Ils ont défoncé les portes une à une

dimanche 4 octobre 2015
par  Catherine

Le 14 juillet 2015, le RAID (Recherche Assistance Intervention Dissuasion) a été pour la première fois autorisé à défiler sur les Champs-Élysées. Digne récompense pour ces héros qui avaient eu à effectuer une très dangereuse intervention contre un terroriste particulièrement retors, le dénommé Pierre Stambul, coprésident d’une association de l’empire du mal intitulée UJFP (Union Juive Française pour la Paix) qui a l’outrecuidance de se battre pour une paix juste entre les Israéliens et les terroristes palestiniens.

Le dangereux terroriste avait tué sa femme. Non seulement, il avait prévenu la police avec son propre numéro de fixe (facilement trouvable dans l’annuaire), mais il avait confirmé à la suite d’un contre-appel de ladite vaillante police.

Immédiatement, et manifestement sans aucune vérification pour savoir s’il n’y avait pas une épouvantable épidémie de militants pro-palestiniens massacrant leur compagne, le préfet a fait appel au RAID.

Une opération antiterroriste

Si ces initiales peuvent désigner un dangereux insecticide à mettre hors de la portée des enfants, elles désignent aussi une unité d’élite familièrement appelée les robocops.

Morale de l’histoire, ami lecteur : si ton voisin t’embête, tu pirates sa ligne et le RAID fait le service après-vente. Simple et efficace. Bien sûr si tu dis “Allo, je suis M. Cukierman et je viens de tuer ma femme”, il est moins sûr que ça marche. On peut toujours vérifier.

Le 9 juin à 3 heures et demi du matin, nos valeureux héros ont dû affronter un problème difficilement surmontable : prendre d’assaut un lotissement quand aucun nom n’est indiqué sur les portes. Il eût été simple de téléphoner au propriétaire des lieux. Le RAID a préféré brouiller toutes les communications du quartier et défoncer les portes une à une.

Après la porte d’entrée et une première porte d’appartement, ils ont braqué une arme sur la tempe d’une voisine qui leur a dit : “Mais vous cherchez un homme, vous voyez bien que je suis une femme”. Après leur départ, elle a eu la présence d’esprit de taper “Pierre Stambul” sur Google et elle a tout compris instantanément.

Puis ils ont courageusement pris d’assaut l’appartement d’un couple thaïlandais. Depuis, pour éviter que leurs enfants très petits ne soient terrorisés, on leur raconte que c’était un film.

Submergés par leur héroïsme, nos robocops ont jeté à terre et menotté le fils du propriétaire. Ils lui diront : “On s’occupe de Stambul depuis des mois”, phrase qui sera énergiquement démentie plus tard par le préfet de police de Marseille.

Entendant des cris et mon nom, je suis sorti en slip devant chez moi (ce qui explique que la seule porte non défoncée soit la mienne).

Les membres du RAID m’ont sauté dessus à plusieurs : j’ai été frappé, traîné par terre, insulté (“ta gueule, si tu bouges, on te tue”), ligoté avec des liens qui se serrent quand on bouge. Je n’aurai jamais le moindre interlocuteur pour essayer d’expliquer quoi que ce soit. Si j’étais sorti avec quelque chose dans la main, ils m’auraient flingué. Et si j’avais eu 20 ans de plus, je n’aurais pas survécu au stress. Mon certificat médical atteste de nombreuses contusions et pendant plusieurs jours, j’ai craint une fracture au pied.

Pendant ce temps d’autres robocops sont entrés dans l’appartement d’où ma compagne que j’étais censé avoir tuée essayait de sortir, ce qu’ils ont vigoureusement empêché, pour lui poser une question étrangement décalée : “Y a-t-il des armes dans l’appartement ?”. Dans tous les autres cas d’intervention policière contre des militantEs, tout s’est instantanément arrêté quand la police s’est rendue compte qu’elle s’était fait avoir. Pas cette fois, et du coup bien sûr surgit la question : quels ordres a-t-on donné au RAID ? Pourquoi cherchaient-ils des armes, pas seulement chez moi mais dans tout le lotissement ?

