Gracchus Babeuf pour le bonheur commun

Histoire
vendredi 19 février 2016

Historien et militant, Jean-Marc Schiappa s’est intéressé particulièrement à la période de la Révolution française. Son dernier ouvrage vient de paraître aux éditions Spartacus, dont nous publions ci-dessous la présentation.

Partant de la situation de la Picardie, où François Noël Babeuf naît en 1760, et notamment de son agriculture, jusqu’à l’influence que Babeuf, et sa doctrine telle que rapportée fidèlement par Philippe Buonarotti, purent avoir sur les révolutionnaires du XIXe siècle, Jean-Marc Schiappa retrace les étapes de son parcours et de la formation de son projet politique.

Un prénom original

Dans un format somme toute ramassé, il donne largement la place à l’expression de Babeuf lui-même, dont le style reste remarquablement plaisant. Ainsi, Babeuf explique pourquoi, au moment de la Révolution, il adopta le prénom de Gracchus : “Je justifierai aussi mon prénom. J’ai eu pour but moral, en prenant pour patrons les plus honnêtes gens à mon avis de la république romaine, puisque c’est eux qui voulurent le plus fortement le bonheur commun ; j’ai eu pour but, dis-je, de faire pressentir que je voudrais aussi fortement qu’eux ce bonheur, quoiqu’avec des moyens différents... On sait que ceux qui se sont montrés sur notre théâtre avec des noms des grands hommes, n’ont pas été heureux : nous avons envoyé à l’échafaud nos Camille, nos Anaxagoras, nos Anacharsis [allusion respectivement à Desmoulins, Chaumette et Cloots] ; mais tout cela ne m’intimide pas”.

S’étant heurté à la notabilité picarde et faisant l’objet de poursuites judiciaires, Babeuf gagne Paris au printemps de 1793, il s’y retrouve dans de grandes difficultés matérielles, comme d’ailleurs le peuple de Paris, confronté à l’extrême cherté des produits de première nécessité.

À la Commune de Paris

Babeuf va y trouver à s’employer à l’administration des Subsistances de la Commune ; il se retrouve en première ligne dans la lutte contre la spéculation sur les approvisionnements : “Au 4 mai dernier, l’affreuse disette, résultant de l’excessive cherté qui était elle-même le fruit des manœuvres cupides de ceux qui toujours spéculent sur les malheurs publics, allait étendre ses ravages sur la surface totale de la République. Une loi répressive d’un abus aussi calamiteux est rendue aux acclamations générales du peuple. La secte des accapareurs s’en indigne ; elle jure de s’en venger. Bientôt, elle parvient à mettre dans son parti presque toutes les administrations départementales. Celles-ci interprètent, commentent la loi en tous sens, elles parviennent par des arrêtés à la dénaturer”.

Cette action va le faire connaître du peuple de Paris et des révolutionnaires “démocrates” attachés aux intérêts de celui-ci. Emprisonné, il est libéré après le 9 thermidor (27 juillet 1794) et, après une période de flottement, constatant que “les journées des 9 et 10 thermidor, loin d’avoir produit une révolution, n’ont servi qu’à mieux faire river les chaînes du peuple“, il reprend le combat en publiant un journal auquel il donnera le nom de Tribun du peuple. Bientôt, il y donne son analyse de la situation politique : “je distingue [dans la Convention] deux partis diamétralement opposés [...] Je crois assez que tous deux veulent la République ; mais chacun la veut à sa manière. L’un la désire bourgeoise et aristocratique ; l’autre entend l’avoir faite et qu’elle demeure toute populaire et démocratique”.

Face à la république bourgeoise

En 1795, il est emprisonné pendant de longs mois, pendant lesquels il noue des liens avec d’autres opposants au Directoire également emprisonnés et affine ses propositions. Libéré en octobre, il va bientôt être contraint à la clandestinité : viennent le temps de la préparation de la Conjuration et de la propagande, qui prend de nombreuses formes, dont celle de chansons :

Mourant de faim, mourant de froid,

Peuple dépouillé de tout droit,

Tout bas tu te désoles...

Gorgés d’or, des hommes nouveaux

Sans peine, ni soin, ni travaux

S’emparent de la ruche

Le directoire exécutif,

En vertu du droit plumitif

Nous interdit d’écrire :

N’écrivons pas ; mais que chacun,

Tout bas, pour le bonheur commun

En bon frère conspire."

Viendront l’arrestation en mai 1796, le procès, accompagné de loin par l’agitation contre le Directoire, aussi bien populaire que royaliste, et l’exécution. Babeuf mort, Philippe Buonarotti voudra en dire la force et la grandeur et faire survivre son projet.

Les éditions Spartacus

Gracchus Babeuf pour le bonheur commun , Jean-Marc Schiappa, édition Spartacus, 178 pages, 13 e.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).