Le combat pour la laïcité plus que jamais d’actualité

vendredi 21 octobre 2016

“Heureusement des politiques comme Sarkozy et Collomb ont inventé la « laïcité de gratitude » qui remercie les religions pour leur apport à la société...”. Cette déclaration du cardinal Barbarin, en 2008, atteste de la satisfaction de l’Église vis-à-vis d’une politique mettant en cause de plus en plus ouvertement la séparation de l’Église et de l’État. Or, Lyon et la région Rhône-Alpes sont des laboratoires des nouveaux rapports entre l’État et les institutions religieuses.

Des représentants de l’État dans les lieux de culte

La participation de représentants de l’État à des cérémonies religieuses de toutes sortes, telle celle du Premier ministre Valls à Rome pour la béatification de deux papes, en est une des dernières illustrations.

Et à Lyon, au nom de la laïcité, les élus participent à nombre de cérémonies religieuses. Après la participation de Raymond Barre à la commémoration catholique des “Vœux des échevins” qui a lieu chaque 8 septembre pour remercier la Vierge Marie d’avoir “sauvé” la ville de la peste, dès 2001, Gérard Collomb fait chaque année acte d’allégeance auprès du cardinal primat des Gaules en s’y rendant à son tour. En 2011, il est accompagné d’élus UMP, PS…

Et on peut ajouter la venue de Michel Delpuech, préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, le vendredi 22 juillet 2016 à la grande Mosquée de Lyon et le discours qu’il a adressé aux fidèles leur demandant de “lutter contre les dérives radicales”.

Ces actes de reconnaissance des Églises par la personne publique, prohibés par la loi de 1905, se traduisent par le fait que de plus en plus d’argent public finance les cultes lyonnais.

Des milliards de fonds publics pour financer les Églises

Après les subventions accordées par le maire de Lyon Michel Noir (1989-95) à l’enseignement supérieur catholique, celles votées sous Raymond Barre entre 1995 et 2001 (installation d’un ascenseur à la Basilique de Fourvière, un monument privé…), avec Gérard Collomb, depuis 2001, l’argent coule à flot.

C’est le cas avec la mise en lumière de la cathédrale de Fourvière (au nom de la préservation du patrimoine et de l’identité lyonnaise) ; ou avec le financement (au nom du patrimoine historique) de la restauration de la Maison de Lorette où vécut Pauline-Marie Jaricot, fondatrice de l’institution religieuse et caritative les Réparatrices du Cœur de Jésus. Ce bâtiment, propriété des Œuvres Pontificales missionnaires, habité aujourd’hui par la communauté des Carmélites Missionnaires Thérésiennes, est “un lieu de mémoire, de prière et de mission”. Sans compter la garantie financière accordée, en 2012, par la Ville de Lyon à l’université catholique pour acquérir de l’État les anciennes prisons Saint-Paul/Saint-Joseph lui permettant de s’agrandir en les rénovant.

Les rassemblements cultuels se multiplient à Lyon avec le soutien de fonds publics : ceux accordés, par exemple, à l’association Communauté de Sant’Egidio (satellite de la diplomatie du Vatican), ou à la Conférence des Églises protestantes européennes (KEK) pour ses “Journées internationales” en 2005 à Lyon. En 2013, des membres du gouvernement Ayrault participent aux États généraux du christianisme organisés à l’initiative de l’hebdomadaire chrétien La Vie

On doit aussi noter les derniers financements en date : la subvention de 450 ?000 euros accordée par le Conseil régional de Rhône-Alpes au diocèse d’Annaba pour la restauration de la basilique Saint-Augustin de cette ville d’Algérie et la subvention d’un million d’euros votée par la ville de Lyon pour la construction de l’Institut Français de Civilisation Musulmane (sous couvert d’ouverture culturelle). Or les initiateurs de cet Institut ne cachent pas qu’ils cherchent à compléter les “activités de la mosquée”.

