Réagir face à l’état d’urgence

Pas d’accord avec Serge Goudard
mercredi 17 février 2016

Plusieurs lecteurs et lectrices m’ont fait part de leur désaccord au sujet de l’article de notre camarade Serge sur “Les syndicats face à l’état d’urgence”, paru dans le dernier numéro de L’Émancipation.

Après les attentats, la violence des dispositions prises par le pouvoir, l’état d’urgence, l’interdiction de manifester, les perquisitions, les assignations à résidence, les couvre-feux (à Sens) ne mettaient pas plus à l’abri de futurs attentats, mais permettaient de contrôler des militantEs n’ayant rien à voir avec le terrorisme et d’entraver leur action. Tout cela appelait une réaction immédiate. Beaucoup d’organisations syndicales et politiques ont refusé de prendre leur responsabilité et d’exiger la levée immédiate de l’état d’urgence et le refus de sa constitutionnalisation.

Un engagement qui s’imposait

La riposte s’imposait même minoritaire. Transgresser l’interdit de manifester relevait d’un engagement élémentaire, naturel et impérieux, comme l’ont affirmé les manifestantEs les 22, 26 et 29 novembre à Paris. Ces manifestantEs ont maintenu et tenu des manifestations qui avaient été interdites. Ils/elles se sont opposéEs frontalement à la politique sécuritaire et liberticide du pouvoir. Ils/elles ont contribué à la construction d’un rapport de force global pour faire sauter, par les voies légales démocratiques mais aussi décrétées “illégales”(mais combien légitimes,…) les verrous bureaucratiques de la plupart des syndicats et des organisations politiques tardant à remettre au grand jour les luttes ouvrières, des “sans” et des migrantEs, contre les guerres impérialistes, en soutien aux peuples opprimés… Autant d’éclairages contenus dans l’éditorial de la revue précédente, que Serge n’a pas jugé utile de citer.

Des initiatives salutaires auxquelles Émancipation a pris toute sa part

La relation des faits par Serge, plus qu’exhaustive sur Lyon relève, quand il s’agit des manifestations parisiennes, pour le moins d’une mauvaise information. Le 22 novembre, parmi les quelques centaines de manifestantEs réuniEs place de la Bastille, c’est plus de la moitié qui est partie faire le parcours prévu jusqu’à République, ce qui a été donc un succès. C’est, pour l’essentiel, le NPA et son service d’ordre qui sont restés devant l’Opéra, ce qui n’a pas toujours été compris. L’Émancipation-région parisienne a appelé et participé à cette manifestation et de cela, non plus, aucune mention dans l’article de Serge. D’autre part, autour de la cinquantaine de manifestantEs inquiétéEs suite à cette manifestation, une importante solidarité s’est construite, retissant pour les suites les réseaux contre la répression.

Pour le 29, c’est encore pire : dans le cadre d’une réunion nationale d’ Émancipation , l’après-midi du 29 fut libérée pour permettre aux militantEs de la tendance de participer au rassemblement place de la République. Celui-ci fut nombreux, festif, copieusement gazé. Nous avons participé aux différents mouvements sur la place y compris celui qui a mené à l’isolement de militantEs du NPA et d’Alternative Libertaire lorsqu’ils/elles ont tenté une sortie faubourg du Temple. Nous n’avons pas insisté quand nous avons constaté que la sortie négociée était impossible, nous somme restéEs près d’une heure dans l’espoir de les voir libéréEs sans poursuite. Puis nous sommes rentréEs dans l’optique de faire jouer la solidarité vis-à-vis des camarades retenuEs, ce que nous avons fait toute la nuit en lien avec les syndicats. Dans l’article de Serge rien de tout cela, rien qu’une docte certitude qu’il ne fallait rien faire avant d’avoir une mobilisation unie, large, intégrant en particulier les syndicats, contre l’état d’urgence.

La critique contenue dans le texte de Serge Goudard de ces initiatives – qui ont eu un sens fort en région parisienne – est en décalage complet avec la réalité des enjeux pour les réseaux militants présents ce jour-là, de même qu’est décalée de la réalité leur mise en parallèle avec plusieurs exemples lyonnais dont la plupart des paramètres contextuels sont différents.

Ne pas se priver de continuer à manifester

Et que dire de l’affirmation qu’on ne doit pas appeler à manifester quand on ne peut pas garantir la sécurité des manifestantEs. Les confédérations syndicales et quelques partis ont encore un service d’ordre digne de ce nom, faut-il attendre leur bon vouloir pour manifesterou y faire appel ? Que serait-t-il advenu avec de telles contraintes de la manifestation à Calais le 23 janvier. Et des manifestations à venir en soutien aux Goodyear, à Notre-Dame-des-Landes, au peuple tunisien ou au peuple syrien le 14 mars ?

Olivier Vinay


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