L’Union européenne en débat

dimanche 24 avril 2016

Nous assistons à la montée des nationalismes, des clivages entre les États sur de nombreuses questions. Les institutions européennes sont fragilisées.

L’Europe est en crise

La BCE semble au bout de ses possibilités pour éviter la déflation et la Commission, tant lors la crise grecque que lors de celle des réfugiéEs, a perdu l’initiative. Il reste le Conseil européen qui prend les décisions dans la plus complète confusion et un total manque de transparence. Enfin, le Parlement européen est toujours hors-jeu et son importance est réduite à des déclarations regrettant, parfois, les décisions prises ailleurs.

Les gouvernements européens se déchargent de leur pleine responsabilité en imputant à “l’Europe” les décisions concernant les mesures d’austérité, initiées par l’Allemagne, qu’ils ont prises.

Bref, les peuples n’accordent plus aucune légitimité à ces institutions.

L’extrême droite s’est emparée de cette situation dans une perspective nationaliste, faisant de l’arrivée des réfugiéEs un prétexte supplémentaire pour s’opposer à la politique de l’Union.

La gauche, en général, est largement responsable de cette poussée de l’extrême droite. Elle a participé à la mystification du rôle réel de l’Union européenne, lui prêtant des vertus potentielles de démocratie, de futurs bénéfices sociaux, de garantie pour la paix, etc.

Tout indique que nous tournons le dos à ces objectifs. Nous trouvons des institutions anti-démocratiques, des politiques antisociales, austéritaires, une forteresse anti-immigration, une tolérance vis-à-vis d’États xénophobes et racistes, une politique étrangère indigente et fort contestable, etc.

Cela n’a rien d’étonnant dans un ensemble dont la devise est la “concurrence libre et non faussée”. Une situation approuvée par tous les gouvernements de droite comme de gauche !

Quelle(s) gauche(s) ?

La gauche social-démocrate, social-libérale, la droite socialiste, appelons-la comme on veut, bref, la gauche de gouvernement a adopté une politique de collaboration de classe dans le cadre de l’alternance ou de la cogestion avec la droite. Cette gauche, dont les déclarations pré-électorales sont contradictoires avec sa pensée réelle et sa pratique, participe activement à asseoir le pouvoir de la finance et promeut la politique d’austérité en Europe. Il ne reste rien à en attendre.

La gauche anti-libérale, jusqu’ici, s’est contentée d’invocations : “Pour une Europe démocratique, sociale, pour une Europe des peuples, une Europe fédérale…”. Elle a déploré l’absence de démocratie, mais respecté les institutions. Elle a mené à l’occasion une politique d’alliances ambiguës avec la droite socialiste et s’est opposée jusqu’ici à toute idée de rupture avec l’Europe.

Considérant l’Union européenne réformable, cette gauche a conçu, comme quelque chose allant de soi, la possibilité d’avancer vers une Europe mythique à l’occasion d’un changement de gouvernement. L’échec du gouvernement Syriza-Anel a créé un doute en son sein car elle avait placé ses espoirs dans la réussite de la politique anti-austéritaire du programme de Thessalonique.

D’où les propositions des “plan A, plan B” ou de “Diem25” (1) (2) (3).

La proposition d’un “plan A, plan B” suppose l’arrivée préalable d’un gouvernement de gauche anti-libérale négociant un plan de relance économique anti-austérité contournant les traités, qui aurait l’aval ou qui bénéficierait de la tolérance des institutions européennes. À défaut, une rupture serait envisagée. Le succès de cette démarche ne me paraît possible que dans le cas où cette configuration se présenterait dans un pays suffisamment important de l’Union. La conséquence serait alors très probablement l’éclatement de celle-ci. Il reste que les chances de succès d’un plan A sont beaucoup plus faibles que celles d’un compromis toujours défavorable à la population dans la mesure où la volonté de rupture aura été placée en position de pis-aller. J’en veux pour preuve les déclarations répétitives de la part de Syriza que la rupture avec l’euro n’était pas au programme, que les Grecs n’en voulaient pas et que, d’ailleurs, cela aurait été une catastrophe (catastrophe qui est bien là actuellement après avoir cru dans un plan A…).

