Le collier rouge

Culture
dimanche 20 mars 2016

Le centenaire de la guerre de 14-18 a été marqué par la parution de quelques livres dont certains d’une grande originalité, comme ce roman de Jean-Christophe Rufin.

Pourquoi le jeune Morlac, héros décoré pour son comportement héroïque sur le front de l’Est est-il retenu prisonnier dans la cellule d’une ancienne caserne dans une ville du Berry ? Pourquoi un chien au collier rouge ne cesse-t-il de hurler à proximité ? Un juge militaire est venu enquêter sur le cas de Morlac. C’est sa dernière mission.

De l’héroïsme au front…


Petit à petit, au fil de son enquête nous découvrons avec lui l’itinéraire de ce jeune homme que les gendarmes sont venus chercher un jour à la saison des labours dans les champs où il se sentait plus utile qu’à l’armée. Mobilisé malgré lui, il évoque, au fil des visites du juge, son itinéraire qui l’a finalement mené sur le front de l’Est et la difficile condition des soldats dans les tranchées. Il nous fait revivre la campagne des Balkans jusqu’au moment où il est récompensé et décoré pour avoir “pris une part décisive dans une attaque contre les forces bulgares et autrichiennes”, ce qui lui a valu la Légion d’Honneur, “une décoration rarement accordée à un simple lieutenant”, lui fait remarquer le juge. Comment se retrouve-t-il ensuite emprisonné pour “outrage à la nation” ? On n’apprendra que dans les toutes dernières pages quel est cet acte provocateur outrageant et quelle part revient au chien au collier rouge, dans l’acte héroïque comme dans l’outrage.

… à la dénonciation des profiteurs

Le juge, compatissant, voudrait faire avouer à Morlac qu’il a agi sous l’emprise de l’alcool, mais le jeune homme s’obstine à répéter qu’il n’était pas saoul et qu’il ne regrette rien, qu’il ne veut pas qu’on dénature le sens de ses actes et dénonce, comme dans la chanson de Craonne , les profiteurs et les imbéciles qui envoient les autres à la guerre.

On sourit parfois lorsque le juge, qui s’intéresse aussi de très près au chien, rencontre la vieille femme qui nourrit l’animal errant et que celle-ci le prend pour le vétérinaire. Mise au courant de l’enquête, elle espère que le jeune maître ne sera pas condamné. “Pendant quatre ans, dit-elle, ils sont venus chercher nos gamins pour les tuer, mais maintenant, la guerre est finie.”

Un livre sans longueur et d’une grande richesse humaine, inspiré d’un personnage réel auquel l’auteur a voulu rendre hommage et dont on retiendra cette belle déclaration : “Si les prétendus héros refusent les honneurs abjects de ceux qui ont organisé cette boucherie, on cessera de célébrer une prétendue victoire”. »

Jean-Pierre Tusseau, Maine-et-Loire

Le collier rouge , Jean-Christophe Rufin, Gallimard, 2014, 156 p.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).