Brèves féministes (décembre 2015)

mardi 22 décembre 2015
par  Rosine

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Je pense...

au tarif du marché aux esclaves sexuelles de l’État islamique qui vient d’être divulgué, incluant femmes et jeunes filles sur une même liste comme du bétail...

Je pense qu’en 2015 je suis bel et bien en train de lire sur le net un manuel des bonnes pratiques de l’esclavage sexuel...

Je pense à quel point il est facile de faire de Daech une aberration monstrueuse alors que ses actes sont le résultat d’une continuité de crimes et de désordres multiples normalisés par Internet...

Je pense à l’inertie, au silence, à la paralysie qui ont retardé et bloqué les enquêtes sur les crimes sexuels...

Je pense que j’écris ce même papier depuis 20 ans...

Je pense à l’échec de toutes les institutions patriarcales...

Je pense au fondamentalisme religieux engendrant la notion de viol comme une prière...

Je pense à la vitesse folle avec laquelle de nouvelles méthodes monstrueuses pour désacraliser et marchander le corps des femmes se multiplient.”

Extraits d’un texte écrit par Eve Ensler (1) en septembre 2015.

Debout femmes esclaves et brisons nos entraves, debout !”

transmis par Isabelle Quinton

(1) Auteure de "Les monologues du vagin"

Maroc, pays de l’hypocrisie et de la violence machiste et d’État !

Que la prostitution soit pratique courante dans un pays où la sexualité est fortement encadrée par une morale religieuse et sociale des plus obtuses et hypocrites, pour toute personne ayant vécu au Maroc est une évidence. Dès leur plus jeune âge, les filles mais aussi les garçons issuEs des classes les plus pauvres n’ont que ce seul recours pour subsister… pour le plus grand plaisir d’une masse d’hommes qui en profitent plus que couramment !!!

Mais qu’un film ose mettre sur la place publique – et internationale, qui plus est ! – la réalité marocaine dans ce domaine et tous les démons machistes se déchaînent. Loubda Abidar, l’actrice qui joue le rôle de l’une des prostituées du film Much loved , de Nabil Ayouch, l’a appris à ses dépens.

Dans une lettre ouverte, publiée par Le Monde , en date du 12/11/2015, elle dénonce la censure conservatrice de l’État : le film a été interdit “avant même que la production demande l’autorisation, de le diffuser”[par]“un ministre qui ne [l’] avait même pas vu”, dit-elle. Alors, prolifèrent sur les réseaux sociaux insultes et menaces – orchestrées par les forces réactionnaires du pays – qui l’amènent à se cloîtrer chez elle puis à sortir en burka et qui se terminent par une folie barbare de jeunes en goguette qui la forcent à monter dans leur voiture. Quoi de plus héroïque que d’enlever, rouer de coups de pieds au visage et sur tout le corps une “sale pute” de ciné ? Quoi de plus glorieux que des policiers qui se moquent de la victime lorsqu’elle veut porter plainte et qui – après publication de sa lettre ouverte – portent plainte pour diffamation ?

Loubda Abidar n’est pas seulement une “sale pute”, c’est aussi une mauvaise Marocaine : elle a quitté son pays pour s’installer en France. À croire que ce pays dont le roi a voulu, dès 2003, donner aux femmes un statut personnel plus progressiste que celui de la plupart des pays musulmans est rattrapé par les forces conservatrices les plus arriérées, à l’instar de certains autres royaumes proches-orientaux !

Eliane Paul-Di Vincenzo