Le Père Noël en deux minutes chrono

mardi 20 septembre 2016

“Un vaste plan de revalorisation salariale” selon l’article du Monde daté du 1er juin. Ou mieux encore : “Ces nouvelles mesures vont permettre de replacer la France au-dessus de la moyenne de l’OCDE, et d’atteindre en fin de carrière le niveau des pays les plus favorables” selon la ministre de l’EN. Le jour de gloire serait donc arrivé pour les “profs”.

On n’ose y croire. C’est tellement beau — sans même avoir eu besoin de bouger le petit doigt entre République et Nation — qu’on aurait justement envie d’y croire.

En même temps, chacun aura compris spontanément l’entourloupe : tout commencera en… 2017. Sauf miracle improbable, et même si tou.te.s les enseignant.e.s perdaient tout sens critique en votant massivement pour le Parti socialiste, les chances pour que ce parti et son candidat gagnent les élections sont infimes, comme sont infimes du même coup les chances que cette mesure soit effectivement appliquée.

On pourrait donc en rester là, et rendre notre minute quarante-cinq secondes en trop avant de jeter le Père Noël à la porte. Mais s’attarder sur certains détails vaut malgré tout le coup. D’abord au niveau des chiffres. On nous explique que tout cela devrait coûter au bas mot un milliard d’euros entre 2017 et 2020 (pour l’ensemble des personnels enseignants et de l’éducation). Sachant que les personnels de l’EN représentent (avec leur 800 ?000 profs) près de 20 ?% de la Fonction publique, et que 1 ?% d’augmentation de la masse salariale dans la Fonction publique coûte 800 millions d’euros… Sachant aussi qu’on nous a volé 8 ?% de pouvoir d’achat à cause du gel des salaires entre 2010 et 2016… combien faut-il mettre sur la table simplement pour rattraper ce qu’on nous a volé ces dernières années ? Un peu plus de 1,2 milliards.

Dit autrement la super revalorisation – par ailleurs totalement hypothétique – coûtera moins cher que la dévalorisation de ces dernières années ! Sacré Jules Ferry, les règles de trois…

Mais d’autres “détails” sont intéressants. Cela va s’inscrire parait-il dans le cadre du PPCR, c’est-à-dire le machin accepté il y a quelques mois par la FSU en compagnie de la CFDT et de l’UNSA contre la CGT, FO et Solidaires, mais aussi contre l’avis d’une bonne partie des militants de la FSU. Du coup on comprend mieux : les profs ne sont pas seulement un réservoir de voix. Là tout de suite, c’est la petite guéguerre pour réduire en miette le front syndical qui est à l’ordre du jour : à ceux qui signent, on fait mine de croire que c’est grâce à eux les pépettes, et à ceux qui bloquent le coup de pied de l’âne.

Petit problème néanmoins : on nous dit qu’il y aura toujours du salaire au mérite avec la possibilité de promotions à la suite de “quatre grands rendez-vous” au cours de la carrière. Mais tout de suite et dans l’immédiat (c’est effectivement une application du PPCR), tout le monde avancera au même rythme… Petit oubli de la journaliste du Monde  : le rythme le plus lent, celui à l’ancienneté…

Autre problème : le gouvernement est conscient que l’évaluation par les seuls chefs d’établissement risque de provoquer des remous. Mais il explique que la double notation devrait disparaître. Et l’UNSA, le syndicat des chefs d’établissement a l’air tout guilleret. Mon petit doigt…

Mais puisque le temps imparti est presque écoulé, une mention spéciale pour finir au sérieux journalistique. En sous-titre et donc en gras, on a droit à une citation dans cet article du Monde du représentant du SGEN-CFDT, Frédéric Sève. Il nous explique qu’avec le nouveau grade “exceptionnel” en plus de la “hors-classe”, cela va être l’agrégation pour tous : “elle donne la possibilité d’atteindre un niveau de rémunération proche de celui d’un agrégé en fin de carrière soit 4500 euros nets par mois”.

Or tout le monde sait qu’un agrégé au 11ème échelon gagne 3200 euros par mois, et 3750 euros s’il est au dernier échelon de la hors classe. Pas 4500 euros. Un détail. Mais on peut toujours rêver.

Jean-François


Brèves

26 juin - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

Pas de code du travail sur ordonnance !
Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)