Petit éloge du désir

jeudi 21 janvier 2016

Saluons ce petit ouvrage sur le désir, écrit par une femme libre… n’hésitant pas à refuser une certaine bien-pensance libertaire : non, la polygamie n’est pas synonyme de liberté ; ni la prostitution.

Le désir sans l’amour n’a pas de sens, ni intensité ni durée.

Oui, le désir dans ses inventions reste un gigantesque pied de nez à la mort.

En ce sens l’étreinte peut être considérée comme une création pure : s’y fabrique une sorte d’œuvre vivante et éphémère, qui révèle les individualités dans ce qu’elles sont au plus intime et au plus secret – attention, écoute, maîtrise, élégance, générosité, etc. Création marquée au sceau de la gratuité” (n° 195).

Il n’y a pas d’âge pour le désir : “On dit que lorsqu’on lui demanda à quel âge le désir disparaissait, une princesse Palatine [...] répondit : Comment puis-je le savoir, je n’ai que quatre-vingts ans !” (n° 219).

Aucun exhibitionnisme dans cette évocation des mises en scènes les plus crues de l’amour. Les parties du corps sont rarement désignées. L’auteure, dans une langue très poétique, vibrante de ce qu’elle vit, se situe à contre-courant d’une certaine modernité qu’elle refuse et qui peut engendrer le dégoût : “Témoignages détaillés sur la vie sexuelle de chacun, recommandations diverses sur tout ce qui nous est-enfin-permis-profitons-en, pornographie omni-présente”.

Un chant revigorant

Un humanisme précieux par les temps qui courent, puisant sa force dans la passion des corps.

Cette passion demande de l’énergie et, bien loin de l’animalité, un travail de la pensée, de ce que Belinda nomme le “corps-esprit”. “Désirer, c’est faire place royale à autrui, lui devoir toutes ses joies et tous ses tourments, entrer dans un lien, l’entretenir, supporter les errements du cœur, des sens, les malentendus, les surprises... (Pour certainEs qui renoncent) tout est trop angoissant. Or il faut de l’énergie pour chevaucher le tigre de l’angoisse” (n° 217).

Beaucoup de belles citations : Breton, Bataille, Desnos mêlent leur voix à cet hymne plein d’espoir.

L’ouvrage est constitué de 249 réflexions – on pourrait dire 249 chants – et permet une flânerie désordonnée et revigorante.

On sort de cette lecture éblouiE avec l’envie de connaître le parcours et les autres publications de l’auteure.

Marie-Claire Calmus

Petit éloge du désir , Belinda Cannone, Folio 5634, 128 p., 2 e.€

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).