L’orthographe illustrée

Échange de pratiques
mardi 22 décembre 2015

L’orthographe illustrée est née dans les années 1990 des travaux d’orthophonistes et de neuropsychologues pour rééduquer des patients dysorthographiques. Il s’agit d’une méthode visuo-sémantique, où le patient (ou l’enfant) invente une illustration qui constituera une aide mnémotechnique pour retrouver la forme orthographique du mot, en mémoriser les particularités. Adaptée aussi bien aux adultes qui ont perdu la mémoire qu’aux enfants en cours d’apprentissage de l’orthographe, Mathilde Bourdin nous fait partager l’expérimentation qu’elle mène dans sa classe.

Cette année, j’ai décidé de mettre en place l’orthographe illustrée avec les CE1-CE2. J’ai trouvé cette idée sur le blog “Maitresseuh” (1). Associer un mot qui pose des difficultés de mémorisation à un dessin et une histoire m’a séduite. C’est un moyen gai d’aborder une activité parfois rébarbative.

J’organise le travail des dictées de cette façon : une liste de mots découverte le lundi, la dictée de ces mots a lieu le jeudi, et le lundi suivant, je donne la dictée de phrases. Lors de la toute première séance, j’ai proposé aux élèves quelques modèles trouvés sur internet (2).

La phase de recherche

Nous avons cherché ensemble quelle était l’histoire de ces mots.

Exemple :

“DANS”
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Je jette une boule de papier dans la corbeille (le A), et je rate mon tir (cela trace le S)

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En élaborant nos propres illustrations de mots, nous avons établi ces règles :

1) Les lettres qui posent problème sont celles illustrées pour ne pas perdre de vue l’essentiel. Parfois, l’illustration est très élaborée : si les élèves ont été acteurs/actrices dans la création de l’histoire et qu’elle les amuse, j’ai pu remarquer qu’ils la mémorisaient bien.

2) On doit raconter une histoire qui est en rapport avec le sens du mot.

J’écris le mot à étudier au tableau : j’utilise plusieurs graphies (cursives, scripts, capitales) car une graphie peut être plus utile qu’une autre pour donner vie à l’illustration. J’invite les élèves à me dire quelles lettres leur posent problème. Nous évoquons la règle d’orthographe mise en jeu, s’il y en a. (L’illustration est utile pour certains sons complexes. Comment mémoriser EIN dans “peinture” ? EN pour “rentrer” ? Etc.) Je vérifie que les élèves ont bien compris le sens du mot à illustrer. Je donne deux minutes aux élèves pour illustrer le mot sur leurs ardoises.

Lors de la première séance, de nombreux/nombreuses élèves n’osaient pas dessiner. Pour les encourager, je leur ai proposé de mettre moi-même en dessin leurs idées. Cette méthode les a beaucoup aidéEs : ils/elles ont imité mes dessins, et les séances suivantes,ils/elles ont presque touTEs tenté des dessins, même minuscules.

Construire des illustrations de référence

Après la phase de recherche, les élèves qui le souhaitent partagent leurs idées avec le groupe. Ils/elles sont enthousiastes et nombreux/nombreuses à participer. Nous validons ensemble les idées : nous vérifions en même temps si les règles sont respectées.

Les élèves privilégient les lettres qui leur posent un souci.


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.Le G est un arbre Les gens montent dans l’arbre grâce à l’échelle.” CE2

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"Les gens font un bonhomme de neige.” CE2

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“La maîtresse explique aux gens.” CE2

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J’ai fait des bonhommes.” CE1

J’ai aidé l’élève à reformuler avec le mot “gens” :

J’ai dessiné des gens."

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Le facteur donne un paquet à Maman.” CE1

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C’est l’anniversaire du garçon, on lui donne un paquet cadeau avec un ours en peluche.” CE2

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"Le bonhomme (Q) apporte un paquet (U) à la poste (ET).” CE2
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“Les enfants vont à l’école le matin.” CE1.
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“Je déjeune le matin.” CE1
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“C’est un bonhomme dans son lit (N). Le matin, il allume la lumière (I).” CE2

(La ligne sous le i est le fil avec l’interrupteur. Le point du i est l’ampoule.)
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Il arrive que je m’appuie sur les illustrations proposées par le site cité plus haut.
Et les élèves me proposent un ajout : ici, c’est le coquetier. (Tous les élèves ne connaissaient d’ailleurs pas le nom “coquetier” bien qu’ils en aient l’usage.)

