Chronique des sexismes ordinaires

mardi 2 septembre 2014
par  Catherine

Discrimination ? Sexisme ?

De tout temps à jamais, les violences conjugales sont victimes d’un ostracisme récurrent. Ainsi en 2014, les foyers d’hébergement pour les victimes de violences conjugales sont moins dotés que les foyers SDF. Et pourtant ces femmes qui se retrouvent à la rue, souvent avec des enfants, sont dans la même situation que des SDF. De retour, depuis deux ans, au bureau du CA de l’Association Pour l’Accueil des Femmes En Difficulté (APAFED) fondée il y a tout juste 30 ans en Gironde à Cenon, banlieue rive droite de Bordeaux, je redécouvre cette situation financière injuste.

Les menaces de licenciement de salariéEs de l’Association et même les menaces de fermeture pure et simple de ce foyer ponctuent régulièrement les réunions du bureau. C’est intolérable. Le foyer Flora Tristan, ouvert le 1er Juillet 1985 dans un F5, quatre petites chambres de quatre lits superposés et un seul cabinet de toilette, a été menacé de fermeture pour des raisons sanitaires. Toujours complet. Je me souviens d’un Noël où quatre femmes et douze enfants occupaient cet appartement. Puis deux maisons mitoyennes ont été louées jusqu’en 2009. Après huit ans d’attente (le dossier était bouclé en 2001) un nouveau foyer neuf ouvrait. Enfin chaque chambre est dotée de sanitaires. Mais le loyer est cher. L’association a, cependant, l’espoir de recevoir une dotation supplémentaire pour au moins l’année 2015. Après intervention auprès de la députée de la circonscription, nous avons reçu 40 000 € prélevés sur sa réserve parlementaire pour 2013, 20 000 € pour 2014.

Il est déplorable de passer autant de temps à discuter finances au détriment de problèmes plus sérieux au sein du foyer. Ainsi il est toujours impossible d’assurer une surveillance sept jours sur sept et 24 heures sur 24, d’où divers incidents qui auraient pu être évités si cette surveillance demandée dès l’ouverture du foyer était assurée correctement. Les salariéEs, ancienNEs pour la plupart, 25 ans de service pour l’une, 23 ans pour un autre, sont uséEs par le métier, et les menaces de licenciement sont, sans aucun doute, improductives. Quelques drames ont ponctué ces années : deux meurtres de femmes, et même enlèvement et séquestration de la directrice.

Et aujourd’hui ? Le directeur en poste assure lui-même l’intendance : la nourriture grâce à la Banque Alimentaire et à des maraîchers qui soldent paniers de légumes et de fruits. À l’A.G. du 19 juin 2014, sur 10 demandes d’hébergement d’urgence, une seule est effective pour une durée de 10 jours et prolongation possible soit au foyer soit dans un des deux appartements F 5. En Gironde, le foyer de l’APAFED est le seul recevable. Deux autres foyers peuvent accueillir quelques femmes mais celles-ci doivent justifier de ressources suffisantes, ce qui n’est pas le cas à l’APAFED. Qu’en est-il dans les autres départements ?

Jacqueline Boyé (33)
Groupe Femmes Cenon Bordeaux rive droite (1983)
groupe membre fondateur de l’APAFED (1984)

L’Émancipation syndicale et pédagogique -2/09/2014 – page 36