Répressions : jusqu’où iront-ils ?

dimanche 14 décembre 2014

Il y a maintenant sept ans : le 27 novembre 2007, le flashball-lanceur de balles de défenses (lbd) était expérimenté à Nantes sur un lycéen de 16 ans, participant à une manifestation devant le rectorat contre la LRU. Le policier, responsable de cette mutilation a été relaxé en mars 2012 par la juridiction de Nantes, au motif “d’avoir tiré sur ordre”. Son impunité a fonctionné comme un “permis d’éborgner” pour la police : au moins trois personnes l’ont été le 22 février 2014 (des plaintes ont été déposées ; l’instruction judiciaire ne serait toujours pas ouverte...). La liste des blessés – en plus d’un mort à Marseille – ne cesse de s’allonger.

C’est STOP.

L’utilisation des armes de guerre – dont fait partie le LBD – doit être proscrite. Une large campagne, urgente , “désarmons la police” doit se mener sur cette question grave alors que Rémi Fraisse est dans toutes nos pensées.

La justice doit passer

Ce fut le sens des deux manifestations qui ont eu lieu les 1er et 22 novembre à Nantes. Le 22 novembre était la date “anniversaire” de l’opération César (!) menée par le gouvernement sur la ZAD de notre Dame des Landes en 2012, opération durant laquelle il y a eu des dizaines de blessés par les forces de l’ordre. Le 22 novembre 2014, plus de trois mille personnes ont donc manifesté à Nantes, malgré l’interdiction de fait, puisque la ville était une fois de plus en état de siège : plus de 800 policiers et gendarmes déployés, des policiers qui visaient les manifestants à hauteur de tête avec leurs armes.

Suite à cela, la police a convoqué des manifestants qui doivent passer en jugement durant tout le mois de janvier. On leur reproche, notamment le refus de prélèvement d’ADN (!). Manifester, c’est donc désormais s’exposer à être poursuivi et condamné pour refus de prélèvement d’ADN...

Le comité du 22 février a écrit un texte qui dénonce les répressions et les injustices, il nous donne à lire ci-dessous un texte d’appel à soutien.

Emmanuelle Lefèvre

Ces dernières semaines la rue gronde. Les grandes métropoles du monde ont revêtu leurs parures vermeilles et leurs parfums poivrés. Partout la réponse policière se militarise. Les morts, les mutilés, les emprisonnés se multiplient.

Exacerbés en France depuis la mort de Rémi Fraisse, des mouvements populaires battent spontanément le pavé. Il s’agit d’un combat pour la liberté, contre la répression militarisée et systématique, qu’elle s’exerce dans les quartiers populaires ou contre les mouvements sociaux. De New-York à Paris, des hommes et des femmes reprennent comme étendard le cri étouffé d’Éric Garner étranglé par la police, “I can’t breathe”.

  • Nous ne pouvons plus respirer, étranglé-e-s, asphyxié-e-s, mutilé-e-s par une police qui tire sur les foules, mutile des manifestant-e-s et assassine des militant-e-s et des habitant-e-s de quartiers populaires.
  • Nous ne pouvons plus respirer nous autres, damné-e-s de l’intérieur, qui refusons la faillite programmée des solidarités, la marchandisation de la nature, qui subissons des contrôles et violences répétées au nom d’une tolérance zéro discriminante.
  • Nous ne pouvons plus respirer lorsque la Justice relaxe des assassins en uniforme, insulte les familles de victimes et salit leur mémoire.
  • Nous ne pouvons plus respirer, quand les médias aux ordres martèlent que nous sommes des voyous et des terroristes tandis que le silence pèse sur la planète massacrée par les ténors de l’agriculture acharnée.

Mais pour ajouter de la violence à la violence, de l’injustice à la justice, celle-ci a décidé de poursuivre des manifestant-e-s qui ont refusé de baisser la tête et qui ont défilé en mémoire de Rémi les 1er et 22 novembre dernier à Nantes.

La justice démontre une nouvelle fois sa nature. D’un côté elle relaxe ou décide de ne pas poursuivre des criminels assermentés, de l’autre elle condamne des hommes et des femmes révolté-e-s et insoumis-e-s. Comme avec notre camarade Enguerrand, l’exemplaire sévérité qui touche ceux et celles qui luttent éclaire avec ironie la clémence à l’égard des forces de l’ordre.

Lundi 19 janvier 2015, la justice jugera les manifestant-e-s de novembre, dans un simulacre d’équité, alors que ceux qui ont mutilé se trouveront du côté des plaignants.
Un rassemblement est appelé devant le tribunal de Nantes le 19 Janvier 2015, à partir de 14h.

Ce n’est qu’ensemble, solidaires et déterminé-e-s, que nous arracherons au pouvoir des bouffées de liberté.

Comité du 22 février