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Ici, pour mémoriser le E de EN, nous avons ajouté un poisson heureux de voir son copain RENTRER dans le bocal.
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Je souhaite que les élèves comprennent qu’il s’agit d’une méthode utile pour les mots gênants, mais pas une méthode systématique. Nous n’illustrons pas tous les mots de la liste.

CertainEs élèves disent qu’ils/elles n’ont pas de mal à apprendre le mot proposé ou qu’ils le connaissent déjà. J’explique alors que leurs idées peuvent aider leurs camarades.

Cette activité suppose de respecter le sens du mot. Ce n’est pas simple.

Les élèves utilisent parfois l’illustration d’une lettre, liée à un mot étudié auparavant, même si c’est hors sujet.

À la fin de chaque séance, je dessine les idées retenues et je les range dans le Classeur d’Orthographe Illustrée. Pour chaque mot, je peux retenir plusieurs illustrations qui seront dans le Classeur. Les élèves sont heureux/heureuses de voir leur idée retenue. Ce classeur est toujours disponible sur le temps d’autonomie. CertainEs élèves s’y plongent régulièrement.

Pour construire l’illustration de référence, soit je mêle les idées de différentEs élèves, soit je m’appuie sur l’idée d’un élève, soit j’affine pour que cela soit plus pertinent. Je fais différentes esquisses au tableau pour que chacun puisse voir.

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“Nisrine est à côté de Medhyna.” CE2
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“Robin des bois tire une flèche à côté de l’arbre.” CE1

J’ai discuté avec la mère de l’élève auteur de cette histoire. Lors des leçons du soir, sa mère lui dictait les mots. Il a dit, avant d’écrire, “Ah oui, Robin des bois.” sans rien expliquer à sa mère. Et il ne s’est pas trompé d’orthographe.
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"L’horloge montre 7h car c’est le soir. Il y a la lune." CE1
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“Le soir, je regarde l’étoile et la lune avec mon télescope.” CE2

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Pour chaque mot de la liste, je sélectionne une illustration qui sera exposée toute la semaine et qui nous servira de référence jusqu’à la dictée de mots et la dictée de phrases.

Chaque jour, je prends quelques minutes pour demander aux élèves de “raconter l’histoire du mot”.
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C’est un temps de langage intéressant : certainEs décrivent “Le N, c’est un banc avec un élève assis dessus. Le A, c’est une assiette.” et d’autres racontent “L’élève mange une pizza à la cantine.”
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“Le panneau (F) informe qu’il y a des travaux. Il y a une barrière (IN) et un engin de chantier (TION).” CE2
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“Il y a peu d’eau dans mon verre.” CE1 et CE2
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“Chaque jour, je donne à manger à mon chien.” CE2

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Les premiers résultats

Pour la dictée de mots, les résultats se sont améliorés au fur et à mesure. J’ai remarqué que certainEs s’appuyaient beaucoup sur les images car leurs résultats baissaient quand on ne les utilisait pas.

Pour la dictée de phrases, les élèves font des erreurs sur les mots illustrés. Ils se concentrent sur les groupes de mots dictés et ils oublient l’orthographe des mots illustrés.

Un élève avait mal orthographié “heure” durant la dictée de phrases. Je lui ai demandé de me raconter l’histoire. Il a constaté son erreur très vite et s’est corrigé.

C’est la première année que j’utilise cette méthode. Les résultats sont intéressants. Des élèves ont repris confiance en eux/elles et s’enthousiasment pour une activité qui les décourageait auparavant.

Je n’ai pas encore vérifié si les élèves se souviennent de l’orthographe des mots à long terme.

Le temps de recherche est un moment que j’adore en classe : c’est créatif et très joyeux. Pour plus tard, j’ai envie de proposer aux élèves un outil différent du Classeur d’Orthographe Illustrée : ce serait un cahier personnel pour dessiner l’illustration qu’ils préfèrent.

Mathilde Bourdin

(1) http://maitresseuh.eklablog.com/memoriser-l-orthographe-des-mots-orthographe-illustree-et-comptines-or-a112928378
(2) http://webcom.upmf-grenoble.fr/LPNC/membre_sylviane_valdois