Un mois dans le monde

vendredi 22 mai 2015

Morts programmées

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 1700 personnes fuyant la guerre et la misère sont mortes noyées en Méditerranée depuis le début de l’année. Le dernier naufrage a fait 800 mortEs. Face à cela, l’Europe porte à neuf millions d’euros (le prix d’une villa de luxe) son budget de secours !! Faute d’argent, l’Italie avait supprimé l’opération “Mare Nostrum”qui avait pourtant sauvé des centaines de personnes. Les médias français parlent des méchants trafiquants de migrants qu’il faudrait arrêter.

De qui se moque-t-on ? L’Europe a dépensé des sommes cent fois plus importantes pour créer en 2004 Frontex. Ce système de surveillance et de camps de détention ne subit aucune diminution de crédits. L’Europe avait sous-traité avec l’ancien dictateur Kadhafi l’enfermement des migrants dans des camps en Libye. En envahissant ce pays (les Français et les Anglais) et en y semant le chaos, le règne des mafias et la guerre civile sans fin, l’Europe n’a plus de valet capable d’empêcher les départs en mer. Plus de 22 ?000 personnes sont mortes depuis l’invasion de la Libye. Les victimes sont essentiellement des SyrienNEs, des LibyenNEs, des SoudannaisES, des ÉrythréenNEs.

Face à notre “vivre ensemble dans l’égalité des droits”, la réponse de l’Europe c’est “tous à la mer, on veut bien créer la misère, mais pas l’assumer”.

Saluons l’existence au Maghreb de vrais courants progressistes qui, souvent contre l’opinion publique de leurs propres pays, sont solidaires des migrantEs. Régulièrement, l’AMDH (Asso-ciation Marocaine des Droits Humains) dénonce les arrestations de subsahariens et les violations de leurs droits.

Mumia Abu-Jamal

Il a été condamné à mort en 1982 pour le meurtre d’un policier de Philadelphie qu’il a toujours nié. Depuis 33 ans, la “justice” américaine s’acharne contre ce militant des “Black Panthers” dont la plupart des dirigeants ont été assassinés impunément par le FBI. Mumia est aujourd’hui gravement malade et les autorités pénitentiaires ne l’autorisent pas à obtenir les soins adaptés.

Kenya/Somalie

On se souvient de Bernard Kouchner transportant trois fois de suite le même sac de riz à Mogadiscio pour être sûr que les caméras ne le louperaient pas en 1992. C’était l’époque où l’ONU intervenait massivement en Somalie en désignant les “bons” et les “mauvais” chefs de guerre. Armes et aide ciblée ont fait disparaître toute trace de société organisée en Somalie. Situation rêvée pour les salafistes du groupe al-Shabaab apparus en 2006 et qui contrôlent aujourd’hui la majorité du pays.

Contre eux, l’armée éthiopienne est intervenue en 2006 avant de se retirer peu après. C’est une armée africaine avec un fort contingent kenyan qui l’a remplacée. Intervention aidée par l’occident et fort peu désintéressée. Quelques milliers de soldats kenyans ont conquis une “zone tampon” littéralement annexée.

Du coup, les salafistes interviennent à présent directement au Kenya en espérant y trouver des complicités locales (12 ?% de la population kenyane est musulmane). Après l’attentat contre un centre commercial il y a deux ans, ils ont attaqué l’université de Garissa le 2 avril en massacrant de façon sélective les étudiants non musulmans. Leur but est de faire cesser l’intervention kenyane en Somalie.

Iran

Pour contrôler le Proche-Orient, les États-Unis s’appuient depuis des décennies à la fois sur Israël et sur les monarchies du Golfe. Dans le cadre de la guerre du “bien” contre le “mal”, les régimes féodaux sunnites représentaient pour l’Occident un “islam présentable” face au “mal” incarné par la dictature chiite d’Iran.

Ce schéma est sans doute en train de changer. L’irruption d’Al Qaida et de l’État Islamique et l’impossibilité pour Obama d’envoyer des troupes au sol pour les combattre impose un renversement d’alliance qui semble se dessiner.

Pour l’instant, l’accord sur le nucléaire iranien (alors que Nétanyahou réclame depuis longtemps une attaque “préventive” contre l’Iran) n’a pas débouché sur une levée des sanctions. Mais cette idée avance. Le fait qu’Ahmadinedjad ne soit plus au pouvoir annonce une reprise des relations diplomatiques entre l’Iran et les États-Unis et une possible alliance militaire contre les salafistes. Ce renversement menacerait directement le régime saoudien.

Yarmouk

Avant la guerre en Syrie, le camp palestinien de la banlieue de Damas comptait 200 ?000 habitants. Il était contrôlé par des groupes liés au régime des Assad. Après l’expulsion de ces groupes par les insurgés et la population palestinienne, le camp a été assiégé, bombardé et affamé. Il ne comptait plus que 18 ?000 habitants. Il a été investi par Daesh.

Israël/Palestine

L’Autorité Palestinienne envisageait de déposer une plainte auprès de la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre contre les dirigeants israéliens. Cette plainte sera-t-elle vraiment déposée ? La rumeur court que le “rétablissement” par Israël du paiement d’une partie des taxes dues à l’Autorité Palestinienne aurait pour contrepartie l’abandon des poursuites judiciaires.

En attendant, rien ne ralentit la répression. Israël a expulsé à leur arrivée trois militants français. Elle en a fait de même pour un ministre sud-africain membre du parti communiste. Les enquêteurs de l’ONU ou les députés européens ne peuvent toujours pas aller à Gaza. Le franco-palestinien Salah Hamouri qui a passé sept ans en prison et est résident de Jérusalem-Est n’a plus l’autorisation d’étudier dans une université située tout près de chez lui. Khalida Jarrar, députée et membre du FPLP a été arrêtée et mise en “détention administrative”, ce qui signifie une détention de six mois minimum sans jugement. Un jeune de 17 ans, Abu Ghanam, a été tué le 24 avril.

Human Rights Watch qui a toujours manifesté la plus grande “prudence” en ce qui concerne la Palestine, dénonce l’embauche de nombreux enfants palestiniens dans les colonies de la vallée du Jourdain. Ces enfants expliquent qu’étudier est devenu pour eux inutile, il n’y a pas de travail sauf dans les colonies.

Face à cette situation, la Palestine aurait besoin d’être unie. Cela ne marche toujours pas. Le gouvernement d’union palestinien si difficilement créé n’a pu séjourner que 24 heures à Gaza. Ses relations avec le Hamas sont rompues. Cette division aggrave la situation des fonctionnaires qui ne sont plus que rarement payés.

Conséquence du BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) : la multinationale Véolia a décidé de vendre toutes ses parts dans les entreprises israéliennes visées par le boycott. Pour avoir participé à la construction du tramway de Jérusalem et à celle de la décharge de Tovlan (les déchets sont israéliens, la décharge est en Cisjordanie), Véolia a subi des pertes importantes.

Pierre Stambul


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7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

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