Résistance anonyme

mercredi 20 avril 2016

À quelques centaines de mètres de la ligne de front où les combattants alépins se confrontent aux forces internationales coalisées en soutien au régime de Bachar al-Assad, se mobilise à Kafr Hamra, banlieue au nord ouest d’Alep, une équipe médicale essentiellement féminine, d’une maternité “anonyme”. Elle accomplit au quotidien, sept jours sur sept, l’inlassable geste qui donne la vie ou paradoxalement, accompagne la mort.

Dans ce bâtiment clandestin affluent, dans la discrétion, femmes et enfants de la partie assiégée d’Alep, désormais privée de toutes structures hospitalières à la suite des bombardements “ciblés” de l’aviation russe. Confluent aussi femmes et enfants depuis Idlib ou encore celles et ceux venuEs d’Azzaz au nord, où la maternité a été détruite par de similaires bombardements.

Sous l’intervention des bombardiers et chasseurs russes qui se conjugue depuis sept mois avec le lâchage de barils de TNT que prodiguent les hélicoptères du régime, les populations féminines et enfantines sont soumises au stress dû à la soudaineté imprévisible d’attaques récurrentes, toujours cruelles et semeuses de mort. La brutalité d’un tel déploiement de violence précipite les accouchements, génère des chocs traumatiques ou fait basculer dans la folie les populations civiles ainsi fragilisées.

Activité citoyenne !

C’est dans ce fracas soudainement advenu, que Nidal une jeune infirmière de 22 ans, bénévole à la maternité, est décédée suite à l’explosion d’une roquette et qu’Amar, père de famille de six enfants, ambulancier lui aussi bénévole, perdra la vie sous les bombardements russes.

Dans ces zones libérées, les civils constitués en conseils, structurent et vitalisent les réseaux alternatifs qui suppléent fonctionnaires et travailleurs démobilisés par la destruction de leurs structures et outils de travail.

Les deux personnels bénévoles de la maternité participaient de cette activité citoyenne en donnant toute leur énergie pour s’inscrire dans l’effort pugnace et collectif de tout un peuple déterminé à rester debout face à l’innommable.

L’équipe médicale de la maternité composée de trois médecins (deux sont des femmes), d’une psychologue d’une sage-femme et deux infirmières, affirme ne pas vouloir, face au danger, abandonner les responsabilités attachées à leur fonction. D’un parti pris optimiste, d’un entrain joyeux, la posture de ces jeunes femmes presque toutes célibataires est d’afficher une attitude de défi face à la soldatesque de Bachar et de donner la preuve d’un professionnalisme collectif efficace dans le contexte d’une société en guerre.

Le piège se referme

Pourtant la menace déjà grande, s’accroît. L’encerclement de la partie ouest libérée d’Alep était sur le point de se refermer avant que ne s’annonce une trêve ponctuelle respectée. Sur le terrain, l’Armée syrienne libre (ASL) a perdu le contrôle de la route stratégique du nord, Alep –Azzaz –Bab al-Salam, au profit des forces alliées au Régime et des forces kurdes de l’YPG. À l’ouest la route vitale qui alimente en vivres et en armes la rébellion alépine, reliant Alep à Bab al-Hawa, n’est plus sécurisée à partir de Atarib (gros bourg proche de la frontière turque). Le piège se referme.

Le représentant de l’ASL pour la région nord, le 10 mars 2016 à Gaziantep, disait, impavide et confiant  : “nous tiendrons nos fronts”.

La rupture des “négociations”, qui ne saurait tarder, pourrait être funeste à l’ASL avec la reprise massive des bombardements. Le repli russe tant proclamé ne pourrait être qu’un pur effet d’annonce diplomatique. Au terme de cette parodie de négociations la souffrance du peuple d’Alep dans la guerre ne saurait trouver l’apaisement sans une réelle perspective de paix.

Tel un Adolphe Thiers, pressé d’en finir avec la Commune de Paris, Bachar al Assad lui aussi, porté par ses puissants parrains étrangers, ressasse sa revanche contre le peuple d’Alep insurgé. En écho, traversé par l’onde de l’utopie révolutionnaire, celui-ci fera éclater son désir de vie et de justice, en manifestant massivement le 14 mars 2016 au cœur et dans les faubourgs de la ville.

Devant l’éminence du danger les responsables de la mise en place de la maternité de Kafr Hamra ont prévu d’aménager à la frontière turque, dans l’éventualité d’un assaut ou d’un bombardement décisif, une base de repli logistique. Le souci est de sauver le potentiel humain et matériel de la maternité. Manifestement peu encline à accepter cette issue, l’équipe médicale si attachée à donner et à protéger la vie, généreusement accepte, en retour, de risquer la sienne. Laconique, le responsable de la maternité s’en tient à ces simples mots : “les populations sont là, chacunE prend ses responsabilités, nous nous devons de prendre les nôtres”.

Claude Marill,

syndicaliste et humanitaire à Gaziantep, le 12 mars 2016


1- Pour l’année 2015, 19 868 femmes et enfants auront consulté. Pour le seul mois de janvier 2016 on note 1 008 consultations en gynécologie et planning familial et 1 210 en pédiatrie, 107 naissances seront enregistrées dont 28 par césariennes.


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