Éducation prioritaire, une mobilisation exemplaire

mardi 14 février 2017
par  Catherine

La mobilisation des établissements d’éducation prioritaire interpelle à plus d’un titre. D’abord du point de vue du fond, des revendications, elle souligne les incohérences des réformes Peillon-Hamon-Vallaud-Belkacem. De par sa forme ensuite, son développement, son organisation elle rappelle opportunément les principes de démocratie et d’autonomie dans les luttes. Elle montre ce qu’il faut faire, pour espérer gagner sur les revendications et contrer des politiques inacceptables, à l’œuvre actuellement ou annoncées. À condition bien sûr de la soutenir, de l’étendre et d’en retenir les leçons…

Malgré la faiblesse du nombre d’établissements et de personnels concernés et un soutien syndical hésitant au début, et inconsistant au niveau national, les lycées exclus à terme des différents dispositifs de reconnaissance des difficultés scolaires se sont réunis en AG d’établissements, puis régionales.
Ces AG ont défini des revendications claires sur le maintien et l’extension d’un label garantissant des moyens durables pour la baisse des effectifs et la stabilité des équipes. Elles ont décidé des grèves souvent minoritaires au début et espacées puis plus majoritaires et reconductibles. Elles ont construit la mobilisation, lycée par lycée, académie par académie, ignorant les vacances, ignorant la “chape” préélectorale, si défavorable aux luttes d’habitude. Elles ont réussi l’extension horizontale avec un mouvement qui devient national et enclenché l’extension verticale vers les collèges, écoles REP+, REP… voire sans classement.

Elles ont obtenu un soutien syndical large et actif au moins au niveau des académies, des soutiens de parentEs d’élèves, une couverture médiatique très correcte, l’attention de parlementaires et de responsables politiques, une reconnaissance par la ministre de l’EN de la légitimité de leur mobilisation et quelques moyens, même s’ils sont très loin du compte, se font par redéploiement et même si les rectorats refusent de fournir la liste des établissements concernés... Elles ont reconduit la grève et réussi le 19 janvier une manifestation nationale, finançant la grève et le voyage des déléguéEs d’établissements des régions par une caisse de grève autogérée.

Par plein d’aspects cette lutte rappelle les grandes mobilisations de coordinations d’établissements, à commencer par celle pour le plan d’urgence en Seine-Saint-Denis (qui nous avait permis de gagner 3000 postes, 45 ZEP et des moyens divers), notamment par son écho médiatique et par l’engagement à ses côtés de chercheurEs et de personnalités.

Mais après de nombreux jours de grève qui pèsent sur la mobilisation, pour espérer impulser une nouvelle dynamique en mesure d’imposer une réponse du gouvernement actuel et de tout autre à venir, le mouvement doit s’étendre, plus que ça n’a été le cas jusqu’ici, aux établissements REP et non classés. À ces établissements qui constatent que leurs DHG régressent ou n’apporte aucun moyen supplémentaire aux REP. À celles et ceux qui subissent la réforme du collège unanimement refusée par les personnels et les organisations syndicales ou qui se voient annoncer une réforme des lycées à l’image de celle des collèges, et donc une aggravation de la réforme Châtel, qu’il convient d’abroger, comme la réforme des collèges.

Les instances ministérielles affirment que le classement des lycées nécessite la longue élaboration d’un référentiel, apparemment engagée (académie par académie… où est passé le cadre national ?) Mais le ministère et les rectorats refusent de fournir les clés de classement et utilisent les moyens très insuffisants obtenus pour tenter de démobiliser les établissements qui se sont battus, classés ou pas.

La question de l’extension du mouvement pour de réelles réponses aux difficultés scolaires dans les établissements de l’ensemble du système éducatif est posée. C’est une nécessité pour les établissements déjà mobilisés, pour ceux et celles qui refusent leur DHG et hésitent à rejoindre la lutte, et pour l’ensemble des batailles en cours. C’est la responsabilité des syndicats dans le cadre le plus large d’organiser cette convergence.

Olivier Vinay

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 6/02/2016– page 3


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