Culture et musique en Bretagne

mardi 27 octobre 2015

En juillet 2015, la semaine Émancipation s’est tenue en Bretagne, à Locquémeau, dans les Côtes-d’Armor. Riche en échanges, comme à l’habitude, elle aurait pu être sans doute davantage culturelle et musicale ! Petit aperçu, a posteriori, des richesses à découvrir dans ce domaine ! 

En 1970, Morvan Lebesque publie au Seuil : Comment peut on être breton ? ou : on ne naît pas breton, on le devient ! Il y raconte le “réveil” - Emsav -de la culture bretonne qui selon lui se fonde sur un humanisme, et tend à un universalisme. En effet,il y récuse vigoureusement le régionalisme paternaliste et le nationalisme séparatiste. Il promeut une forme d’internationalisme enraciné, une formede cheminement vers une - vers des - cultures qu’on apprend à aimer.

Une langue férocement attaquée

Mais la culture, c’est en premier lieu la langue.La langue bretonne, langue des champs et des grèves,a été férocement attaquée, au sein de l’école républicaine, par des instituteurs et institutrices dont la langue maternelle était pourtant le breton : les enfants surpris à parler breton devaient porter un sabot autour du cou, signe d’ignominie dont ils/ellesne pouvaient se débarrasser que s’ils/elles surprenaient des camarades parlant leur langue maternelle à qui il passait le sabot. À cela il faut ajouter la présence d’écriteaux dans les lieux publics : “défense de parler breton et de cracher par terre”.

Cette politique linguistique cynique,a été terriblement efficace en faisant disparaitre, ou presque, une langue millénaire en l’espace d’une génération (celle de l’après guerre). On dénombre aujourd’hui quelques milliers de locuteurs et locutrices en “basse Bretagne” (Finistère, Côtes d’Armor, Morbihan). La plupart sont âgéEs mais les écoles Diwan,laïques, ouvertes à tous, qui demandent sans succès leur intégration au sein de l’Éducation nationale depuis leur création, forment de jeunes locuteurs et locutrices parfaitement bilingues.

Le réveil culturel et musical

Pourtant, depuis une vingtaine d’années,le réveil d’une “culture bretonne” est bien réel. Il passe par une extraordinaire vitalité musicale  : “Les bretons chantent la vie à pleine gorge ou à voix de complainte pour exalter la joie ou endormir la peine” écrit Per Jakez Helias.

Alan Stivel a été un éveilleur parmi d’autres de ce renouveau. Il a puisé dans le patrimoine oral que sont les airs à danser lors de festou noz où l’on danse collectivement sur des airs. Il a su faire revivre langue et mélodies en l’associant à des arrangements modernes.

Dans les villages bretons, la pratique du kan ha diskan – chant et déchant,le travail de couples de sonneurs (biniou-bombarde) et de bagadou (groupes musicaux), mais aussi la transmission des gwerziou (mélopées chantées lors de veillées) qui racontent de terribles histoires d’amour, des destins tragiques, ont permis une forme de renaissance de la langue et de la culture bretonne.

Ronan Giorgiard a publié, en 2008, L’étonnante scène musicale bretonne (édition Palantines, 255 p., 29,41€). Il y distingue :
- les passeurs de mémoire : Margarit Fulup, les Frères Morvan, les soeurs Goadec, Y. Fanch Kémener, E.Marchand.... et bien d’autres qui chantent à partir de l’immense travail de collecte réalisé par l’association Dastum ;
- les pères fondateurs : Alan Stivel dont le succès a irrigué la Bretagne, Y. Gwernig, Gilles Servat, Glenmor, Favennec...et aussi des groupes musicaux comme les Tri Yann, Diaouled ar Menez, Sonerien Du ;
- et puis les “héritières et héritiers”avec Cécile Corbel, mais aussi Miossec de Brest, Jeanne Cherhal ou Dominique A de Nantes...

Une scène musicale d’une étonnante diversité

Cette vitalité musicale s’ouvre sur d’autres genres : les chants de marins (Djiboudjep), le jazz (Jacques Pellen, D. Squiban, Éric Lelann) sans oublier le rock(EV, Dan ar braz, Marquis de Sade, Niagara, les ramoneurs de Menhir, entre autres).

Cette musique traditionnelle associée à la capacité de s’approprier de nouvelles cultures musicales font de la scène musicale bretonne l’une des plus foisonnantes d’Europe.

Pour illustration : 45 % de la production discographique française est bretonne, les festivals musicaux– plus d’une douzaine – font le plein : festival de Cornouaille, festival interceltique de Lorient, festival de Glomel (clarinettes du monde entier), Vieilles Charrues, festival du bout du monde, pour ne citer que ceux-là.

Le nombre de bagadou, de groupes musicaux continue de croître : plus de 150 rien que pour la Cornouaille (région de Quimper) ! Les festou noz sont nombreux durant toute l’année : des musicienNEs chantent, jouent, créent et des danseurs de tous les âges s’y donnent la main, jusqu’au bout de la nuit.

Bienvenue : degemer mad !

Émmanuelle Lefevre