À propos de la situation politique grecque

vendredi 22 mai 2015

Les événements qui se produisent en Grèce nous concernent directement car ils relèvent de l’insupportable politique néolibérale et de la première expérience en Europe d’une résistance à cette politique.

L’arrivée de Syriza au gouvernement résulte d’une mobilisation populaire prolongée, mais cette arrivée se produit dans un contexte politique extrêmement défavorable marqué par l’unanimité des autres gouvernements en Europe à poursuivre la politique d’austérité impulsée par le gouvernement Merkel. Certains mouvements populaires apparaissent affaiblis, comme en Grèce, ou inexistants, comme en France, et plus rarement dynamiques, comme en Espagne. Par contre, dans de nombreux pays, des mouvements nationalistes, xénophobes, se développent. Il découle de cette situation de fortes tensions sur le continent : crispation de la part des dirigeants sur une vision politique qui a fait la preuve de son échec, volonté de la part de nombreux Européens de s’affranchir des contraintes qui pèsent sur leurs conditions de vie et des élites qui méprisent leur volonté (1).

Quels enseignements pouvons-nous tirer aujourd’hui ?

La question que je pose est la suivante : la lutte d’émancipation des travailleurs doit-elle s’opposer à un gouvernement qui donne des gages de résistance à la politique du capital, alors même que ce gouvernement n’a pas pour objectif cette émancipation ?

Sans que l’histoire se répète, on a des chances de se retrouver dans ce type de situation à l’issue d’un mouvement populaire victorieux portant au pouvoir une force de gauche ayant une orientation antilibérale. L’exemple grec démontre que ce type de gouvernement peut très difficilement mener au bout ses objectifs face à la puissance du capitalisme financier mondialisé. Les interventions unanimes des dirigeants mondiaux sont là pour le montrer.

Le développement de la lutte des classes paraît la seule issue réaliste dans cette configuration. Si le mouvement populaire ne s’arrête pas au moment de la mise en place de ce gouvernement, mais se renforce et acquiert une puissante autonomie, alors il devient possible d’accéder au dépassement du pouvoir politique en place et peut-être se diriger vers l’expropriation du capital.

Inversement, signer a priori l’échec de ce gouvernement ne pourrait pas être compris par la majorité qui l’aurait porté au pouvoir. Par contre, saisir toutes les opportunités pour avancer des revendications, élargir le domaine de la démocratie, organiser le mouvement populaire pour défendre les mesures acquises, expérimenter des activités coopératives forment un ensemble de conquêtes qui, inévitablement, porteront les germes d’une société alternative.

Autant je pense qu’il est indispensable pour la Grèce de sortir de l’euro qui est un contresens économique, autant il est indispensable de s’affranchir des traités européens qui soumettent les peuples aux lois du néolibéralisme et les dépossèdent du peu de pouvoir démocratique qu’ils ont conquis. Le cas de la Grèce est exemplaire à ce niveau.

En attendant, que faire ?

Si aujourd’hui Stathis Kouvelakis parle “de l’espoir d’un espoir”, l’échec rapide de Syriza porterait un profond désespoir. Alors, face à la tyrannique oppression de la troïka, dans une situation de faiblesse du mouvement populaire et d’un sentiment nationaliste qui reste fort, Aube dorée saurait avancer ses pions. Et cette réaction pourrait être extrêmement violente.

Notre soutien au peuple grec passe par le soutien au gouvernement Syriza-ANEL et http://www.emancipation.fr/ecrire/?exec=article_edit&new=oui&id_rubrique=73#previsuVoirpar la solidarité internationale que nous devons organiser. Pour autant, nous ne pouvons pas applaudir à toutes ses décisions et actions et nous devons apporter nos critiques. Je continue à penser que le choix originel qui consiste à “lutter contre l’austérité ET rester dans l’euro” est une contradiction insurmontable : la suite des événements tranchera. Il reste que, jusqu’ici, l’exercice du pouvoir par ce gouvernement est le seul moyen d’expression du peuple grec face aux extraordinaires contraintes qui pèsent sur lui.

Michel Bonnard, 23 avril 2015

(1) Junker : “Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens”.


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