Des documentaires : bon pour le moral, bon pour les luttes !

Culture
samedi 21 mai 2016

Liés aux mouvements actuels, les soutenant, les entretenant, voire les suscitant, une série de documentaires à signaler.

Merci patron !

Réalisé par François Ruffin (France, 2016) Merci Patron est une preuve burlesque et encourageante de l’efficacité d’actions radicales de la base contre la dictature patronale : un ouvrier licencié met à terre le plus riche des PDG, celui de LVMH, Bernard Arnault, avec l’aide du journal Fakir . Le menaçant de tout révéler publiquement de l’abus qu’est ce licenciement, il obtient les indemnités qu’il réclamait et sauve ainsi sa maison qu’il aurait dû revendre et envisageait d’incendier... et la survie de sa famille. Exemplaire et hilarant ! Notons que la publicité faite par un ingénieur de Renault à ce témoignage militant lui a valu d’être licencié sans indemnité ni préavis ( Le Canard Enchainé du 30 mars) ! Le film fait une tournée triomphale et redonne à touTEs du poil de la bête. S’y est ajouté récemment Comme des Lions de Françoise Davisse sur la lutte des ouvriers de PSA dans l’ancienne usine d’Aulnay. Ces deux documentaires ont été projetés Place de la République aux militantEs de Nuit debout.

Pour l’écologie

Signalons le film Demain , de Mélanie Laurent (2015) Structuré pédagogiquement il aborde l’agroalimentaire dans les économies de subsistance, l’énergie, l’économie en général et particulièrement le problème de la monnaie, la démocratie et l’éducation. La tonalité “Peace and Love” fait une peu sourire, singulièrement décalée par rapport à notre époque, mais bien que connues beaucoup d’idées développées sont intéressantes, illustrées par les réalisations dans divers pays ceux du Nord particulièrement, Danemark, Finlande, etc. mais aussi Detroit aux USA pour l’autonomie de subsistance à travers les jardins urbains – pratique qui a gagné du terrain à Paris. La Suisse aussi pour une entreprise de Bâle sans actionnaires, Pocheco, et la circulation d’une monnaie locale. Mais de même que dans cet exemple, le problème de la conciliation des deux ou trois systèmes – on n’envisage ni la suppression d’une monnaie nationale, ni l’européenne – n’est guère évoqué, les expériences de rapprochement des castes dans les mêmes logements en Inde laissent intact le système des castes lui-même.

Il n’y a pas de remise en cause des politiques économiques et sociales en cours sur le fond mais des tentatives en marge d’elles – ce qui est la limite des mouvements alternatifs, sauf sur le terrain de l’environnement où ils affrontent directement le système (voir, après des années de lutte, les avancées sur l’aéroport de Notre Dame des Landes actuellement).

Parmi les personnalités interviewées, des gens attachants comme le sociologue et philosophe Van Reybrouke, auteur dans Le Monde d’articles éclairants, notamment sur les raisons de la radicalisation islamiste d’une partie de la jeunesse.

Dans la partie“Éducation”, rien de neuf, mais nous sommes émuEs du retour de grâce dont jouissent les pédagogies que nous avons nous-mêmes mises en œuvre : Steiner, Freinet, Montessori, etc. Que ne se sont-elles généralisées ! À propos des ateliers présentés, détail amusant sur les degrés dans la hardiesse : dans les années 70 les garçons aussi, certains de nos collègues mêmes, s’étaient mis au tricot !

Du côté de l’international

Enfin, à ne pas manquer, le documentaire iranien No Land’s Song , réalisé en 2014 par Ayat Najafi, le frère de l’héroïne, une chanteuse menant à bien, à travers mille difficultés avec la République islamique, son projet de faire chanter des femmes en public ce qui contrevient aux lois en cours.

On en sort bouleverséE par la dureté de ce régime, l’arriération de ses diktats sur l’emprisonnement des femmes et par l’extraordinaire vaillance de celles qui se battent et parfois comme celle-ci, au bout de plusieurs années, triomphent... Un bel exemple pour toutes et tous !

Marie-Claire Calmus