Un mois dans le monde

dimanche 15 novembre 2015

Turquie

Pourquoi ce terrible attentat à la bombe à Ankara ? Probablement parce qu’Erdogan a perdu sa majorité absolue face à l’émergence du HDP, parti ayant réussi à avoir à la fois les voix de la gauche et celles des Kurdes. Et qu’il espère qu’une guerre ouverte contre les Kurdes confortera sa popularité. Comme à la pire époque de la dictature militaire, il y a dans les services secrets turcs des forces capables de tout comme on a pu le voir avec l’assassinat de trois militantes kurdes à Paris en janvier 2014. La “Justice” turque qui est impuissante pour enquêter comme elle l’avait été lors de l’attentat de Suruç en juillet 2015, vient par contre de condamner 244 manifestant-e-s qui protestaient en 2013 contre la destruction du parc Gezi à Istanbul à des peines allant de deux à quatorze mois de prison.

Afghanistan

L’absurde intervention militaire américaine continue de légitimer les Talibans. Ceux-ci ayant pris la ville de Kunduz, l’aviation américaine a pulvérisé “par erreur” l’hôpital de Médecins sans frontières.

La Mecque

Les autorités saoudiennes transforment le hadj (pèlerinage) en une fructueuse affaire financière. Au détriment de toute sécurité pour les pèlerins. La dernière bousculade a fait plus de 2000 mort-e-s, en majorité venu-e-s d’Afrique et d’Iran. Jusqu’en 2013, la compagnie qui “assurait la sécurité” du pèlerinage, c’était G4S, la société israélienne qui a “équipé” les prisons et les check-points.

Syrie

Le peuple syrien va lourdement payer le fait que Poutine, dans le concert diplomatique mondial, n’a pas d’adversaire à sa taille aux échecs. Grâce à la peur de Daesh et à la nécessité pour les Occidentaux d’avoir accès à l’espace aérien syrien, il a obtenu le droit de bombarder lui-même. Et bien sûr, il bombarde en priorité les insurgés contre le régime de son allié Assad.

Catalogne

La question de l’indépendance est-elle la bonne question ? Les militant-e-s de la CNT qui ont fait échec au coup d’État fasciste de 1936 ne se posaient pas cette question mais constataient que les indépendantistes combattaient à leur côté. Aujourd’hui, le plus important mouvement indépendantiste catalan est de droite. Le vote indépendantiste a permis de minorer le succès de Podemos qui a gagné récemment la municipalité de Barcelone. La population est bilingue (même les immigré-e-s), et la Catalogne (la partie la moins pauvre de l’État espagnol) jouit d’une large autonomie. Les luttes pour le maintien de la langue et de la culture catalanes ont été rudes mais ont abouti. Comme au Québec, en Flandre ou en Écosse, rien ne prouve qu’un référendum en faveur de l’indépendance puisse l’emporter.

Canada

Bien sûr, les “libéraux” qui remplacent les “conservateurs”, ce n’est pas vraiment un événement. Mais ces “conservateurs” n’étaient pas seulement totalement alignés sur les pires va-t-en-guerre dans tous les conflits du Proche-Orient. Ils ont aussi joué un rôle majeur dans la destruction de l’environnement. Si Volkswagen a triché sur la pollution de ses véhicules, que faut-il dire des conservateurs canadiens qui, pour extraire des millions de tonnes de sable bitumineux et en tirer des bénéfices énormes, ont souillé lacs et rivières et transformé un territoire grand comme la moitié de la France en gigantesque décharge ?

Portugal

Des années d’austérité vont peut-être mener à un pays ingouvernable. 44 ?% d’abstention aux dernières élections comme dans tous les pays où “l’alternance” ne représente aucune alternative. La droite sortante tombe à moins de 37 ?%. Les “socialistes” locaux (qui n’ont rien à envier aux nôtres) avec 32 ?% des voix ne peuvent gouverner que s’ils trouvent des alliés à gauche. Le PC (plus de 8 ?%) refuse et le “bloc de gauche” (plus de 10 ?%) pose des conditions (l’abandon de l’austérité) incompatibles avec le programme du PS.

Israël/Palestine

La bonne question, ce n’est pas “pourquoi cette nouvelle Intifada ?” mais plutôt “pourquoi n’a-t-elle pas éclaté plus tôt ?” En Palestine, les gens sont désespérés. Tout avenir est bouché. Les colons et le gouvernement Nétanyahou multiplient les assassinats impunis et les provocations : la famille Dawabcheh brûlée vive par des colons dans sa maison le 31 juillet, une secte millénariste envahissant l’esplanade des mosquées et Nétanyahou envisageant de couper en deux la mosquée al-Aqsa pour en faire une synagogue, l’armée assassinant impunément sept adolescents de Gaza qui manifestent près de la barrière de sécurité, un militant adepte de la non-violence tué par une grenade à Hébron… La liste est sans fin. Même Mahmoud Abbas a fini par reconnaître que les accords d’Oslo sont caducs. On est bien rentré dans une lutte contre l’apartheid sur un espace unique.

Les Palestiniens constatent une fois de plus qu’ils sont abandonnés : par les dirigeants des pays arabes qui ne font rien pour eux, voire collaborent au blocus de Gaza comme le dictateur égyptien. Et par l’Occident toujours complice de l’occupant. Que faut-il dire des médias français qui titrent sur la “terreur” dont seraient victimes les Israéliens ?

Comme en 1987, cette Intifada est spontanée, sans leadership, juste conduite par le désespoir. Elle est réprimée avec férocité. Des soldats israéliens se déguisent en Palestiniens pour tirer sur des manifestant-e-s. Un jeune Érythréen, pris pour un Arabe, a été lynché puis abattu par un garde privé à Beersheva.

Dans ce contexte, faut-il s’étonner de la fascisation de la société israélienne ?

Nétanyahou a provoqué la stupéfaction en déclarant : “Hitler ne voulait pas à l’époque exterminer les juifs, il voulait expulser les juifs. Et Haj Amin Al-Husseini est allé voir Hitler en disant : « Si vous les expulsez, ils viendront tous ici ». « Que dois-je faire d’eux ? », demanda-t-il. Il a répondu : « Brûlez-les »”. Ce révisionnisme de Nétanyahou attribuant aux “Arabes” la paternité du judéocide nazi n’est pas nouvelle. Le père de Nétanyahou a été le secrétaire de Jabotinsky, l’inspirateur (mort en 1940) de toute la droite israélienne. Ceux qui s’étonnent découvrent que cette aile du sionisme a toujours eu un penchant pour le fascisme.

En Israël même, il y a des manifestations contre les massacres en cours mais elles restent faibles. L’historien Zeev Sternhell a publiquement estimé que les Palestiniens ont raison de se révolter. Et Shlomo Sand a dit qu’il s’était trompé en étant contre le boycott d’Israël et que c’est aujourd’hui la seule solution.

Pierre Stambul


Brèves

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7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

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14 février - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

Résistances populaires en Syrie et manœuvres internationales
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