Brèves féministes (janvier 2016)

lundi 25 janvier 2016
par  Rosine

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Assignation de genre

J’attends mon tour au rayon Marée de mon supermarché. Deux employéEs, un homme et une femme servent les clientEs. Un quinquagénaire s’enquiert expressément auprès de l’employée du temps de cuisson de la raie, au court-bouillon. La jeune femme a un temps d’hésitation , son collègue masculin la devance et affirme sûr de lui “10 min”. “Bravo !” s’exclame le client admiratif, “mais je demandais à madame”. La jeune femme se tourne vers son collègue pour lui dire qu’elle ne prépare jamais ce poisson, comme pour excuser ce manque de réactivité pour un savoir-faire qui serait typiquement féminin. Je ne peux m’empêcher de dire à haute voix que l’employé n’a pas à être davantage félicité que sa collègue, que cuisiner relève de ce que tous et toutes doivent faire au quotidien (et je pense intérieurement que la jeune femme n’aurait certainement pas eu droit à un “bravo” si elle avait répondu). Je me fais rétorquer par le client “les femmes sont toutes des râleuses”. Je faisais une simple remarque. Ai-je touché un point sensible chez ce monsieur ? Aurais-je dû le féliciter de se mettre derrière les fourneaux ? Le jour où les clients masculins demanderont un conseil indifféremment à unE employéE homme ou femme pour des tâches ordinairement genrées alors nous aurons fait du chemin. C’est au quotidien, que les stéréotypes doivent être combattus. Même si nous n’avons pas envie de nous prendre le bec pour ce qui pourrait être considéré comme secondaire, à la réflexion tout a de l’importance. Continuons à observer et à commenter au besoin par l’ironie, en inversant les rôles pour montrer l’absurde.

Véro C.

Tant qu’il n’y a pas de pognon à faire…

Les femmes ont créé Hollywood dans les années 1910, avec de gros salaires, patronnes de studios, réalisatrices ou scénaristes, mieux payées que les hommes. Dans les années 30, en pleine récession, ceux-ci se sont rendu compte qu’il y avait là du fric, et ils ont pris les commandes (1)… Et entre 1930 et le début des années 80, les femmes se retrouvent scriptes, accessoiristes, habilleuses ou monteuses ; on ne se souvient que de deux femmes réalisatrices, Dorothy Arzner et Ida Lupino. Il faut dire que “la place des femmes dans l’histoire du cinéma est peu connue car cette dernière a été écrite dans les années 1940 par des hommes, ceux-là mêmes qui ont viré les femmes d’Hollywood” (1). Cela dit, c’est un fait, les femmes disparaissent derrière et devant les caméras. Les rôles de femmes fortes des années 30, 40 et 50 à Hollywood n’existent plus ; le personnage féminin n’est souvent qu’“un bonbon pour les yeux” (2). On compte trois rôles masculins contre un rôle féminin, statu quo depuis 1946, et même pour la figuration, une foule compte seulement 17 ?% de femmes, dessins animés inclus. Côté réalisatrices, 1,9 ?% des films les plus vus en 2013 et 2014 sont le fait de femmes (3). En 2014 et 2015, des actrices ont dénoncé le sexisme général au cinéma, de l’obligation de jeunesse des femmes à leur sous-représentation, en passant bien sûr par les écarts de salaires. Alors, en 2016, l’espoir d’en finir avec le matraquage sexiste silencieux du cinéma de masse ? Ça n’ira pas sans bataille. Tant qu’il y a du pognon…

Claire Demel

(1) Clara et Julia Kuperberg, “Le sexisme à Hollywood peut-il être exterminé ?”, http://cheekmagazine.fr.

(2) Geena Davis, “Kudos to Jennifer Lawrence, but women in Hollywood have a long to go”, http://www.thedailybeast.com.

(3) New York Times, “A.C.L.U., citing bias against women, wants inquiry into Hollywood’s hiring practices”, http://www.nytimes.com.