Pas de frontières dans nos amphis !

mardi 20 décembre 2016

La loi du 7 mars 2016 qui a, une nouvelle fois, modifié le Code d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) se situe dans la continuité des lois Sarkozy et Hortefeux. Cette politique “d’immigration choisie” touche durement les jeunes d’origine étrangère qui viennent étudier en France.
Nous publions ci-dessous une position adoptée par six associations étudiantes, lesquelles manifestent la solidarité entre étudiants et étudiantes d’origine française et étrangère.

Depuis plusieurs années, nous, étudiant-e-s français-e-s et étranger-e-s qui avons fait le choix de nous organiser, nous alertons sur la situation des étudiant-e-s étranger-e-s qui viennent faire leurs études en France. En effet, ces dernier-e-s sont confronté-e-s à un parcours du combattant administratif, pédagogique et social. Les gouvernements successifs depuis une dizaine d’années, au mieux pallient à des défaillances du système sans le changer en profondeur, au pire considèrent les étudiant-e-s étranger-e-s comme nuisibles.

Une parole intolérante et xénophobe

Avec des conflits qui font rage dans un certain nombre de territoires du globe, qui amènent une forte migration vers les pays occidentaux de familles et de jeunes en quête d’une vie meilleure, la question de l’immigration a ressurgi dans le débat public français. Alors qu’elle aurait dû être posée de manière humaniste, c’est au contraire une parole intolérante et xénophobe qui s’impose, voulant montrer l’étranger-e comme un-e ennemi-e, comme le bouc émissaire de tous les maux économiques, sociaux et sociétaux que la France traverse. Les prémices des débats des présidentielles se font déjà sentir et tournent de manière sempiternelle autour de cette question en mettant en avant des réponses réactionnaires.

Nous, étudiant-e-s français-e-s comme étranger-e-s, faisons aujourd’hui le choix de prendre la plume pour donner une autre vision que celle que l’on nous impose qui cherche constamment à nous opposer. Dans nos universités, un-e camarade d’amphi sur dix n’est pas français-e et pourtant nous travaillons ensemble, sans distinction. Les étudiant-e-s étranger-e-s sont une chance pour la France, car la diversité des systèmes éducatifs de leurs pays d’origine nous fait voir les forces et les faiblesses du nôtre. Pour nos universités, c’est une force, c’est la possibilité de s’enrichir de cultures différentes et qui s’apportent les unes les autres. Nous avons la conviction commune qu’il y a une nécessité de faire de nos universités, peu importe leur taille, des espaces d’échange, de construction et de coopération. En somme, retrouver une vocation universaliste et d’ouverture sur le monde pour nos universités.

Une triple précarité

Aujourd’hui la réalité est criante, c’est celle d’une triple précarité qui se matérialise par des mesures discriminantes pour les étudiant-e-s internation-aux-ales. Avant même l’arrivée en France, une multitude de démarches administratives auprès de Campus France (obligation de disposer de 7600 euros sur son compte en banque qui dissuade un grand nombre de jeunes de venir poursuivre leurs études en France,…). Une fois sur le sol français, c’est la course à la préfecture pour renouveler son titre de séjour ou faire des démarches pour être régularisé-e avec la peur chaque jour de recevoir une OQTF parce que l’on a voulu poursuivre des études supérieures. Tout ceci orchestré par une administration préfectorale sans la moindre compétence pédagogique mais qui sur la base de relevés de notes décide de qui peut poursuivre ou non son cursus. À cela, s’ajoute une précarité sociale car comme tou-te-s les étudiant-e-s, les étudiant-e-s étranger-e-s souffrent du manque d’une protection sociale pour les jeunes et de manière encore plus dure : bourses sur critères sociaux, aide d’urgence annuelle du CROUS et minima sociaux leur sont interdits. Enfin, la précarité pédagogique vient couronner le tout puisque peu de dispositifs sont mis en place dans nos formations pour permettre aux étudiant-e-s internation-aux-ales de s’adapter à l’enseignement supérieur français.

Des revendications communes

La Loi Immigration du 7 mars 2016 a cependant ouvert quelques chantiers et permis de reposer sur la table des débats de fond sur notre vision de l’accueil des étranger-e-s dans notre pays, malgré un esprit de gestion des flux qui persiste, hérité des gouvernements précédents. Les étudiant-e-s se sont battu-e-s pour imposer dans la loi des revendications historiques pour faciliter l’accueil, la prise en charge mais aussi le quotidien des étudiant-e-s étranger-e-s. Par notre rapport de force et une bataille parlementaire longue où nous avons cherché à rallier un maximum d’acteur-trice-s sur nos positions, nous avons pu gagner l’extension des guichets uniques à toutes les universités alors que jusqu’ici ils n’étaient mis en place que dans quelques universités qui ont une tradition d’accueil des étudiant-e-s étranger-e-s. Surtout, nous avons gagné la mise en place du titre de séjour pluriannuel dès la licence après avoir obtenu la mise en place de ce dernier pour le master et le doctorat. Avec les décrets d’application, les avancées que nous avons obtenues sont consolidées mais les droits des étudiant-e-s étranger-e-s doivent encore profondément avancer.

C’est conscient-e-s de l’ensemble de ces éléments que nous, étudiant-e-s français-e-s et étranger-e-s, choisissons de nous unir et revendiquons ensemble l’entrée dans le droit commun social des étudiant-e-s étranger-e-s avec l’accès aux bourses sur critères sociaux du CROUS et aux minimas sociaux. Conscient-e-s du chemin à parcourir, nous demandons un plan d’action immédiat avec des avancées intermédiaires :

  • Un accès à l’ASAA (Aide Sociale à l’Autonomie Annuelle) pour les étudiant-e-s étranger-e-s qui n’ont aujourd’hui la possibilité que de solliciter l’Aide Sociale à l’Autonomie Ponctuelle du CROUS (ASAP).
  • L’accélération de la mise en place des guichets uniques dans toutes les universités pour permettre aux étudiant-e-s étranger-e-s de pouvoir effectuer toutes leurs démarches administratives à un seul et même endroit et d’être suivi-e-s de manière plus proche.
  • La responsabilisation des guichets uniques et des universités dans les cas d’étudiant-e-s sans papiers, afin de leur prodiguer soutien et aide administrative pour régulariser leur situation.
  • La fin du plafonnement de la durée de travail pour les étudiant-e-s étranger-e-s.
  • La fin de l’obligation de disposer de 7600 euros sur son compte en banque à son arrivée sur le territoire et chaque année au moment du renouvellement du titre de séjour.
  • L’accès aux logements CROUS via les universités non plus sur des critères pédagogiques mais sur des critères qui prennent en compte la situation sociale de l’étudiant-e.
  • La possibilité de rester en France après ses études en montrant non plus qu’on cherche un emploi seulement dans son domaine d’études mais avec une simple inscription à Pôle Emploi.

Les signataires :

UNEF, UEAF (Union des Étudiants Algériens de France), UEVF (Union des Étudiants Vietnamiens de France), UESNF (Union des Étudiants et Stagiaires Nigériens en France), ADEEF (Association des Étudiants égyptiens en France), ADEM-France (Association des Diplômés et Étudiants maliens–France)

Les inter-titres sont de la rédaction.


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