Trump : dernier sanglot de l’homme blanc ou nouvelle contre-révolution en marche ?

Édito
mercredi 7 décembre 2016

Des chiffres indispensables pour comprendre : 46 % d’abstention, plus que lors de la victoire d’Obama. Sans oublier le fait que plusieurs millions d’AméricainEs sont privéEs de droit de vote (en général pour condamnation). C’est le cas de 13 % des hommes Noirs.

Clinton est légèrement en tête en nombre de voix, c’est le mode de scrutin qui a permis la victoire de Trump.

Trump a même eu moins de voix que Romney en 2012. Ce qui semble normal puisque des dignitaires Républicains, et non des moindres, avaient annoncé qu’ils ne voteraient pas pour lui. Clinton a perdu six millions de voix par rapport à Obama. Elle est loin d’avoir fait le plein des voix parmi les NoirEs, les Latinos et surtout les femmes malgré la misogynie, le machisme et les faits avérés de harcèlement sexuel de Trump.

Chez les Démocrates, Sanders personnifiait un vrai changement en terme de politique sociale ou de politique internationale et l’appareil démocrate a tout fait pour lui barrer la route. Clinton était l’incarnation du statu quo. Et ce n’est plus porteur : unE habitantE du pays sur six vit sous le seuil de pauvreté, près d’unE sur deux est pauvre ou à faible revenu. Avec des conséquences dramatiques sur les enfants, cette pauvreté touche les NoirEs et les régions devenues des déserts industriels. La mondialisation, les accords de libre-échange ont fait grimper la Bourse et enrichi de façon insolente les nantiEs, mais ils ont laissé sur le bord de la route une bonne partie de la population. Clinton symbolisait trop l’élite économique et intellectuelle du pays. Huit années d’Obama n’ont pas empêché le creusement des inégalités ou les crimes racistes policiers impunis. D’où le rejet.

Les ressorts du populisme que Trump a su utiliser à merveille : les promesses qu’on ne tiendra pas, la démagogie, la violence verbale et physique. Surtout la flatterie, l’utilisation systématique du bouc-émissaire (NoirE, Latino, musulmanE...) pour que le déclassé qui l’entend ressente une certaine fierté. L’Amérique qui a voté Trump est l’héritière des lyncheurs de NoirEs qui annonçaient à l’avance impunément les lynchages à venir, des assassins de syndicalistes, du Maccarthysme ou des officines privées envoyées par Bush pour “nettoyer” l’Afghanistan ou l’Irak. C’est la preuve tragique qu’on peut se faire élire en tenant ouvertement les pires propos racistes, sexistes et en mentant. Le capitalisme mondialisé est à bout de souffle. Faute d’alternative progressiste crédible, les populistes racistes s’engouffrent dans la brèche à coup de promesses protectionnistes. Le vote pour Trump a été interclassiste mais il a incontestablement gagné là où les usines ont fermé.

Et maintenant ? En 1980, on n’avait pas vu venir la contre-révolution Reagan-Thatcher et le début d’une marchandisation qui a largement détruit dans le monde entier services publics et protection sociale. Après le 11 septembre, Bush avait lancé la guerre du “Bien contre le Mal” et avait mis à feu et à sang le Proche-Orient avant que cette violence ne se propage partout. Sommes-nous dans une situation semblable ?

Il est symptomatique de constater que les Bourses ont parfaitement admis l’élection de Trump. Celui-ci s’est entouré de lobbyistes plus ou moins mafieux qui vont vanter et imposer les énergies fossiles, l’usage des armes et les systèmes de sécurité. On entre dans une période de grand danger en termes de liberté, de paix et de dégradation de l’environnement.

En même temps, l’élection de Trump arrive à contre-courant d’une évolution profonde. Il n’y a jamais eu autant de “mariages mixtes” aux États-Unis. Latinos, NoirEs et Asiatiques seront bientôt plus nombreux et nombreuses que les Blancs et Blanches. Divers référendums locaux ont montré qu’une partie de la société a des idées progressistes et aspire à plus de justice sociale.

Les travailleurs et travailleuses sauront-ils/elles s’organiser en dehors des forces capitalistes, qu’il s’agisse d’un capitalisme mondialisé ou d’un capitalisme protectionniste ? Tel est l’enjeu des années qui viennent !

Pierre Stambul


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