Le sionisme en questions

samedi 17 janvier 2015

Après l’ouvrage volumineux paru en 2012 aux Éditions Acratie, Israël/Palestine, du refus d’être complice à l’engagement, véritable somme sur le sujet qui retraçait aussi le parcours militant de Pierre Stambul, voici un petit livre clair, concis, dense, lapidaire et synthétique, Le Sionisme en questions. Membre de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) depuis 2002, l’auteur se définit comme “juif antisioniste”. Sa critique du sionisme, précise, limpide et bien documentée, permet en effet à quiconque suit ses arguments de se réclamer de l’antisionisme sans aucun risque de confusion avec l’antisémitisme.

En trois chapitres, Pierre Stambul résume les raisons pour lesquelles “sans dépassement ou rupture avec le sionisme, aucune paix juste n’est envisageable” (quatrième de couverture). Dans un premier temps, chaque argument qui pourrait légitimer le sionisme est démonté par l’auteur qui conclut en rappelant l’échec de tout compromis, comme ceux des accords d’Oslo : “le mouvement de solidarité se doit de dire ce qui est à l’œuvre : occupation, colonisation, nettoyage ethnique, apartheid, racisme… et mettre en œuvre le BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) pour y mettre fin”.

Le deuxième chapitre revient sur l’histoire d’Israël en commençant par “l’invention du peuple juif” à travers les épisodes bibliques. La Bible se compose de récits légendaires sans fondements historiques : “les trompettes n’ont pas sonné à Jéricho”. Il n’y a pas eu d’exil massif, donc pas de “retour” au XXe siècle. Pierre Stambul poursuit avec l’émergence du sionisme autour de Théodor Herzl, revient sur la création de l’état d’Israël et sur les guerres qui s’internationalisent et perdurent. Il cite ses sources bibliographiques.

Le troisième et dernier chapitre analyse la nature multiforme de l’idéologie sioniste. “Le sionisme ne lutte pas contre l’antisémitisme. Il s’en nourrit. C’est une théorie de la séparation qui considère que Juifs et non-Juifs ne peuvent pas vivre ensemble”, note Pierre Stambul qui explique ensuite le caractère particulier du nationalisme sioniste qui a “inventé le peuple, (souvent non pratiquant, voire incroyant), le territoire (la Palestine n’était pas une « terre sans peuple » !) et la langue (l’hébreu n’était pas la langue parlée par les différentes communautés juives)”. Le sionisme gomme par ailleurs les divergences gauche/droite, la “gauche” sioniste est responsable de l’expulsion des PalestinienNEs en 1948, elle est colonialiste et elle pratique une répression violente, notamment contre l’Intifada. L’auteur souligne aussi la proximité du sionisme avec le fascisme et rappelle le rôle de notables juifs, souvent sionistes, dans la collaboration avec le nazisme dénoncée par Hannah Arendt ( Eichmann à Jérusalem ). Le sionisme a manipulé et réécrit l’histoire et a même instrumentalisé la religion, car les juifs orthodoxes n’étaient pas favorables à ce courant de pensée, remarque Pierre Stambul : la jonction ne date que de 1967, mais depuis, des partis d’extrême-droite d’inspiration nationale religieuse ont développé leur influence sur la société israélienne. Le sionisme nie le peuple palestinien, soumis aux discriminations, privé de droits et réduit à vivre dans des bantoustans. En conclusion, l’auteur affirme, preuves historiques à l’appui, qu’il n’existe pas (plus) de sionisme à visage humain et que seule la remise en cause de cette idéologie peut permettre la paix entre Israël et la Palestine.

Le Sionisme en questions (et en question) a une présentation très pédagogique, à commencer par la carte de couverture qui voit les terres palestiniennes s’amenuiser, se morceler, s’émietter progressivement jusqu’à (presque) disparaître entre 1946 et 2012. Tous les sigles sont explicités, les principaux acteurs de l’histoire du sionisme et d’Israël font l’objet de notes. Il est donc facile de se repérer, de comprendre un processus – certes long et complexe – qui aboutit à la situation actuelle, un État militarisé, surarmé, actuellement “dirigé par une coalition de type OAS” multipliant les crimes de guerre sans assurer la sécurité des Juifs eux-mêmes. En annexe, les motions adoptées par l’UJFP en 2007 et 2008 sont reproduites ; est affirmée “la nécessité de mener la bataille idéologique contre le sionisme”. L’ouvrage de Pierre Stambul y apporte une importante contribution.

Marie-Noëlle Hopital

  • Le Sionisme en questions , Pierre Stambul, Acratie, 2014, 6 E. Livre disponible sur commande dans notre librairie, L’EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com

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