Hommage à Denise Salomon

Les nôtres
mercredi 22 juin 2016

Elle ne grimpera plus son “échelle de meunier” pour rentrer chez elle dans le 15e. Denise nous a quitté-e-s ; elle qui n’avait jamais baissé les bras l’a fait devant une douloureuse maladie. Elle était un pilier de l’EDMP même si on ne la voyait plus souvent au “thé” du mercredi après-midi. Dans les années 70, elle fut de tous les combats de l’École Émancipée. C’était une femme formidable, passionnante à écouter, toujours avec le sourire de l’intelligence. Elle nous manque déjà.
Nous publions ci-dessous la notice que lui a consacré Claude Pennetier dans le Maitron.
A. C.

Née le 2 mai 1926 à Ris-Orangis, Denise Salomon passa toute son enfance à Paris dans le 10e arr.. Son père, formé à l’école publique du 20e arr., employé de commerce, pratiquait la religion protestante. [...]. Sa mère, originaire de Mézin (Lot-et-Garonne), d’un milieu d’ouvriers du bouchon de liège (famille Duprat-Bouygard). [...]. Sa mère, titulaire du certificat d’études, employée de commerce, lisait beaucoup ; son père l’emmenait dans les musées.

Denise Salomon fréquenta les écoles publiques de Paris du 10e arr., puis reçue au concours des bourses, elle fut admise au collège Édgar Quinet où elle passa la première partie du brevet supérieur puis le bac. Reçue à l’écrit du concours de l’École normale, elle ne fut cependant pas convoquée pour l’oral. Il est vrai que l’institution était désorganisée pendant l’Occupation. Elle ne retint pas l’interprétation avancée par un de ses professeurs d’une sanction due à son nom. Celui-ci valut à plusieurs reprises à sa famille de passer pour juive. “Quand on s’appelle Salomon on a intérêt à la boucler” avait dit un patron de son frère André. Son père avait dû présenter des attestations d’appartenance à la religion réformée.

Denise Salomon entra dans l’enseignement public comme suppléante à l’école de la Muette à Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) et à Paris dans le quartier du Sentier. Elle fut titularisée et nommée à Montreuil. Passionnée par la pédagogie et les méthodes actives, elle obtint son détachement pendant cinq ans aux CEMEA. De retour à Montreuil, elle enseigna dans les classes de fin d’études puis au cours complémentaire comme professeur de français-histoire-géographie. Elle travailla également dans des classes de sourds-muets à Paris.

Sur le plan politique et syndical, elle avait été approchée par les militants communistes lors de son premier poste à Drancy. Syndiquée et sympathisante communiste, son franc-parler provoqua sa mise à l’écart avant même qu’elle n’ait pris sa carte [...]. Elle se fit qualifier de “trotskyste” et eut envie de savoir ce qui se cachait sous ce qualificatif disqualifiant.

Elle avait la double affiliation syndicale CGT et FEN. La brusque injonction du Parti communiste, en janvier 1954, de quitter la CGT provoqua son éloignement du courant “cégétiste” (futur Unité action) [...]. Elle pense que sa culture protestante faite de dialogue l’éloignait de l’unanimisme communiste. Elle se rapprocha progressivement de l’École Émancipée par les milieux de la pédagogie Freinet. Amie avec Émile Copfermann et François Maspero, elle fit par eux la connaissance du philosophe Boris Fraenkel et devint sa compagne. En 1958, Fraenkel décida d’adhérer au courant lambertiste (Organisation communiste internationaliste) et elle franchit le pas mais n’y fut pas à l’aise. [...] Elle sympathisait avec Julien Desachy. “Je me suis sentie plus à l’aise à l’ÉÉ qu’à l’OCI” dit-elle. Elle eut des responsabilités dans la trésorerie de la région parisienne de l’OCI.

Oratrice convaincante, souriante, habile, sa parole était très écoutée dans les réunions et Semaines de l’ÉÉ. Lorsque le conflit éclata entre Boris Fraenkel et les “lambertistes”, l’OCI voulut la garder et la faire monter au bureau national à condition qu’elle intervienne contre Boris Fraenkel. Elle démissionna et se consacra à l’École Émancipée [...]. En juin 1968, Boris Fraenkel fut arrêté et expulsé vers l’Allemagne qui le refusa. Comme apatride, il fut placé en résidence surveillée à Vitrac (Dordogne). Sur la suggestion de ses avocats, Denise et Boris se marièrent à Vitrac[...]. Lorsque Boris Fraenkel demanda la naturalisation française, elle dut prouver qu’elle était française par filiation et qu’elle n’avait pas renoncé à sa citoyenneté française lors de son mariage.

Dans l’après 1968, Denise Salomon se consacra essentiellement à l’École Émancipée, faisant équipe avec Lily Bleibtreu et Joseph Volovitch dit Jo Volo.

Elle fut de ceux et celles qui poussèrent le courant lambertiste hors de l’École Émancipée après 68.

Extrait du “Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français”


Brèves

26 juin - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

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