Un trotskiste se confie...

Rétrospective
vendredi 23 septembre 2016

Jean-François Chalot est un vieux militant de l’ÉÉ puis de l’Émancipation. C’est aussi, depuis sa toute jeunesse, un fidèle militant trotskiste qui a navigué entre diverses obédiences et a même, un temps, fait de l’entrisme au PS. Dans un petit livre de 116 pages, il nous confie son itinéraire militant, depuis ses années de lycée jusqu’à aujourd’hui.

Les trotskistes n’ont pas toujours eu bonne presse auprès des militants de l’Émancipation. On n’a pas oublié les manœuvres de certains d’entre eux pour prendre le contrôle de l’École Émancipée — ce à quoi ils sont parvenus en 2002. Ils ne font plus aussi peur que dans les années qui suivirent la Libération, mais leur radicalisme révolutionnaire apparent inquiète certains. Cultivant le souci du secret d’une manière parfois obsessionnelle et plutôt ridicule, ils entretiennent autour d’eux une aura de mystère que déchire notre ami Chalot. Oui, il se réfère au trotskisme depuis ses premières années militantes vers 1965. Plus par goût de l’action que par conviction idéologique. C’est sans doute pourquoi il est resté fidèle au courant large du trotskisme mais pas forcément aux chapelles qu’il a fréquentées. À lire son livre, on se rend compte qu’il est un homme d’action, pas un théoricien. Et que, membre d’une minorité agissante, il a toujours refusé le sectarisme et le repli sur le noyau dur des militants convaincus. Pour lui, il faut agir au milieu du peuple de gauche et des laissés pour compte de la société capitaliste sans exiger de chacun qu’il adhère pleinement à ses propres convictions.

Un activiste syndical et politique

Normalien de Melun, ayant eu 20 ans en 1968, il a participé activement à toutes les luttes normaliennes après avoir milité peu de temps à la SFIO, puis à la FGDS avant de se faire traiter de trotskiste et de décider alors d’adhérer à la JCR. C’est à ce moment-là qu’il a découvert l’École Émancipée dont il deviendra rapidement un militant actif. Il aura pendant quelques années la responsabilité de la trésorerie de la revue à laquelle il gagnera de nombreux adhérents.

Instituteur dans plusieurs écoles de Seine-et-Marne, il quittera son département natal pour la Mayenne où s’affirmera sa volonté de défense de l’école laïque.

Retourné en Seine-et-Marne, le militant de la Ligue communiste révolutionnaire qu’il est se met en congé d’organisation pour tenter l’expérience de l’entrisme au sein du PS. L’expérience tourne court à la suite de son refus d’avaliser la participation de la France à la première guerre du Golfe. Il passera quelque temps au Mouvement des Citoyens de Chevènement avant de retourner dans le giron de la LCR. Comme il s’ennuie un peu à l’école alors qu’il s’épanouissait précédemment ou parallèlement dans ses activités d’animateur chez les Éclaireurs de France ou en colonie de vacances, abandonnant l’enseignement, il s’invite chez les Francs et Franches Camarades – les Francas – dont il devient vite un responsable local. il quitte le SNUIpp pour le petit syndicat FSU de l’éducation populaire, de l’action sociale, socioculturelle et sportive (EPA-FSU) dont il devient secrétaire national en l’an 2000.

Retraité en 2003, il démissionne de tous ses mandats syndicaux et se lance dans l’aventure de l’UFAL (Union des familles laïques). Comme il l’écrit dix ans plus tard, “il ne s’agi[ssai]t surtout pas de constituer un groupe affinitaire, intervenant d’une manière propagandiste sur le territoire de la commune mais de mener des actions de solidarité avec des personnes prêtes à donner un peu de leur temps”.En somme d’agir concrètement ici et maintenant.

Privilégier l’action locale

Des turbulences dans le mouvement dont le militantisme virait au sectarisme l’amenèrent à prendre ses distances et à se recentrer sur le CNAFAL (Conseil National des Association FAmiliales Laïques) pour y mener l’action sur le terrain, ce qui le conduira à intégrer la municipalité de la commune de Vaulx-le-Pénil.

En même temps, ostracisé par la LCR d’abord pour avoir refusé l’OPA sur l’École Émancipée, puis par le NPA, il est allé rejoindre le Parti de Gauche qui l’a vite déçu : “Au PG 77, les militants discutent, échangent, mènent des campagnes électorales mais ne mènent pas d’actions de terrain en s’engageant dans la vie associative locale”. Aussi retrouve-t-il une nouvelle chapelle trotskiste, le “lambertiste” POI (Parti Ouvrier Indépendant) qui ne tarde pas à scissionner. Éternel minoritaire, il se retrouve alors au POID (Parti Ouvrier Indépendant et Démocratique) mais en se recentrant sur l’action locale : “Je privilégie l’action locale, la défense des personnes comme militant associatif et comme élu. Si je participe à certaines manifestations nationales comme à celles pour le droit au logement ou contre l’état d’urgence, j’en délaisse d’autres. Il ne s’agit pas là d’un effet du vieillissement mais d’un trait de ma personnalité. J’estime que certaines manifestations sont indispensables alors que la participation à d’autres prendraient du temps que je pourrais mieux utiliser dans une action locale”.

Homme libre, ce trotskiste fidèle et désintéressé a toujours refusé les honneurs et les prébendes de toutes sortes. Il n’a jamais été possible de l’“acheter”. Par ailleurs, il reconnaît qu’il n’a“jamais été un militant politique très discipliné, [il a] rompu plusieurs fois le centralisme démocratique sans que cela ne [lui] pose le moindre problème de conscience”. Et il avoue  : “Quand je suis fondamentalement en désaccord avec une position de mon organisation, je ne l’applique pas”.

Ce récit qui fait l’impasse sur la vie privée, se permet toutefois dans ce domaine quelques incursions qui l’humanise et comporte également quelques anecdotes significatives.

D’une lecture aisée dans un format modeste, on peut l’aborder comme une pierre à l’édifice d’une pré-histoire de l’Émancipation qui reste à écrire.

Jean Mourot

ancien secrétaire de rédaction de l’École Émancipée

Un itinéraire militant , Jean-François Chalot, TBE-Le Scorpion brun, 116 p. illustrées, 8 €.

En vente chez l’auteur, 822 Rue de la Noue, 77000 Vaulx-le-Pénil ou à commander à l’EDMP.