Où en est le projet régionaliste corse ?

lundi 13 juin 2016
par  Catherine

Après la victoire historique de la coalition nationaliste–indépendantiste aux élections régionales, la Collectivité Territoriale de Corse (CTC) est gérée depuis décembre 2015 par Gilles Siméoni (président de l’exécutif), nationaliste et Jean–Guy Talamoni (président de l’assemblée), indépendantiste.

“Je ne suis pas indépendantiste, je suis autonomiste. C’est la forme institutionnelle qui correspond le mieux à la réalité de la Corse aujourd’hui”, a expliqué Gilles Siméoni sur BFMTV-RMC. “Nous sommes dans une approche qui n’est pas seulement idéologique mais aussi pragmatique. Nous voulons construire la Corse, nous voulons la développer au niveau de son économie, au plan social et de son ouverture avec la Méditerranée”.

La reconnaissance de la langue corse

“De la même façon que la langue de la République française est le français, la langue du peuple corse est le corse”, plaide Gilles Simeoni sans relâche depuis son élection. “La question qui se pose aujourd’hui c’est : est-on capable de trouver une organisation politique et administrative qui permettent aux langues de vivre et d’être employées indifféremment ?”, a-t-il expliqué le 24 décembre 2015 sur Europe1. Selon lui, il suffirait de créer un “statut de co-officialité” du corse et du français.
Toute personne pourrait donc effectuer ses démarches dans la langue de son choix, ce qui signifie que dans chaque administration il devra y avoir des corsophones (fléchage des postes ?).

Dans l’Éducation nationale, les modalités de mise en œuvre sont précisées dans le programme Lingua 2020 :

Fiche 3D - Intégrer la langue corse au référentiel de compétences des professeurs en Corse

  • Modalités de mise en œuvre.
  • Demande d’adaptation des textes nationaux.
  • Convention CTC, État, ESPE, Université de Corse.
  • Généralisation du DCL langue corse à l’Université de Corse avec les niveaux B1, B2 et C1.
  • Améliorer la qualité de la formation des jeunes maîtres avec l’ESPE : niveau C1.

La titularisation de tous les professeurs des écoles sera soumise à l’obtention de la certification et de l’habilitation en langue corse au moins au niveau B2 et dans l’objectif de parvenir à moyen terme au niveau C1.

Premier degré :
- Tous les postes vacants de l’enseignement du premier et du second degré en Corse sont “postes à profil langue corse”. Les personnels nommés sur ces postes auront trois années pour acquérir une certification niveau B2.
- Nomination en Corse : formation obligatoire et certification C1 pour être affecté sur un poste à titre définitif.
Second degré :
- Formation obligatoire et certification C1 pour être affecté sur un poste à titre définitif.
Tout certifié ou agrégé attestant d’un niveau B2 en langue corse bénéficie de 1000 points de bonification lors de sa participation aux différents mouvements.
Résultats attendus
- 60 % de professeurs du primaire habilités en 2020 ;
- 40 % de professeurs du secondaire habilités en 2020 ;
- 100 % de professeurs du primaire et du secondaire habilités en 2030 ;
- recrutement de 100 % des maîtres par concours bilingue en 2019 ;
- 100 % des postes fléchés occupés par des maîtres habilités.
Des épreuves en langue corse et de langue et culture corses seraient obligatoires au bac et au brevet, une dérogation pourrait être accordée aux élèves résidant en Corse depuis moins de deux ans.

Autrement dit, la corsisation des emplois deviendrait la norme, avec ses relents de “préférence nationale”, à connotation brun foncé ! Ce dont se défendent les nationalistes. En effet Gilles Siméoni plaide pour l’idée d’une “préférence régionale”, même s’il réfute ce terme qui rappelle trop les idées du Front national, qu’il condamne. Toutefois, il souhaite la mise en place d’une politique économique propre à la Corse. “Il faut prendre un certain nombre de mesures avec ce qui est la réalité du chômage en Corse”, a-t-il déclaré...

En d’autres temps, on se souvient que la CGT avait réussi à faire capoter un projet mené par le syndicat des travailleurs corses (STC), qui prévoyait une préférence pour l’emploi des travailleurs corses dans l’ex SNCM. 
Dans cette ambiance, le discours en langue corse de Jean–Guy Talamoni a été vécu comme une provocation (ce qui a dû le combler d’aise !) par l’ensemble de la classe politique non insulaire !

