Brèves féministes

vendredi 13 février 2015
par  Catherine

Et pourtant... Elles sont Charlie

Je me demandais bien comment j’allais pouvoir écrire. Mais les religions sont pleines de ressorts inépuisables. Sur le site de Libé, j’appends que Rue 89 a repéré un trucage photographique en page 3 du journal hassidique israélien Hamevasser du 12 janvier, où la photographie du cortège des représentantEs d’État et de gouvernement lors de la marche protestataire est reproduite... sans les femmes. Pour raison religieuse : leur représentation est indécente. D’où la suppression systématique de toutes les femmes dans ses pages, comme déjà, en 2009, dans les journaux orthodoxes Shaa Tova et Yated Neeman, où deux ministres femmes, Limor Livnat et Sofa Landve, avaient été effacées de la photo du nouveau gouvernement Netanyahu (1). Cela me rappelle un article de notre camarade Pierre qui signalait que “dans la prière quotidienne [juive], on bénit Dieu de n’être né ni goy [non juif], ni femme” (2). Au nom de Dieu (3), ce qu’il s’en fait, des choses. Cela me rappelle, encore, les tristes raisons pour lesquelles on a flingué Charlie, et cette pancarte vue dans une des manifs : “athée pas à terre”.
Ben oui. L’édito de Charlie du 14 janvier sous-titrait : “la laïcité, point final”. On y lit : “les millions de personnes [...] qui, cette semaine, ont proclamé « je suis Charlie », doivent savoir que ça veut dire aussi « je suis la laïcité »”. Et l’édito déplore l’expression “laïcard intégriste”. Moi, je rigole encore de l’accueil qu’ont reçu les témoins de Jéhova venuEs à notre rencontre sur le campement de la Semaine d’Émancipation l’été dernier : la délégation est tombée sur Olivier, qui les a avertiEs qu’ici, c’était un rassemblement d’athées praticantEs. Les témoins ont battu en retraite, épouvantéEs.
Sur France inter, le billet de Sophia Aram du 12 janvier intitulé “le blasphème, c’est sacré” résume bien la situation : “quand on sait que l’humanité a mis près de quatre millénaires pour passer du polythéisme au monothéisme, j’ai envie de dire : encore un petit effort, et on finira bien par arriver au zérothéisme...”. Et ce jour béni, comme on l’attend, nous, les femmes, premières victimes expiatoires... Et en attendant, continuer la bataille, aller grossir les maigres rangs de la manif pour les 40 ans de la loi Veil, rester vigilantEs, et féministes. Comme les autres sorcières, j’étais, je serai Charlie. À bas les religions. Toutes.

Claire Demel

(1) http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/deux-femmes-effacees-du-gouvernement-israelien_752325.html
(2) http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article4225
(3) titre d’une chanson de Pierre Perret.

À propos... du sexe des sciences

Une lettre adressée au Commissaire Européen à la Recherche, la Science et l’Innovation, en faveur de la libération du Dr Imad Al-Barghouthi (1), astrophysicien palestinien détenu arbitrairement par Israël au même titre que de nombreux prisonniers d’opinion, a été initiée et signée par plusieurs scientifiques. Si la cause de ces signataires est tout à leur honneur, la nature uniforme des signataires demeure néanmoins consternante : 10 % seulement des professeurs d’université seraient des femmes et la science n’existerait que par les gradés professeurs. Quel progrès !!!

A.N.

(1) voir http://www.france-palestine.org/Exigeons-la-liberation-de-l ou sur le site de l’Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP) : http://www.aurdip.fr/lettre-de-l-aurdip-et-bricup-au.html

L’Émancipation syndicale et pédagogique –2/02/2015 – page 36