Un mois dans le monde

mardi 13 octobre 2015

Grande-Bretagne

Après les contrats “zéro heure”, Cameron franchit un pas de plus : profitant de la faiblesse des syndicats, il va promulguer une loi par laquelle une grève ne sera “légitime” que si 50 ?% des travailleurs votent pour à bulletin secret !

Turquie

Après plus d’une décennie de succès électoraux ininterrompus, le parti islamiste AKP a subi un sérieux revers en n’obtenant pas la majorité absolue aux élections législatives du 7 juin. Les trois autres partis représentés au Parlement sont les Kémalistes (rebaptisés “sociaux-démocrates”), l’extrême droite nationaliste (et violente) et le HDP qui, en réussissant à additionner les voix kurdes des sympathisants du PKK et celles de la gauche turque, a franchi la barre des 10 ?% nécessaires pour être au Parlement.

Privé de majorité, Erdogan a fait un véritable coup d’État civil, en laissant un gouvernement AKP gouverner sans majorité jusqu’aux prochaines élections dont la date est sans cesse reculée.

Pressé par les États-Unis, Erdogan a annoncé avec emphase “déclarer la guerre à Daesh”. En fait, très inquiet des succès kurdes dans le nord de la Syrie (le Rojava), il a déclaré la guerre au PKK. Il a rompu une trêve qui durait depuis des années en reprenant bombardements de villages et arrestations massives.

Entre le gouvernement turc et Daesh, les relations sont toujours aussi cordiales : les armes passent, les combattants de Daesh se font soigner dans les hôpitaux turcs et les exportations du pétrole de Mossoul se font sans problème. Obama a fait des petites remontrances à son allié de l’OTAN mais sans insister.

Grèce

L’ampleur du “Non” au référendum du 5 juillet (plus de 61 ?%) offrait au gouvernement grec une formidable légitimité pour refuser les oukases de l’Union Européenne. Juste avant le référendum, la Grèce s’était retrouvée en défaut de paiement de 1,5 milliard d’euros alors que, si Patrick Drahi avait pu racheter Bouygues Télécom, sa dette aux banques se serait élevée à 40 milliards !

Pourtant huit jours après, la capitulation défie toute logique. Tsipras a accepté un plan bien plus féroce que celui rejeté par référendum. Il est passé en force à l’intérieur de son propre camp puisqu’une majorité du comité central de Syriza rejetait cette capitulation. Il a viré l’aile gauche du gouvernement.

Après coup, on réalise que, depuis la victoire de Syriza, rien n’avait été fait pour exiger l’annulation de la dette ou même d’une partie de la dette. On s’aperçoit qu’il y a dans Syriza de nombreux transfuges du PASOK (le parti dit socialiste), y compris ceux qui ont directement trempé avec Goldman Sachs dans les détournements financiers qui ont ruiné le pays. La faiblesse des soutiens au peuple grec de la part des travailleurs européens est aussi à noter.

La police avait quitté les rues, elle y revient. Les pires politiciens qui ont vendu leur pays au plus offrant applaudissent Tsipras. Le seul parti qui revendique le “Non” au référendum, ce sont les néo-nazis d’Aube Dorée. Cerise sur le gâteau, Tsipras a signé un accord militaire avec Israël très avantageux pour ce dernier.

Cette capitulation, c’est la réaffirmation de ce que Thatcher avait martelé dès le début de la contre-révolution conservatrice : “Il n’y a pas d’alternative”. En Grèce, on sait désormais qu’il n’y en aura pas sans rupture. Compte tenu de la structure économique du pays (3,5 millions d’actifs, 1,5 millions de chômeurs et 2,5 millions de retraités), la poursuite accélérée de la saignée voulue par l’Europe va généraliser précarité et exclusion totale.

Israël

En quelques jours, il y a eu une adolescente israélienne poignardée en pleine Gay Pride et une famille palestinienne brûlée dans sa maison (deux morts dont un bébé). La presse occidentale s’émeut de ce qu’elle appelle les “colons juifs extrémistes”. Ne nous y trompons pas : les colons vivant au-delà de la “ligne verte” (la frontière internationalement reconnue) sont au nombre de 650 ?000. Ils/elles forment 10 ?% de la population juive israélienne, 40 ?% du gouvernement et près de 40 ?% de l’armée. Les cerveaux un peu fêlés ne sont que la face émergée de “l’OAS” au pouvoir en Israël. Pendant ce temps, ce gouvernement de voyous expulse impunément les internationaux qui viennent en Palestine. Il arraisonne dans les eaux internationales une flottille venue briser le blocus de Gaza dans le silence assourdissant des médias occidentaux. Il continue à détruire maisons et villages palestiniens : les 340 habitants du village bédouin de Susiya, près d’Hébron, ont été expulsés après près de 30 ans de harcèlement. Une loi a été votée pour permettre de nourrir de force les prisonniers en grève de la faim. Ceux-ci ont décidé une nouvelle grève de la faim contre l’isolement dont ils sont victimes. Le secrétaire général du FPLP (Ahmed Saadat) n’a eu aucune visite depuis deux ans.


Plusieurs chiffres parus montrent le succès grandissant du boycott d’Israël. Une étude parle d’une perte de 10 milliards de dollars. Le tourisme serait en chute de 20 ?%. L’épisode d’Orange est révélateur. En visite en Égypte où Orange a 30 millions d’abonnés et où la seule façon d’exprimer son opposition à la dictature est de boycotter Israël, le PDG d’Orange a publiquement exprimé son intention de se désengager d’Israël et de Partner, la compagnie des portables des colonies. Même s’il a été obligé par le gouvernement français d’aller faire un acte public de contrition en Israël, il semble bien qu’Orange va se désengager et cela annonce le retrait futur d’autres multinationales.

Enfin, une affaire traduisant le racisme intérieur à la société israélienne vient de sortir. Autant Israël avait communiqué sur Gilad Shalit quand il était prisonnier du Hamas à Gaza, autant on observe un silence total sur la détention depuis un an d’un autre soldat israélien à Gaza. Ce soldat s’appelle Mengistu, mais il a un grand tort : il est Falasha, donc noir.

En France, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a décidé toute seule d’associer Tel-Aviv à l’opération Paris Plage. Des milliers de protestations affluent contre cette initiative.

Iran

La signature de l’accord sur le nucléaire iranien modifie l’équilibre des forces dans la région. Face à l’Arabie Saoudite dont les dirigeants ont financé Al Qaida et Daesh, les États-Unis sont prêts à appuyer une intervention au sol des troupes iraniennes contre l’État Islamique. Et en même temps à accepter le maintien au pouvoir en Syrie d’Assad. Dépité, Hollande a commis une bourde fantastique en déclarant : “si on laisse l’Iran avoir la bombe atomique, d’autres pays de la région voudront faire de même : l’Arabie Saoudite, Israël”. Alors que ce dernier a 300 têtes nucléaires. Grâce à la France d’ailleurs.

Pierre Stambul


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Brèves

8 décembre - Réunion publique - jeudi 14 décembre à 19h - Après les récentes défaites de Daesh, où va la Syrie ?

Réunion publique avec :
Joseph Daher, militant syrien originaire d’Alep
Sakher Achawi, (...)

7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

Message de soutien d’Émancipation à Élie Domota
Le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota, (...)

14 février - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

Résistances populaires en Syrie et manœuvres internationales
Réunion publique avec :
Ziad (...)