l’école, des mass média et des nouvelles technologies pour qu’à travers diverses activités de type pédagogique, on commence à transformer ces représentations endocentriques qui ont tellement porté tort aux femmes de ce pays. Et pour cela, il est nécessaire d’introduire une perspective de genre – à partir de la transversalité et/ou intersectionnalité – à partir et dans tous le domaines de la vie politique, technologique, académique, économique, culturelle etc., non pas comme un simple outil pour discriminer les caractéristiques d’une population par rapport au genre, mais comme un élément d’analyse rigoureux qui permette de dévoiler ces systèmes de subordination et d’exclusion tellement enracinés et à partir de là, entreprendre des actions transcendantes et radicales avec le désir d’annuler son incidence pour contribuer à la consolidation d’une société plus juste, inclusive et égalitaire.

Cedeño Pérez Martha Cecilia

Une bibliographie des travaux de l’auteure est consultable sur :

http //scholar.google.es/citations ?user=nXLPM9sAAAAJhl=es

(1) UNESCO , Atlas Mondial de l’égalité des Genres , De l’égalité des genres dans l’Éducation, Paris, Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, les Sciences et le Culture, 2012. http://www.uis.unesco.org/Education/Documents/unesco-gender-educatio-atlas-2012-soa.pdf

(2) Rico de Alonso Ana, Rodríguez Angélicay, Alonso Juan Carlos, Égalité des genres dans l’éducation en Colombie : des politiques et des pratiques, Revista Papel Político ,n°1, août 2000.

(3) Díaz Rodríguez , Éducation et genre , Alba, Colección Pedagógica Universitaria, 2003.

(4) Altés Rufias, Comment fonctionnent et à quoi servent les stéréotypes et les moyens de communication ? In Moyens de communication et genre , Vizcaya-San Sebastián Diputació n Foral de Vizcaya, Pais Vasco, Elvira, 2004.


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