Ma compagne a été séquestrée dans la chambre pendant une heure sans savoir qu’à quelques mètres de là, j’étais battu. Après les liens douloureux, j’ai été assis menotté sur une chaise devant chez moi. Que cherchait le RAID alors que depuis bien longtemps, la fable du forcené ayant tué sa femme s’était écroulée ? Pourquoi cette violence y compris contre les voisins ? Quand les propriétaires du lotissement viendront peu après au commissariat porter plainte contre la police, on leur répondra bien sûr que c’est impossible.

La police nationale : incompétence ou complicité ?

Au bout d’une heure de violence et de fouilles, le RAID passe le relais à la police (le commissariat du VIIIe arrondissement de Marseille, rue de Haïfa). Ils partent comme des voleurs. Le lotissement, avec plusieurs portes défoncées est partiellement inhabitable. C’est moi qui avancerai plus tard la somme de 1800 euros correspondant aux réparations indispensables pour rendre les lieux simplement habitables, sans savoir quand et comment je serai remboursé.

Je m’imagine que la comédie va s’arrêter et que je vais recevoir des excuses. Je vais très vite être détrompé. J’assiste à un dialogue surréaliste pour savoir si je vais être ou non embarqué, menotté et en slip. Je suis finalement autorisé à m’habiller mais le fils du propriétaire, ma compagne et moi, sommes emmenés dans trois voitures différentes.

Stupéfaction lors de mon arrivée au commissariat à 5h du matin : je suis mis en garde à vue. Le préfet donnera là-dessus une explication qui ne tient pas la route une seconde. Je suis soupçonné d’avoir donné le coup de fil qui a tout déclenché. Or la police a l’enregistrement, elle peut donc immédiatement constater que ce n’est pas moi.

Pensant que ma libération ne va pas tarder et étant surtout préoccupé par la conférence que je dois animer le soir à Toulouse, je refuse médecin et avocat. Grave erreur. Je me retrouve seul, sans montre et sans moyen de communication, dans une cellule sordide sentant mauvais et sans fenêtre, avec une soufflerie faisant un boucan épouvantable, un banc inconfortable trop petit pour pouvoir dormir et des murs maculés de petits mots du genre : “viens salope” ou “suce-moi”. Il faut tambouriner à la porte pour pouvoir aller pisser. Beaucoup de petits Mohamed ou Saïd connaissent ça régulièrement et leur témoignage n’est jamais pris en compte.

Dès 5h, le fils du propriétaire a témoigné que je suis un voisin sympa et non-violent. Ma compagne a tout expliqué : l’UJFP, Ulcan, les menaces, les attaques qui ont déjà eu lieu contre l’UJFP. Elle a un mal fou à faire sortir la policière qui l’interroge de son film intérieur (une femme battue et un mari violent). Alors que la déposition (bourrée de fautes d’orthographe) est déjà signée, celle-ci reviendra à la charge : “Alors cet homme ne vous a rien fait ?”

Je ne serai interrogé qu’à 8h. Je confirme tout cela et... je suis remis en garde à vue. L’explication loufoque que je recevrai est qu’il faut “vérifier mes dires”. On en profite pour prendre mes empreintes.

Dès 6h, ma compagne, voyant que je ne suis pas sorti, commence à lancer l’alerte par SMS. La salle d’attente du commissariat sert bientôt de siège pour une véritable conférence téléphonique. En conséquence, les coups de fil commencent à arriver par dizaines de toute la France et même de l’étranger. Mais quand Gideon Lévy, journaliste anticolonialiste de Haaretz, téléphone depuis Tel-Aviv, il n’y a personne dans le commissariat parlant anglais pour lui répondre. C’est Zola chez les keufs.

Qui a donné l’ordre de cette garde à vue de 7h et qui a décidé de l’interrompre ? Entre le Préfet et le Procureur, rien n’est clair. De même, rien n’est clair non plus sur l’effacement futur de mes empreintes. Heureusement, des militantEs m’attendent à la sortie, car personne au commissariat ne s’est proposé pour nous ramener à la maison.

