Résistances à l’état d’urgence à Nantes

dimanche 17 janvier 2016
par  Catherine

Face à la volonté du gouvernement, au lendemain des attentats du 13 novembre, d’installer dans la durée, au prétexte de la lutte contre le terrorisme, des mesures sécuritaires et liberticides directement empruntées à la droite et à l’extrême droite (cf .L’Émancipation syndicale et pédagogique n°4), les réactions se multiplient et les mobilisations tentent de s’organiser. Ainsi à Nantes, où un collectif s’est mis en place.

Le 13 novembre au soir, quelques heures après les attentats de Paris, le gouvernement décrète l’état d’urgence sur tout le territoire. Les libertés sont suspendues et un pouvoir total est offert aux préfets. En France, c’est une situation sans précédent depuis la guerre d’Algérie. Une batterie de mesure d’exceptions est annoncée, notamment la possibilité d’armer les policiers municipaux, l’interdiction des manifestations, l’absence de contrôles judiciaires pour la police.


Écraser toute contestation

Les jours qui suivent des policiers perquisitionnent, armes à la main, défonçant les portes de plusieurs centaines de foyer, restaurant, mosquée, blessant, notamment, une petite fille à Nice. Dans l’écrasante majorité des cas, ces perquisitions se révèlent être inutiles. Fin novembre, l’inauguration de la COP 21 est précédée par l’assignation à résidence de dizaines de militantEs. Le 29 novembre, la manifestation organisée à Paris est encerclée, gazée, il y a plusieurs centaines d’arrestations, il s’agit d’écraser toute contestation, de terroriser.

Le gouvernement annonce vouloir reconduire l’état d’urgence, le constitutionnaliser par un vote au Congrès le 23 février 2016. Le compte à rebours est commencé.

Face aux protestations qui commencent à monter l’exécutif annonce la création d’une commission parlementaire qui recenserait les “dérapages”, invite les syndicats à cogérer le dispositif. Fabriquer du consentement est l’objectif, alors que l’on sait que les “dérapages” de la police ne sont quasiment jamais sanctionnés : lorsque, après des années de bataille juridique, un policier passe enfin au tribunal, il est systématiquement relaxé, ou c’est un non lieu qui est prononcé.

Le rouleau compresseur sécuritaire peut donc avancer...

Quelles actions, quels contre-pouvoirs ?

Six parlementaires – trois PS, trois EELV – votent contre l’État d’urgence, quelques associations écrivent des textes, un site de recensement des interventions policières est mis en place.

Dans quelques villes, dont Nantes, malgré l’interdiction de manifester, des manifestations se tiennent, prenant des formes inédites : à l’appel du collectif climat, une chaine humaine associée à un cortège anticapitaliste se réunit le 28 novembre. Plusieurs milliers de personnes de tous les âges se donnent la main, avancent avec des slogans, pancartes et banderoles au milieu des marchés de Noël. La police n’intervient pas. Mais aucune perspective de nouvelle mobilisation n’est donnée.

Des collectifs présents sur Nantes, dont Nantes en résistances – voir aussi le site Nantes révoltée – invitent, sur les réseaux sociaux, à des rassemblements le vendredi 4 décembre, le samedi 12 et 19 décembre.

Des AG hebdomadaires, ouvertes à tous, préparent ces rassemblements.

À chaque fois, un temps de parole libre précède le défilé. Il est essentiel. Le 4 décembre au soir, alors qu’un cortège de quelques centaines de personnes serpente tranquillement dans les rues piétonnes du centre ville, en scandant : “la liberté se meurt en toute sécurité” ou “vous pouvez consommer mais pas manifester, venez manifester”, la police se déchaine, gaze, matraque à tout va. Une voiture de la police municipale fonce sur la foule, et roule sur une personne. Elle est gravement blessée à la jambe. Des plaintes vont être déposées.

Le samedi 12 décembre, l’information a bien circulé : un millier de personnes afflue place du Bouffay, certainEs viennent de la petite marche appelée plus tôt par Carton rouge à la COP 21. Ils s’étonnent et dénoncent l’absence de convergence, évidemment souhaitée par les collectifs mobilisés contre l’état d’urgence. De nombreuses prises de parole, une belle manifestation. La police n’intervient pas.

Amplifier la mobilisation

Dans la semaine qui suit, quelques avancées sont à noter : des dizaines d’associations et quelques syndicats sont signataires d’un texte unitaire : “Pour sortir de l’état d’urgence”, mais quel sera son impact s’il n’est pas articulé rapidement avec des actions et un calendrier ?

Quelques universitaires se lèvent et écrivent une lettre ouverte adressée au ministre de l’Intérieur : “Assignez moi !”

Le 19 décembre, premier jour des vacances scolaires, beaucoup moins de monde au rendez vous sur la place.

Le collectif nantais, finalement signataire du texte national “Pour sortir de l’état d’urgence”, ne prend pas la parole. Un rendez vous avec le préfet est prévu dans la semaine et une réunion après les vacances.

La question de l’unité d’action se pose, ici comme ailleurs. C’est urgent !

Quoiqu’il en soit, d’autres initiatives vont suivre : soirée cinéma- débat sur La stratégie du choc de N. Klein dans un café faisant partie du réseau des bars solidaires contre les violences policières, rendez vous sur l’espace public, une semaine des Résistances, comme l’année passée, prévue la semaine précédant le 23 février...

D’ici là, partout où nous sommes, mettons de l’énergie, de l’intelligence collective pour que ne survienne pas l’irréparable : l’état d’exception donnant les pleins pouvoirs à la police, la confiscation des libertés publiques, inscrits dans la Constitution.

Emmanuelle

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 4/01/2016– page 4


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