Cette liste est bien loin d’être exhaustive… Et c’est sans doute parce qu’ils trouvent la ville accueillante que les Mormons ont installé leur siège à Lyon en 2013.

L’enseignement public et la “laïcité ouverte”

Dix milliards de fonds publics sont détournés chaque année au profit de l’enseignement privé dont 8,7 milliards pour les écoles privées à 97% catholiques en vertu des lois anti-laïques (dont la loi Debré de 1959, atteinte majeure à la loi de 1905).

La loi Peillon (dite de “refondation” de l’école) et la loi Fioraso relative à l’enseignement supérieur et à la recherche ouvrent toutes grandes les portes à l’introduction des entreprises et des officines religieuses dans l’enseignement public par le biais des “activités périscolaires”, des partenariats divers et de l’autonomie des établissements. Ainsi, par exemple, pour assurer les activités périscolaires dans des écoles publiques de Lyon, parmi les associations qui “interviennent aux côtés de la Ville et mettent leurs compétences aux services des enfants” on trouve l’Arche de Noé, une association de… l’Armée du salut ! (1)

La promotion dans l’enseignement public du libéralisme économique accompagnée de celle de la “charité” (rebaptisée “solidarité”) vise à faire de l’école un lieu de formatage de la jeunesse au maintien de la “cohésion nationale” (la collaboration de classes favorisant la soumission à l’exploitation).

La défense de la laïcité s’inscrit contre les redéfinitions que les gouvernements veulent imposer (2) : contre la mise en cause de la séparation de l’Église et de l’État, contre tout financement public d’officines religieuses et d’écoles privées.
Ce combat est d’une grande actualité. Ce sont des initiatives concrètes menées sur ces bases qui peuvent s’opposer à l’instrumentalisation et au détournement de la question laïque au compte d’une politique xénophobe, nationaliste, voire raciste, ou à ceux qui, à l’instar de Régis Debray et ses adeptes, cherchent, sous couvert de “laïcité ouverte”, à convaincre de l’égale dignité des croyances religieuses et du savoir profane dans la culture à transmettre.

“Traditions religieuses et avenir des Humanités sont embarqués sur le même bateau”, affirmait Régis Debray, en 2002, dans son rapport sur L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque.

Sous couvert d’une information “objective”, d’éclairage historique, la pression pour réhabiliter le religieux à l’école n’a fait que s’amplifier. Et le Petit manuel pour une laïcité apaisée présenté par Jean Baubérot comme “une transmission de témoin” entend poser sa pierre dans l’édifice de la loi Peillon de “refondation” de l’école (voir l’encart ci-contre).

Quant au commanditaire du rapport Debray de 2002, Jack Lang, alors ministre de l’Éducation nationale, il milite aujourd’hui pour une “interprétation plus libérale” de la loi de 1905 afin que les lieux de culte puissent être financés par l’État sans entraves (intervention sur France Info , le 19/09/2016).

Le combat pour la laïcité – pour la séparation de toutes les officines religieuses et de l’État, pour l’abrogation de la loi Debré… – va de pair avec la lutte contre le racisme, contre le fanatisme sous toutes ses formes, contre l’ignorance et la précarité auxquels la société capitaliste voue la jeunesse.

Hélène Bertrand

(1) http://www.lyon.fr/page/les-temps-daccueil-periscolaires.html

(2) À Lyon, en 2013, devant le Synode national de l’Église Protestante Unie de France, Gérard Collomb affirmait qu’il faisait sienne la définition de la laïcité de Jean Baubérot et que “la loi de 1905 n’engageait pas seulement la République à garantir le libre exercice du culte, mais aussi son aspect public. C’est pourquoi je ne suis pas de ceux qui veulent reléguer les religions dans la sphère de l’intime. Je crois au contraire qu’elles ont toute leur place dans la vie de la cité”. C’est cette conception qui aujourd’hui s’affirme ouvertement à la tête de l’État, reléguant la loi de 1905 aux archives de l’Histoire.