Si le but des hackers sionistes était d’empêcher la conférence de Toulouse, ce sera pour eux un gros échec. Il y aura le soir 300 personnes à cette conférence au lieu de la centaine escomptée. Et, alors que le site de la LDJ (Ligue de Défense Juive) appelait à s’opposer à “l’immonde Stambul” et que celui de JSS News (un site sioniste franco-israélien) appelait à venir par tous les moyens à Toulouse pour empêcher la réunion, il n’y aura qu’une quinzaine de manifestantsEs sionistes.

Une campagne venue d’Israël

Au départ il y a un franco-israélien nommé Grégory Chelli, alias Ulcan. Il a quitté la France depuis quelques années pour Ashdod au sud d’Israël. Une enquête de L’Express a retracé sa biographie. Riche famille du XVIe arrondissement parisien, gros revenus, actions dans une entreprise, il a aussi fait dans le porno avec des call-girls roumaines filmant leur strip-tease. Il appartient (ou a appartenu) à la LDJ.

Hacker assez compétent, il a entrepris depuis quelques années de s’en prendre à tous ceux qui critiquent ou combattent la politique israélienne. Il a un site (Viol vocal) et une page Facebook où il revendique ses exploits.

Ulcan agit-il seul ? Pour plusieurs raisons, on peut avoir des doutes.

Tout d’abord, la campagne de diabolisation de l’Iran ayant échoué avec l’accord signé sur le nucléaire, l’ennemi à abattre coûte que coûte en Israël est devenu le BDS (la campagne populaire internationale appelant au Boycott, Désinvestissement, Sanctions tant qu’Israël ne se conforme pas au droit international). Plusieurs millions de dollars ont été affectés à cette lutte pour laquelle tous les coups sont permis. Il s’agit bien sûr d’expliquer que le BDS est antisémite et terroriste et d’obtenir des interdictions contre lui. Ainsi à Toulouse, la mairie avait interdit il y a quelques mois la conférence de Farid Esack, président du BDS d’Afrique du Sud et militant historique de la lutte antiapartheid. Les menaces sont fréquentes contre les militantEs pour les effrayer et les décourager. Les attaques pleuvent tous azimuts. Le maire d’une commune de Dordogne a été attaqué (sans succès) par la LICRA pour “discrimination” après avoir nommé Marwan Barghouti une place de la ville. Des officines sionistes comme le BNVCA (Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme, fondé par l’ancien commissaire de police Ghozlan) ou Avocats sans Frontières de l’avocat William Goldnadel (n°2 du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) qui défend Ulcan et des membres du Front National) multiplient plaintes et menaces.

Pourquoi penser qu’Ulcan travaille avec le Mossad ? Il faut être expert mais pas un grand expert pour pirater la ligne de quelqu’un dont les coordonnées sont facilement trouvables. Il faut déjà être plus fort pour installer un renvoi d’appel qui fait que, quand on rappelle le numéro, on tombe sur le hacker. Mais que dire du piratage du téléphone portable de Stéphane Richard, PDG d’Orange, pendant son voyage officiel en Israël ? Là, sans grosses complicités, c’est très improbable.

D’après la conseillère du ministre Cazeneuve, une bonne centaine de plaintes ont été déposées contre Chelli. En s’en tenant à la dernière année, il a attaqué des radios pendant le massacre de Bordure Protectrice l’an dernier. Il s’en est pris à Rue 89. Pierre Haski a été attaqué à deux reprises. Le père d’un journaliste de Rue 89 que Chelli a appelé en lui annonçant la (fausse) mort de son fils est décédé deux jours après d’un infarctus. On n’est pas du tout dans le domaine du canular mais dans celui d’attaques violentes et meurtrières.

La juge d’instruction instruisant les plaintes semblant particulièrement lente, les plaintes récentes ont été confiées à un autre juge d’instruction. Aucun mandat d’arrêt d’international n’a été émis (de toute façon Israël n’extrade jamais ses citoyens) mais il aura fallu attendre juillet 2015 pour qu’enfin Ulcan soit interrogé
.
En mars, Ulcan a piraté en quelques jours les numéros de téléphone de l’autre coprésident de l’UJFP, d’une militante de BDS-France et d’une élue municipale (Front de Gauche) de Mantes-la-Ville. À chaque fois, la police (la BAC, brigade anti criminalité) est intervenue mais sans violence. À chaque fois, le protocole est identique : l’individu a tué sa femme ou son mari et va tirer sur tout ce qui bouge.

