À Calais comme partout : l’inhumain comme politique

mardi 8 novembre 2016
par  Catherine

Le démantèlement de la zone nord de la “jungle de Calais” a donc commencé le 24 octobre. faisant suite au démantèlement de la zone sud en mars 2016. Le gouvernement la présente comme une solution définitive, et même comme une opération humanitaire. C’est ainsi qu’il annoncé dès le 25 octobre qu’un peu plus de 4000 personnes ont été “mises à l’abri”.

Mais derrière les effets d’annonce, une fois répartis dans les 450 centres d’accueil prévus, c’est toujours la même situation inhumaine, inacceptable, qui est faite aux migrantEs et Sans PapierEs. L’opération se déroule dans le mépris complet des droits fondamentaux, comme celui d’être assistéE d’unE avocatE, l’administration du ministère de l’intérieur supplantant là aussi les juges. On le sait déjà, seule une petite minorité réussira à rejoindre une famille en Angleterre. Pour l’immense majorité, ce sera soit une demande d’asile en France, soit une expulsion. Et pour les demandes d’asile, on sait que plus de 90 % sont déboutées.

La situation faite aux mineurEs isoléEs, dénoncée par le Gisti et le Syndicat de la Magistrature, est scandaleuse. Ces jeunes qui n’auront pas pu rejoindre l’Angleterre ne seront en effet ni scolariséEs ni pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Une fois leur âge déterminé par test osseux, aussi inacceptables qu’imprécis, celles et ceux réputéEs avoir 18 ans iront rejoindre le flot des expulséEs.

Dans de nombreuses communes concernées à travers toute la France, des manifestations xénophobes locales sont orchestrées par la droite et l’extrême droite depuis le début du mois d’octobre. Des actes criminels sont même perpétrés, comme les incendies du centre d’accueil de Loubeyrat (Puy de Dôme) dans la nuit du 23 au 24 octobre, et celui de Forges-Les-Bains (Essonne) début septembre, ou les coups de feu tirés contre les bâtiments du centre d’accueil de Saint-Brévin (44), le 4 octobre.

Les réponses de l’État ne peuvent soulever que l’inquiétude et l’indignation. L’accueil des migrantEs venant de Calais n’est que temporaire. Il y a une date butoir fixée au 31 mars 2017, au-delà de laquelle les étrangerEs devront touTEs être partiEs, volontairement ou non. À l’Assemblée nationale, Bernard Cazeneuve se félicite, pour défendre la politique migratoire actuelle, d’avoir déjà expulsé 1700 personnes à partir de Calais, et de ce que le nombre d’OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) est plus élevé que pendant le quinquennat de Sarkozy (15 000 OQTF aujourd’hui, 13 000 en 2011).

Les poursuites pour délit de solidarité se succèdent. Le 4 septembre, deux bénévoles passaient devant la cour d’appel de Douai, pour s’être opposées au démantèlement de la zone sud de Calais en mars dernier. Le 11 octobre, un prêtre de Saint-Étienne est sommé de fermer l’église où viennent de réfugier des Sans PapierEs. Près de Nice, quatre militants ont étés placés en garde à vue pour avoir abrité des réfugiéEs dans un centre désaffecté, l’un d’entre eux passera en procès le 23 novembre. À Brest, trois militants qui s’opposaient à l’évacuation de maisons vides squattées par des Sans PapierEs ont été aussi placés en garde à vue, l’un d’eux sera jugé le 5 décembre.

Mais les mouvements de soutien ne baissent pas les bras. Des contre-manifestations ont eu lieu aussi, comme celle du 23 octobre au Mont Mezenc, où 2000 personnes ont dénoncé la politique anti-migrantEs de Vauquiez. TouTEs se battent pour que la dispersion et l’expulsion des Sans PapierEs, la répression des militantEs jugéEs trop virulentEs, ne tiennent pas lieu de réponse à la faillite des politiques migratoires européennes.

Dans un monde où les zones de conflit s’étendent et perdurent, particulièrement du fait des impérialismes à commencer par la France, et où les déséquilibres démographiques et économiques sont en croissance constante, la politique de fermeture des frontières est nécessairement vouée à l’échec. Il n’y a pas d’autre solution que la liberté de circulation et d’installation.

Raymond Jousmet, 26/10/2016


Brèves

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