État d’urgence… sociale

Édito
vendredi 5 février 2016

Le pouvoir avait réussi à obtenir une “union nationale”, pour prolonger l’état d’urgence en novembre. Le vote de l’écrasante majorité des député-e-s classé-e-s “à gauche” l’avait aidé, de même que les positions de directions syndicales acceptant de participer à un “comité de suivi” de l’état d’urgence (peut-il y avoir un “bon” état d’urgence ?!) aux côtés du MEDEF.

Son objectif : étendre et généraliser la répression d’État contre tous ceux et toutes celles qui contestent sa politique. Qu’il s’agisse de travailleurs et travailleuses défendant leur emploi (les Goodyear condamné-e-s à de la prison ferme), des paysan-ne-s de Notre-Dame-des-Landes dont l’évacuation musclée se précise, des manifestations diverses et variées interdites… les vraies cibles de l’état d’urgence sont les libertés démocratiques, les organisations combattant une politique au service du capitalisme, et plus largement l’ensemble du salariat notamment d’origine immigrée.

Car il s’agit d’aller encore plus loin dans les offensives contre les droits sociaux. Ainsi, tout en affirmant vouloir prolonger l’état d’urgence, F. Hollande met sur les rails une contre-réforme sonnant le glas du Code du Travail au travers du rapport Badinter : la négociation d’entreprise comme principale source du droit du travail, la fin de la hiérarchie des normes conquise après-guerre et la flexibilité complète du temps de travail.

Dans la Fonction publique, la même logique de flexibilité, de précarisation et d’atteintes aux garanties statutaires est mise en œuvre : le blocage des salaires est maintenu, en revanche les “concertations” pour appliquer les mesures PPCR sont à l’ordre du jour.

Et l’on pourrait multiplier les exemples dans divers domaines, y compris celui des libertés où, – outre la “constitutionnalisation” de l’état d’urgence et la déchéance de nationalité – le projet de loi sur le “crime organisé” dessine les traits d’un État autoritaire dans la logique suivie par le gouvernement des États-Unis après le “11 septembre”.

Mais cette logique destructrice rencontre des résistances. Bien sûr avec le développement d’initiatives contre l’état d’urgence : la levée immédiate de l’état d’urgence, le retrait du projet de loi constitutionnel et sur la criminalité organisée… sont des combats fondamentaux pour le mouvement social. Le développement d’appels (appel des 333), de collectifs unitaires (comme celui autour de la LDH), de collectifs unitaires locaux… montre que la prise de conscience progresse dans la population, l’enjeu est que toutes ces initiatives convergent pour une mobilisation massive, le 30 janvier et ensuite.

Les résistances, c’est aussi le combat contre la politique gouvernementale sur le terrain social. Il pose la question d’une riposte d’ensemble du monde du travail, par la grève et son auto-organisation, pour défaire cette politique. De ce point de vue, le rôle des organisations syndicales est décisif, ainsi les congrès à venir de la CGT et de la FSU seront traversés par les contradictions du syndicalisme : outil d’émancipation des travailleur-e-s fondé sur la lutte de classe et la perspective anticapitaliste, il se trouve aujourd’hui de plus en plus intégré dans l’appareil d’État, avec des directions nationales aspirant à être des “partenaires sociaux” dans le cadre de l’ordre social en place.

Cette contradiction n’est pas tenable à terme, c’est par la prise en main de leur destin, de leurs luttes et de leurs organisations, que les travailleur-e-s peuvent la résoudre. Ainsi la grève du 26 janvier pour l’abrogation de la réforme du collège, peut constituer un moment important… pour peu qu’elle permette d’avancer vers la perspective d’une grève jusqu’au retrait du projet gouvernemental, et ne constitue pas une journée d’actions comme tant d’autres.

Quentin Dauphiné, 25/01/2016


Brèves

26 juin - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

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Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)