De l’école au monde du travail, le fichage tout au long de la vie

Dossier
dimanche 27 décembre 2015

Depuis 2004, le ministère de l’Éducation nationale met en œuvre le fichage à l’école avec Base-Élèves. En même temps, la loi Fillon de 2005 créait le socle commun de compétences, concrétisé en 2010 par le Livret Personnel de Compétences (LPC). Le fichage des enfants et des jeunes pouvait s’organiser de la maternelle au lycée. L’importante mobilisation dans le premier degré, impulsée notamment par le CNRBE et plusieurs organisations syndicales, avait permis de médiatiser largement les dangers du fichage à l’école, et avait remporté quelques succès.

Pourtant, les gouvernements successifs, encouragés par l’OCDE et le MEDEF, n’ont jamais renoncé au projet. En février 2012, peu avant les élections, un arrêté interministériel crée le “répertoire national des identifiants élèves, étudiants et apprentis” (RNIE), opérationnel à la rentrée de septembre 2015. Ce RNIE couvrira progressivement tout le second degré et le supérieur, y compris l’apprentissage et l’enseignement agricole.

Simultanément, et ce n’est pas une coïncidence, le ministère annonce, courant septembre 2015, le remplacement du LPC par le Livret Scolaire Numérique.

Comme le souligne le communiqué de SUD éducation, cette nouvelle version, croisée avec le RNIE, est encore pire que la précédente, de par la nature des informations conservées.

Si le gouvernement et le MEDEF tiennent tant à ce dispositif, c’est que les enjeux dépassent largement le cadre de l’école, et n’ont rien à voir avec la pédagogie.

Car parallèlement à l’Éducation nationale, le ministère du “Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social” poursuit les mêmes objectifs, avec la mise en place du Compte Personnel d’Activité dont Richard Abauzit décrypte ici les enjeux. Précédé de l’“Europass” de 2004, puis du “Passeport orientation et formation” créé en 2009, et du “Passeport d’orientation, de formation et de compétences” de 2014, c’est le fichage généralisé de la population qui s’organise.

Au-delà de la question du fichage, il s’agit bien de faire exploser tous les cadres collectifs, toutes les conquêtes de l’après Seconde Guerre mondiale, toutes les avancées sociales aujourd’hui menacées. Des attaques d’une telle ampleur ne sont possibles qu’avec l’appui du “dialogue social”, comme le rappelle plus loin Hélène Bertrand.

L’urgence est bien à la mobilisation unitaire et interprofessionnelle contre le fichage généralisé, pour la défense et l’extension des droits collectifs.