Point de vue sur une société malade

vendredi 21 octobre 2016

Nous vivons une crise sociale, économique, politique, écologique et idéologique qui produit désespérance et violence. Quels sont les moyens d’en sortir dans la paix et l’émancipation humaine ?

Ce point de vue, volontairement court, souhaite être renvoyé à d’autres contributions et échanges de réflexions en espérant que celles-ci soient en prise sur les réalités, là où leurs auteurEs se trouvent.

Un monde en crise

Le 27 juillet, le pape François déclarait à Cracovie : “Quand je parle de guerre, je parle sérieusement : il y a une guerre des intérêts, pour l’argent, pour les ressources de la nature, il y a des guerres pour la domination des peuples. Certains pourraient penser que je suis en train de parler de guerre de religions. Non ! Toutes les religions veulent la paix. C’est ce que nous voulons. La guerre, ce sont les autres qui la veulent… Compris ? !”

On peut le dire comme cela, mais, plus globalement, c’est la guerre de la finance menée contre les peuples. Le creusement des inégalités et la crise idéologique du mouvement d’émancipation amènent, entre autres, aux aberrations sectaires et à des États autoritaires. Enfin, pour ce qui est de la nature pacifique des religions, elles ont toujours largement concouru à justifier les guerres et la domination des hommes.

Une société qui se délite

La “fracture sociale” est une expression émise par Marcel Gauchet, s’exprimant sur la lutte des classes : “Il est devenu indécent d’en parler, mais ce n’est pas moins elle qui resurgit là où on ne l’attendait pas pour alimenter la poussée électorale continue de l’extrême droite [...] Un mur s’est dressé entre les élites et les populations, entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé dans l’ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d’existence l’aliment de sa rancœur”. La pertinence de l’expression a permis à Chirac, en 1995, de s’approprier indument la “fracture sociale”.

Cette fracture a atteint également une population polytraumatisée, humiliée, stigmatisée, celle des quartiers. La révolte de 2005 a montré l’ampleur de sa frustration. La petite délinquance, l’implantation maffieuse, la dérive sectaire liée au Moyen-Orient trouvent un exutoire dans la violence ciblée, aveugle et autodestructrice.

Un monde de violences

En France, comme en Europe, la violence sociale de la classe dominante s’accroît à l’aune de la faiblesse du syndicalisme. La police fatigue de se retenir et souvent se lâche. La justice remplit les prisons, principalement de délinquants pauvres et/ou malades mentaux. Les aventures militaires se multiplient à l’extérieur.

Depuis longtemps, l’Union européenne n’a pas connu sur son territoire une violence politique qui prend, aujourd’hui, la forme des attentats djihadistes. En conséquence, depuis janvier 2015, les sentiments les plus partagés en France sont passés de la sidération à l’exaspération, objectif principal poursuivi par les islamistes.

Une classe politique coupable et impuissante

Les visées impérialistes de la République n’ont jamais cessé en Afrique et au Moyen-Orient où les interventions militaires se déroulent. Les dogmes néolibéraux portés par les gouvernements successifs plongent une masse toujours plus importante de personnes dans l’indigence. L’intégration des personnes “issues de l’immigration” est rendue plus difficile du fait qu’il leur est demandé de rejeter leur culture d’origine. De plus, celles-ci sont soumises à une stigmatisation entretenue par un esprit post-colonial légitimé par les discours des hommes politiques au nom d’une soi-disant “identité nationale”.

Ces discours reprennent tantôt celui du “choc des civilisations” en opposant “l’Europe chrétienne” à un monde musulman, tantôt celui des “valeurs républicaines” opposées à un soit-disant “État islamique”. L’un et l’autre discours sont non seulement ineptes, mais mortifères. Leurs objectifs : préparer la population à des conflits plus importants et, déjà, justifier ceux qui se développent. Les djihadistes sont totalement à l’aise dans ce faux débat.

Il n’est pas étonnant, par conséquent, que la discussion ne porte que sur les mesures sécuritaires et militaires. En aucun cas cela ne peut permettre de stopper la montée des violences.

Les proches enjeux politiques

La mobilisation syndicale fut très importante ce printemps. La mobilisation politique spontanée de Nuit debout également. Le PS et la droite classique sont dans la surenchère sécuritaire et libérale, principales qualités du néolibéralisme. La candidature de Marine Le Pen bénéficie à la fois de l’émotion soulevée par les attentats et de l’opposition au gouvernement qui s’est renforcée à propos de la loi El Khomri. Quant aux partis à la gauche du PS, ils ne bénéficient guère de cette période par manque de crédibilité. La candidature de Jean-Luc Mélenchon devrait pouvoir rassembler une grande partie d’une gauche déçue par le PS. La question est : est-il possible, à cette occasion, que se constituent une intelligence collective et un mouvement qui se structure pour l’action ? Il n’est pas encore trop tard pour l’espérer.

Se cantonner à préparer concrètement cette échéance incontournable est largement insuffisant. Aucune formation de gauche ne portera réellement l’espoir d’un changement vers une société juste ou même seulement plus juste. Cet espoir ne peut se forger qu’au travers des luttes, dans des collectifs qui impulseraient, par leur pratique et par leur sens politique, une réappropriation de la vie politique par le plus grand nombre.

À plus long terme

La faillite de la social-démocratie est patente au niveau mondial. Qu’elle se réduise à un appareil de promotion sociale et de collaboration de classe ou qu’elle continue à porter des propositions de réformes, la mondialisation et la globalisation financière ne lui laissent qu’un rôle de potiche servile ou de mieux-disant social. À gauche, les expériences de Syriza et de Podemos sont emblématiques de ce constat. Il n’est pas de réformes progressistes possibles dans les conditions économiques et politiques actuelles.

Se tourner vers un État-social imposant un compromis entre le travail et le capital, menant des investissements productifs, retissant des solidarités est une aspiration forte portée par les mouvements de gauche. Cela ne mènerait pas très loin du fait que cet État-social ne ferait qu’effleurer les causes des régressions que nous vivons.

Le retour des nationalismes et des souverainismes en est l’illustration a contrario. Ce sont les expressions opposées de la nécessité première de mener la lutte politique sur le terrain national, qui est le seul lieu où se déroule la vie politique dite démocratique. Dans le cadre national, le nationalisme est exclusif alors que le souverainisme, s’il a pour objet l’émancipation humaine, est inclusif, c’est-à-dire solidaire et internationaliste. Tout est à reprendre, tout est à créer.

La doxa libérale, “touTEs contre touTEs”, est la première idée à combattre, c’est le niveau zéro d’une organisation de classe. Ensuite, il est nécessaire de se projeter vers une société coopérative, sociale et émancipatrice.

L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.”

Michel Bonnard


Brèves

26 juin - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

Pas de code du travail sur ordonnance !
Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)