Les propositions de “Diem25” ont l’avantage de faire prévaloir le politique sur ce qui est présenté dans l’UE comme des décisions techniques : d’un point de vue idéologique, c’est très important. Pour autant, ces propositions, légitimes et accompagnées de mesures indispensables, sont totalement déconnectées d’une action politique issue d’un mouvement social. Imaginer que, par la force de la pensée, la transparence des institutions soit effective “immédiatement”, que la crise économique soit résolue dans les douze prochains mois (“par réinterprétation créatrice des chartes et traités existants”) et qu’une Assemblée constituante, composée de représentants élus sur des listes transnationales, soit installée d’ici deux ans, sans qu’à aucun moment ne soit posée la question pratique de la mobilisation de la population, reste du domaine de l’incantation. L’exemple islandais (rédaction d’une Constitution par les citoyenNEs sans conséquence pour l’avenir du pays du fait de l’absence d’un renversement de l’ordre étatique) peut donner une idée du manque d’avenir de la proposition de “Diem25”.

Animées par une volonté politique partant d’une action d’ordre diplomatique ou citoyenne à l’échelle européenne, ces propositions persistent à laisser penser qu’il est possible d’orienter l’UE, sans passer par une réelle rupture, sur une voie anti-austéritaire, voire anti néolibérale, et déjà, démocratique. Ce n’est absolument pas réaliste.

Pour autant, ces propositions sont d’un grand intérêt car c’est l’occasion, pour la gauche, de se poser la question de l’avenir, dans ou hors de l’UE, autrement qu’en déplorant les tares de celle-ci. C’est aussi la marque de la volonté d’agir de façon transnationale, de façon internationaliste.

La gauche, que je qualifie, faute de mieux, de radicale soulève l’incontournable nécessité de rompre avec l’euro. Après de nombreuses propositions venues de divers économistes, Samy Joshua en trace les grandes lignes (4).

La première constatation est que la dépendance des États vis-à-vis de la politique de la BCE pose la question de prévoir et de préparer concrètement, dans le cadre d’une politique en contradiction avec les traités, une éventuelle sortie de la zone euro. Si tous les peuples européens ont intérêt à s’affranchir du carcan néolibéral, il est illusoire d’imaginer une mobilisation coordonnée entre des populations plongées dans des conditions politiques et sociales très diverses. Il en résulte qu’une rupture ne pourra se faire que dans un cadre national et nécessitera de prendre des mesures de sauvegardes radicales. Quelles qu’en soient les conséquences, refuser la rupture reviendrait à accepter le cadre austéritaire. Refuser l’austérité, faire des réformes, qui seront violemment combattues par les institutions, présuppose que soit posé, dès le départ, le besoin de s’affranchir du carcan de l’euro. Le soutien populaire est à ce prix, sachant que la rupture sera un saut dans l’inconnu, qui fait peur. Ce soutien est consubstantiel à la souveraineté populaire. Le risque de glissement chauvin existe dans tous les cas et déjà maintenant sous le joug de l’oligarchie européenne. La politique menée devra être caractéristique d’une pratique de lutte de classe et de solidarité internationaliste.

Le temps est compté

Le débat politique, en France, rejoint inévitablement celui des Grecs, des Espagnols, des Portugais qui se trouvent, eux, dans un moment où les choix ont des conséquences immédiates. Dans les mouvements de ces pays, les questions que j’ai explicitées sont posées dans des termes proches. Le choix des alliances et du contenu de ces alliances est important pour eux au moment où les classes politiques de ces pays sont bousculées par les électeurs. Il est important d’en suivre le développement et d’apporter un soutien politique aux groupes et mouvements les plus conséquents dans leur démarche.

En ce qui concerne la France, nous nous trouvons dans une situation antérieure à la leur. Pour autant, les choix sont de même nature. Pour commencer, avant toute tactique électorale, il faut clarifier les conditions indispensables à rechercher et à promouvoir pour sortir de la situation actuelle insupportable pour le plus grand nombre, sachant que les propositions démagogiques et trompeuses de l’extrême droite sont malheureusement les seules massivement audibles aujourd’hui. La catastrophe grecque est un handicap supplémentaire, mais aussi elle peut être un aiguillon pour accélérer la prise de conscience de l’indéfectible besoin de transformer radicalement les rapports sociaux, quelles que soient les difficultés.

Michel Bonnard, 22 mars 2016



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