Oncle Bernard : l’anti-leçon d’économie

Économie et société
mardi 15 mars 2016

Ce film pourrait s’intituler tout aussi bien : la leçon d’anti-économie, développée contre l’économie en cours qui, pour résumer son propos, est une arnaque totale, non seulement par ses implications libérales, mais par le statut de science qu’elle s’octroie.

Comme nous l’explique Bernard Maris, l’économie jette de la poudre aux yeux, s’entourant de pseudo-savantEs et d’expertEs, dont la plupart sont ignares “comme les politiques”. Elle ignore le temps et la monnaie. Ceux qui en deviennent maîtres sont les journalistes. Lui au contraire, veut rétablir l’économie comme un savoir accessible à tous et toutes, autour de quelques concepts-clefs.

Le merveilleux de la leçon est qu’elle se déroule de façon très structurée autour de ces thèmes, alors que le filmage , amateur et militant, est interrompu constamment par des changements de bobine ou maint incident technique. Rien n’a été coupé et Maris, après deux mots de commentaires sur ces ratés qui font partie de la proximité égalitaire avec le public et prouvent s’il le fallait son absence de vanité, reprend le fil de son propos.

Démonter les illusions

Quelques thèmes sont ainsi abordés et se trouvent démontées les illusions qu’ils véhiculent ; celui de croissance par exemple, des fonds de pension,(“de la foutaise” dit-il), des produits dérivés.

Pour la première, portée par l’industrie, elle n’est à ses yeux qu’une source de pollution et n’abolit nullement l’inégalité sociale. Il cite à ce propos l’exemple de la Chine.

L’expression “contrats dérivés” est un exemple du jargon que l’économiste analyse comme facteur volontaire d’opacité – celle-ci masquant l’ignorance des responsables – comme les effets délétères du mécanisme : “Beaucoup de gens ont compris que derrière le jargon savant « le roi » était souvent « nu » et ignorant”.

Ce sont des montages bidons de contrats d’assurances sur contrat d’assurances. Cette pyramide branlante contre les risques – mais ceux de la spéculation sont imprévisibles dit-il, contrairement à d’autres comme ceux des accidents de la route – avait été bien décrite dans le livre de Patrick Saurin Les Prêts Toxiques (1).

Ce système participe aux surenchères coupables, voire criminelles, dont les subprimes, abordées récemment à l’écran dans une fiction vigoureuse mais trop technique pour le spectateur moyen (2). Ce sont toujours les pauvres qui en sont victimes et paient la facture parfois au détriment de leur vie.

Contre les idées reçues

Le concept de valeur, central en économie, est complètement retourné : “Ce qui crée fondamentalement de la valeur, c’est l’inutilité” comme les liens sociaux et la confiance.

D’ailleurs paradoxalement l’économie libérale, toute quantitative, invoque et joue sur l’impondérable : la transparence et la confiance.

De même l’inflation tant décriée serait un bonne chose car elle provoquerait une augmentation des salaires.

Le chômage contre lequel aucune mesure sérieuse n’est prise muselle les salariés : il n’y a pratiquement plus de grèves dans le secteur privé.

Charlie-Hebdo , du mercredi 17 janvier, nous apprend qu’une bourse UNESCO - Bernard Maris, Économie Sociétés, va être créée. “Elle financera un chercheur ou une chercheuse pendant trois ans pour qu’il ou elle puisse penser librement”.

On ne pouvait rendre un plus bel hommage à cet homme rayonnant, engagé, et admirable pédagogue.

Grâce à lui, ouvrant le deuil sur l’avenir, une voie essentielle s’est ouverte à tous.

Marie-Claire Calmus

Oncle Bernard : l’anti-leçon d’économie , documentaire de Richard Brouillette, Espagne-Canada, 2015.

(1) Les Prêts Toxiques , Patrick Saurin, Éditions Demopolis, 2013.

(2) The Big Short/Le casse du siècle , Adam MacKay, USA, 2015.


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