Au lendemain de mon agression, il s’en est pris à Jean-Claude Lefort (ancien député communiste et ancien président de l’AFPS — Association France-Palestine Solidarité) puis à trois journalistes : Daniel Schneiderman (Arrêt sur image), Pierre Haski à nouveau (Rue 89) et Denis Sieffert (Politis). Toujours avec le même protocole. Il a menacé l’actuel président de l’AFPS et a piraté la ligne du PDG d’Orange.

Je l’ai eu au téléphone : voix juvénile commençant doucement sur un ton neutre puis se déchaînant dans les menaces et les injures. J’ai pu récupérer un enregistrement : les injures sont à la fois sexistes (“salope, fils de pute”) et antisémites (“juif de merde, ton père, il doit se retourner dans sa tombe”). Il menace de me frapper et s’en prend à ma sœur, forcément complice puisque je suis sur sa page Facebook.

Questions sans réponses concernant l’État français

Comment est-il possible qu’il faille attendre plus de 100 agressions d’Ulcan pour qu’enfin Fabius et Cazeneuve “en parlent” aux autorités israéliennes ?

Pourquoi n’y a-t-il aucune mesure de rétorsion face à son impunité et aux complicités dont il jouit ?

Pourquoi aucune enquête conjointe n’a été entreprise face aux agressions précédentes : et quand l’autre coprésident de l’UJFP est convoqué par la police, ce n’est pas sur les agressions d’Ulcan mais sur le BDS dont il est animateur.

Pourquoi quand un appel malveillant arrive à la police, aucune vérification n’est faite, permettant ainsi la répétition sans fin du même protocole ? Le même Pierre Haski a été agressé deux fois à un an d’intervalle.

Pourquoi l’État ne s’excuse-t-il pas auprès des victimes ? Pourquoi les victimes sont-elles laissées à elles-mêmes pour être indemnisées ? Intimidation de fait ?

Pourquoi ai-je subi violence et garde à vue ? Que vient faire la longue recherche de caches d’armes si le RAID croit intervenir chez un citoyen lambda ? Que vient faire la longue recherche de caches d’armes si le RAID croit intervenir chez un militant des droits du peuple palestinien ? À moins que le fait d’être à la fois juif et au côté de la lutte des Palestiniens ne soit hautement suspect et appelle un traitement particulièrement énergique ?

J’ai été reçu deux fois par le préfet de police de Marseille sans qu’il puisse répondre à ces questions. Dans ses premières déclarations, il avait parlé de canular. Quand il me dit que même des militants pro-palestiniens peuvent tuer leur femme et qu’on est obligé d’envoyer la police quand on reçoit ce type d’appel, on est un peu atterré. Incompétence ? La police serait-elle envoyée si la ligne d’un homme politique célèbre était piratée ?

Les autorités françaises ont assuré qu’elles ne tolèreraient jamais que des Juifs/ves soient menacéeEs parce que juifs/ves. Pourquoi n’est-ce pas valable pour les membres de l’UJFP ?

Cazeneuve et Taubira ont reçu les trois journalistes victimes de Ulcan (réduisant l’affaire à une question de liberté de la presse) mais n’ont pas reçu l’UJFP. J’ai pu rencontrer la conseillère de Cazeneuve. Elle m’a dit pourquoi la LDJ n’était pas dissoute (peur paraît-il d’être retoqué par le Conseil d’État), elle m’a assuré que l’ambassadeur d’Israël avait été convoqué (pourquoi n’est-ce pas public ?) et que Fabius avait parlé à Nétanyahou. Discours lisse, finalité : “Circulez y’a rien à voir”.

Sur ce que j’ai subi, elle compatit. Mais je n’ai pas le début d’une explication : quels ordres ont été donnés et par qui ? Pourquoi la violence ?
J’ai bien sûr déposé plainte. Que tout ceci ne soit plus jamais possible !!

Pierre Stambul

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 31/08/2015 – page 11 à 13