Un mois dans le monde

mercredi 19 octobre 2016

Gabon

C’est un peu la caricature de la Françafrique. Un pays peu peuplé bourré de matières premières. Une pseudo décolonisation où le colonisateur français est le bras armé des multinationales. C’est la France qui a choisi le père puis le fils Bongo. Reconnaissants, ceux-ci ont placé leurs richesses volées en France. Toutes les forces de “sécurité” sont formées et équipées par la France. Elles tuent et font disparaître les opposant-e-s comme le maître l’a enseigné. D’après l’association “Survie”, le “conseiller” du chef de la police est un commandant français. Plusieurs centaines de militaires français sont présents à Libreville. Même le chef de l’opposition, Jean Ping, est issu du sérail. Il a longtemps servi les Bongo. Il se murmure au Gabon que, quand il était à l’école, Ali Bongo était un piètre élève. Pourtant l’algorithme utilisé pour ces “élections” (donner les vrais résultats dans toutes les régions avec Jean Ping nettement en tête sauf dans une où il y a 99 ?% de votants et 99 ?% pour Bongo) montre une certaine créativité.

Colombie

La fin d’une guerre qui a duré 52 ans et fait des centaines de milliers de victimes (assassinats, disparitions, déplacements forcés) est un grand événement. Dans les années 60, partout dans le sous-continent, des mouvements de guérilla marxistes, appliquant les théories “foquistes” qui avaient permis la victoire à Cuba, ont tenté de prendre le pouvoir. La riposte de l’oncle Sam et des oligarchies a été sanglante : coups d’État militaires, génocides organisés par des forces paramilitaires, liquidation de masse. La plupart des militant-e-s y ont laissé leur vie. Seule la guérilla des FARC a pu subsister, en partie grâce à la configuration du terrain en Colombie. Mais elle a été gangrenée par ce que l’impérialisme a fait de la Colombie : la plaque tournante du narcotrafic.

La paix a été signée malgré l’opposition de l’oligarchie, de l’armée et de l’ancien président Uribe. Rien ne prouve que ces forces ne tenteront pas de liquider les anciens guérilléros.

Charlotte

Noirs et Latinos représentent le quart de la population des États-Unis, mais plus de la moitié des 700 personnes tuées par la police depuis le 1er janvier 2016. Les huit années de mandat d’Obama n’ont rien changé à l’affaire. Et les “réponses” à la colère de la population après l’assassinat d’un père de famille noir à Charlotte sont les mêmes qu’il y a 50 ans, quand les ghettos avaient explosé : état d’urgence, impunité policière, répression renforcée.

Espagne

Le feuilleton électoral se poursuit. Le parti de droite Ciudadanos, qui avait émergé en prétendant lutter contre la corruption, a probablement signé son arrêt de mort en se ralliant à Rajoy. Et ça n’a pas suffi. Cet attelage bancal n’a pas de majorité. Finalement, sans gouvernement c’est mieux, non ?

Europe

Toujours plus : après Juncker (qui a transformé le Luxembourg en paradis fiscal) nommé en 2014 à la tête de la Commission, après Barroso passé de ladite commission étranglant la Grèce à Goldman Sachs (qui a organisé la faillite de la Grèce), voici Neeli Kroes. Cette “commissaire européenne à la concurrence” a dirigé pendant neuf ans une société offshore aux Bahamas. Donc, nos institutions publiques sont dans les mains des affairistes et autres personnes chargées d’optimiser les profits. Qui peut encore s’étonner que Google ou Amazon ne paient pas d’impôts ?

Allemagne

Merkel incarne un capitalisme allemand intelligent : puisque la natalité reste faible et que le financement des retraites n’est pas assuré, pourquoi ne pas faire venir des migrant-e-s syrien-ne-s ou autres, diplômé-e-s, qu’on n’a pas eu à former ? C’est compter sans la vague de xénophobie qui submerge l’Europe. Du coup la CDU est en train de perdre sur sa droite une partie de son électorat. Seule originalité de l’Allemagne : ce n’est pas le NPD néo-nazi qui a capitalisé cette vague mais un nouveau parti, l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) qui a soigneusement gommé toute référence à un passé sulfureux. La coalition CDU-SPD sort très ébranlée par les élections partielles. Le SPD se retrouve avec une montée des Verts et du parti de gauche (Die Linke) qui pourrait l’obliger à ne pas renouveler cette “grande coalition”.

Israël/Palestine

Ce n’est pas l’austérité pour tout le monde. Obama a beau émettre des doutes sur la colonisation, son gouvernement vient d’accorder une aide militaire de 38 milliards de dollars (soit plus de 10 millions par jour !) à Israël pour la décennie 2019-2028. Ça explique un peu plus comment, grâce à son “savoir-faire” expérimenté contre la population palestinienne, Israël est devenu un des principaux producteur et exportateur d’armes sophistiquées et de matériel de “sécurité”. Plus de 150 ?000 personnes travaillent dans cette industrie de la mort.

Pourquoi Nétanyahou changerait de politique puisqu’il n’est jamais sanctionné ? Du coup, il se livre à de nouvelles déclarations. Après son “Hitler ne voulait pas tuer les Juifs, c’est le Grand Mufti qui lui a soufflé l’idée”, il vient d’expliquer qu’être favorable à un État palestinien, c’était approuver un “nettoyage ethnique” contre les Juifs, bien sûr ! Le sionisme a toujours transformé les bourreaux en victimes.

En Israël, la presse (essentiellement le journal Haaretz) vient de ressortir plusieurs grands scandales de l’histoire israélienne trop souvent occultés : l’irradiation massive d’enfants juifs/ves marocain-ne-s au moment de leur immigration vers 1960 qui a fait des centaines de mort-e-s (sous prétexte de soigner la teigne), l’enlèvement à la même époque de bébés de femmes juives yéménites dans les maternités à des fins d’adoption et l’exécution de prisonniers égyptiens pendant la guerre de 1967. Les documents et témoignages sur ces affaires sont accablants.

En Palestine, Hanan Achraoui qui dirigea la négociation d’Oslo côté palestinien vient de déclarer : “Israël applique d’une manière flagrante une politique systématique et délibérée d’exécutions sommaires à l’encontre du peuple palestinien”. Mais cette situation n’a pas d’influence sur la division palestinienne qui reste la grande victoire de l’occupant. Les élections municipales, qui devaient avoir lieu en octobre en Cisjordanie et à Gaza, sont une fois de plus annulées. Fatah et Hamas n’ont pas pu s’entendre. L’un et l’autre font passer des intérêts futiles au-dessus de ceux de leur peuple.

Pierre Stambul


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