Pour un mouvement antiguerre

dimanche 14 février 2016

Suites aux attentats, Émancipation, fortement ancrée dans la tradition pacifiste, le refus de l’oppression des peuples et le soutien aux forces démocratiques, laïques et d’émancipation, a dès novembre accru son intervention pour le refus de la guerre menée par les impérialismes, à commencer par le nôtre.

En région parisienne les militantEs de L’Émancipation ont diffusé très largement un tract (non à l’impérialisme) “déplorant que – si les organisations ont réagi en nombre aux odieux attentats et moins nombreuses contre l’état d’urgence, – les prises de positions les plus unitaires possibles contre la guerre se fassent attendre. Et se fixant pour but de réfléchir avec d’autres à la meilleure façon de mettre sur pied un collectif unitaire contre la guerre et l’état d’urgence”.

Appelant donc à la constitution d’un regroupement unitaire contre la guerre et intervenant sur ces bases au meeting “Stop état d’urgence”, ils/elles ont apprécié l’appel d’universitaires à participer à une réunion le 15 janvier, proposant de jeter les bases d’un collectif contre la guerre (Cf. ci-contre le texte sorti de la réunion du 15 janvier). Et ils et elles se sont inscritEs dans les débats pour disposer d’un texte d’appel équilibré, en défendant notamment lors de la réunion du 15 janvier et dans des congrès syndicaux (FSU 93…) nos propositions visant à éviter de donner à croire qu’on s’en remet aux autres impérialismes ou aux forces qui oppriment les peuples pour ramener la paix et les droits :
- pour l’arrêt de toutes les interventions impérialistes au Moyen-Orient, à commencer par celle de la France, mais aussi celle des Américains, des Russes, des Iraniens et de leurs vassaux respectifs,
- pour le soutien aux forces démocratiques, laïques et émancipatrices,
- pour le départ d’ Al Assad et des responsables des crimes de guerre qui l’entourent,
- pour une campagne de refus des ventes d’armes, moyens et souvent causes de nombreux conflits. En France une telle campagne passe par un temps fort : la dénonciation du supermarché de l’armement Eurosatory qui se tiendra au Bourget en juin.

Olivier Vinay

Pour l’arrêt immédiat des interventions militaires françaises !

Près de 200 personnes se sont retrouvées vendredi 15 janvier à la Bourse du Travail de Paris, pour une première réunion anti-guerre. Cette réunion était organisée dans le prolongement de l’appel “À qui sert leur guerre ?”, texte signé par plus 5 ?700 personnes et invitant à l’organisation d’un véritable mouvement anti-guerre en France. Les participant.e.s venaient d’horizons politiques, syndicaux et associatifs divers, toutes et tous soucieux de mettre en commun des témoignages, des prises de position mais aussi des propositions constructives et concrètes.

Cette première rencontre est apparue d’autant plus indispensable que la guerre est très largement invisibilisée par les médias, comme si ce n’était pas là un sujet, comme si l’État français pouvait agir en toute absence de transparence –et en toute impunité. C’est ainsi qu’on sait très peu de choses sur les frappes actuellement menées sous commandement français. Au sein d’une presse très silencieuse, on peut néanmoins piocher ici et là quelques bribes censées nous rassurer sur la “propreté” des bombardements français. Quant aux victimes civiles, on le sait, elles continuent d’être assimilées aux tristement fameux “dommages collatéraux”. Or, d’après certaines ONG, au cours de l’année écoulée, ce sont quelque 4 ?000 victimes civiles qui ont été tuées par les bombardements censés viser Daech.

La France était en guerre bien avant les attentats du 13 novembre, lesquels ont largement servi de prétexte à intensifier ces engagements militaires. Les guerres de pillage n’ont pas manqué depuis le début des années 2000. Ces conflits doivent être désignés par leur nom : ce sont des guerres d’ingérence impérialiste. La France n’a aucun “rôle positif” dans ces interventions, malgré ses prétentions et ambitions largement puisées à l’ancien répertoire colonial. L’État français ferait bien de cesser de donner des leçons, quand la France est le troisième marchand d’armes mondial et quand elle vend à tour de bras ses Rafale, ses hélicoptères de combat et autres patrouilleurs à des régimes théocratiques et dictatoriaux comme l’Arabie saoudite – où des opposants viennent encore d’être exécutés dans le plus grand silence occidental.

Mais la guerre devient désormais un moyen de gouverner – et de gouverner par la peur. Il n’y a pas qu’en Turquie que le pouvoir réprime et traque, au nom de la guerre contre le terrorisme, celles et ceux qui s’opposent à lui, comme vient de le faire Erdogan en faisant arrêter, pourchasser et brimer des universitaires contestataires. En France, l’état de guerre désormais proclamé justifie la privation croissante des libertés et des mesures directement inspirées de l’extrême droite comme la déchéance de nationalité. L’état d’exception ouvert par ce gouvernement de guerre est en passe de devenir la règle. Cette situation, d’une extrême gravité, passe pourtant pour une évidence dans le discours médiatique et politique dominant, comme s’il s’agissait de nous habituer à cet état martial et sécuritaire. Car cet état d’urgence permet de museler les colères et les luttes : cette guerre est aussi une guerre sociale.

Si nous constatons une très grande diversité de positionnements et sensibilités quant aux réponses à apporter sur le plan international, nous pouvons et devons en revanche être unis dans l’exigence d’un bilan sur les guerres menées depuis des années théoriquement “contre le terrorisme” et qui en réalité ne cessent de l’alimenter.

Il nous faut donc nous organiser, riposter par une résistance à la hauteur de ce que nous subissons, à la hauteur des guerres qui se mènent contre les populations, contre nous et en notre nom. C’est pourquoi nous avons décidé de lancer un collectif national anti-guerre, exigeant l’arrêt immédiat des bombardements, des interventions et des occupations. Ce collectif se déclinera en comités locaux, tout en étant attentif aux mobilisations internationales, telles qu’on a pu encore les voir en Espagne et en Grande-Bretagne tout récemment, et aux mouvements de résistance dans les pays directement touchés par les combats. Il sera au côté de toutes les forces progressistes d’émancipation qui aujourd’hui se battent contre le rouleau compresseur d’une contre-révolution aux multiples facettes en Tunisie, en Égypte, en Syrie, au Yémen et aussi au Mali, au Burkina Faso… Il sera actif dans la lutte contre ce que l’état de guerre et l’état d’urgence qui en découle infligent aux populations les plus touchées par le racisme et l’islamophobie, en particulier dans les quartiers populaires, aux sans-papiers et aux sans-logis, à celles et ceux qui subissent une situation de misère et de discrimination, et qui s’organisent. Il fera du soutien aux migrant.e.s l’une de ses priorités.

• Nous serons au côté des migrants à Calais le samedi 23 janvier.

• Nous participerons aux manifestations du 30 janvier pour la levée immédiate de l’état d’urgence.

• Nous nous retrouverons pour une première réunion du collectif anti-guerre le mercredi 3 février à 19h à la Bourse du Travail.

Compte-rendu de la réunion publique anti-guerre du vendredi 15 janvier 2016

Le collectif peut être joint à l’adresse : antiguerre@gmail.com