1914 : la guerre, le militarisme et le mouvement ouvrier (seconde partie)

mardi 11 novembre 2014
par  Catherine

Ce deuxième volet du dossier consacré à la Première Guerre mondiale prolonge les grands axes qui avaient été ceux de la première partie publiée dans le n° 10 de juin 2014, tout en donnant une place plus grande aux problématiques du présent. Le discours de François Hollande à l’occasion du lancement des commémorations officielles, illustre bien les usages et les détournements de l’histoire par le pouvoir en place, au profit des besoins politiques du moment. Ainsi, si François Hollande revendique l’héritage de Jaurès, d’abord à Carmaux le 23 avril 2014, puis à l’ancien café du Croissant le 31 juillet, si les divisions de la SFIO, les horreurs de la guerre, les fusillés pour l’exemple, les millions de soldats venus des colonies sont évoqués dans le discours du 7 novembre 2013, c’est pour mieux mettre en exergue le sens du sacrifice et l’Union Sacrée de tout un peuple. Le parallèle avec la situation d’aujourd’hui était trop tentant pour qu’Hollande n’y cède pas. Le courage d’une opposition énergique à la guerre de Jaurès, minoritaire dans la classe politique de son temps, devient le courage d’un Président de la Cinquième République impopulaire face à la crise du capitalisme, l’Union Sacrée de 1914 devient le ralliement à sa politique, évidemment la seule possible. Commémorer, c’est se remémorer ensemble, reconstruire la mémoire et l’histoire pour souder une communauté dans le temps présent, c’est-à-dire gommer les antagonismes de classe. C’est aussi rendre justice par le souvenir, opération de dédouanement toujours très utile dans la société capitaliste, qui permet entre autres d’éviter la dénonciation et la recherche des responsabilités. Les grandes entreprises privées ne s’y trompent pas et il est par exemple instructif de consulter sur le site officiel de la mission du centenaire la liste des “grands partenaires”, Dassault aviation remportant assurément la palme du cynisme.

Cette mission aura cependant eu le mérite d’accélérer la publication des archives militaires. Un article du journal Le Monde, du 27 octobre 2014, signale ainsi que les dossiers des conseils de guerre ont déjà permis une première réévaluation du nombre de fusillés pendant la guerre, intégrant notamment les conseils de guerre “d’outre mer”.

Mais pour nous, rendre justice aux “fusillés pour l’exemple”, aux tirailleurs sénégalais et à tous les soldats venus de l’empire colonial, enrôlés de force, rendre justice aux partisanEs de Zimmerwald qui lancèrent l’appel au rétablissement de la paix entre les peuples, pour “la liberté, pour la fraternité des peuples, pour le socialisme”, malgré la répression, malgré la condamnation de la direction social-démocrate de la SFIO, ce n’est pas les évoquer dans un souvenir compatissant. C’est poursuivre leur refus de l’Union Sacrée et leur lutte contre la guerre et le militarisme, le nationalisme, le racisme, contre le capitalisme et tous les ravages qu’il engendre.

SOMMAIRE

page II Mémoire, histoire, oui, Commémorations, non merci !
page IV Hollande, encore et toujours pour l’Union Sacrée
page VI Les conduites de refus pendant la Première Guerre mondiale, en Charente Inférieure
page VIII Les tirailleurs sénégalais dans la tourmente de la Grande guerre 1914-1918
page X Le Comité pour la reprise des relations internationales
page XII Déclaration de Karl Liebknecht au Reichstag, le 2 décembre 1914

L’Émancipation syndicale et pédagogique –4/11/2014 – page 17