La création d’un statut de résidentE

Un des problèmes récurrents dénoncés par les Corses est la flambée du foncier, et les difficultés pour les habitantEs de l’île de se loger sur leur terre. Gilles Simeoni souhaite la création d’un statut de résidentE qui réserverait l’achat immobilier aux personnes résidant depuis plus de cinq ans sur l’île. Une mesure déjà votée par l’Assemblée de Corse. Et annulée par le tribunal administratif.

“Nous allons en parler au Premier ministre. Le statut de résident – qui est une délibération de l’Assemblée de Corse – est une mesure qui vise à répondre à une situation d’urgence absolue”, a-t-il plaidé. Un statut pour l’instant incompatible avec la Constitution. “Nous savons que la création d’un tel statut pose des problèmes constitutionnels, mais c’est contournable”, a-t-il assuré. Là encore, une révision de la Constitution serait nécessaire pour autoriser l’Assemblée corse à mettre en pratique cette mesure, déjà adoptée.

Le transfert du droit fiscal

“Les Corses sont toujours dans une logique de dépendance par rapport à Paris. On entend : « les Corses vivent aux crochets de l’État ». Or, nous ne voulons pas vivre aux crochets de l’État”, a expliqué Gilles Simeoni, plaidant pour le transfert du droit fiscal. Selon lui, un certain nombre de compétences fiscales peuvent être transférées, évoquant notamment la fiscalité du patrimoine et la territorialisation de la TVA.

À la vue de la dernière étude de l’INSEE qui montre que la vie est environ 4 % plus chère que partout ailleurs sur le continent, on ne sait pas qui vit aux crochets de qui ! Une territorialisation ne ferait-elle pas encore augmenter les prix ?

Une seule lutte : l’amnistie des “prisonniers politiques”

La loi travail n’intéresse visiblement pas beaucoup les étudiantEs de Corse. La première Nuit Debout à Bastia a eu lieu le 15 mai et les manifestations précédentes ont réuni peu de monde.
Le seul “mot d’ordre” qui fait réagir les étudiantEs, les seules manifestations importantes d’étudiantEs à Corte (400 personnes en février 2016) ont été faites sur le sort de leurs camarades emprisonnés. Les nationalistes parlent de prisonniers politiques et l’état de terroristes, ils sont une vingtaine dont la moitié est incarcérée en région parisienne.

En effet, les prévenus doivent être à la disposition du juge, à proximité du tribunal où leur dossier est instruit. Une fois condamné, il faut, pour être transféré à Borgo, que la condamnation soit définitive, que le reliquat de peine soit inférieur ou égal à sept ans et que le détenu présente “une faible dangerosité”.
C’est la double peine, pour les familles aussi, car se rendre à Paris a un coût (environ 250€e le vol, sans compter l’hébergement…). Donc ces détenus sont privés de leurs soutiens moraux et affectifs et la possibilité de poursuivre leurs études est très compliquée. Ils ne bénéficient pas du droit le plus élémentaire, le rapprochement familial. Alors qu’actuellement la visio-conférence pourrait être utilisée par les juges du pôle antiterroriste (pôle qui n’existe qu’à Paris).

Quel avenir pour la collectivité unique ?

Rien dans ce programme n’a pour le moment été accepté par Matignon et il y a de fortes probabilités que cela n’évolue pas, tant tout cela est éloigné de la logique de la République une et indivisible.

Dans deux ans on retourne aux urnes, l’Île-de-Beauté, ayant “la chance” d’être précurseur en matière de collectivité unique, cette dernière va remplacer la CTC et les deux conseils départementaux. Ce qui ne suscite pas un enthousiasme délirant surtout de la part des personnels territoriaux et des éluEs, qui ne savent pas à quelle sauce austéritaire ils/elles vont être mangéEs !

Quant à nous autres résidentEs, wait and see (comme disent d’autres insulaires).

Catalina

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 6/06/2016– page 6 & 7


Brèves

26 juin - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

Pas de code du travail sur ordonnance !
Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)