Autour de l’Azuréen de l’année, relaxe de Pierre-Alain Mannoni

mercredi 15 février 2017
par  Catherine

Le gouvernement actuel poursuit sa politique de répression contre les militantEs solidaires des migrantEs. Au delà des situations très médiatisées de P. A. Mannoni et de C. Herrou, ce sont près d’une dizaine de militantEs qui ont été interpelléEs, placéEs en garde à vue, ces dernières semaines. Nous publions ci-dessous les éléments rassemblés par notre camarade Henri Amadéi.

Dans les vallées, on les connaît, on les aime nos montagnes et les gens qui les franchissent car “depuis que le monde existe, les espèces, les hommes se déplacent et aucun mur n’arrêtera ce mouvement. Ce qui sauvera notre écosystème social, c’est l’amour. Et pour aimer il faut apprendre à se connaître. Cela résonne de manière banale mais c’est aussi simple que cela”.

Aide au séjour d’étrangères en détresse : RELAXE ! Ouf !

Pierre-Alain Mannoni, ingénieur niçois de 45 ans, enseignant-chercheur au CNRS, était poursuivi pour “aide au séjour d’étrangers en situation irrégulière” : trois érythréennes malades et épuisées, dont une mineure, fuyant la dictature, qui avaient trouvé refuge dans un bâtiment insalubre de Saint-Dalmas-de-Tende (Roya). Interpellé en voiture à La-Turbie le 18 octobre 2016, ce père de famille ordinaire (deux enfants) pensait les ramener chez lui, les faire soigner à l’hôpital avant de les mettre dans le train pour Marseille.

Au procès, où près de 300 personnes étaient venues le soutenir le 23 novembre 2016, (cf L’Émancipation syndicale et pédagogique n°4) le procureur de la République avait requis six mois de prison avec sursis. Le droit français tolère l’hébergement de Sans-PapierEs en détresse, mais réprime leur transport.

Le vendredi 6 janvier 2017, le tribunal correctionnel de Nice l’a relaxé, les trois juges estimant qu’il avait agi dans un but humanitaire et ne pouvait être condamné. La présidente a lu publiquement les motivations du tribunal correctionnel, rappelant que “l’aide au séjour d’un étranger pour lui assurer des conditions dignes et décentes ou visant à préserver son intégrité physique n’est pas pénalement punissable […] dès lors, il ne serait ni juste ni proportionné de le condamner”.

Mais le procureur fait appel de la relaxe de Pierre-Alain Mannoni. Ce même vendredi 6 janvier, quatre autres citoyenNEs solidaires sont interpelléEs : ils/elles cherchaient simplement à déplacer six jeunes réfugiéEs vers d’autres lieux, des conditions d’accueil dignes et sécurisées ! (Nice matin, samedi 7 janvier 2017, p. 9)

“Solidarité : Cédric Herrou fait honneur aux valeurs de la République”

C’est le titre d’un article du journal Le Patriote Côte d’Azur, semaine du 6 au 12 janvier, page 4.

Cédric Herrou avait ouvert sa porte “à des mineurs sans défense et qu’il a estimé en danger” et “face à l’inertie des autorités publiques, dont le Conseil départemental, […] il a été mis dans l’obligation de médiatiser son action”.

Fin décembre, Nice-Matin invitait ses lecteurs/trices à choisir la personnalité azuréenne de l’année parmi une présélection issue d’horizons divers. Avec 55 % des voix (4 257 votes sur 7 677), Cédric Herrou a été élu Azuréen de l’année 2016. Cette élection fut annoncée le 29 décembre.

Le lendemain M. Éric Ciotti, député LR et président du Conseil départemental, publiait une tribune “Non, M. Herrou n’est pas l’azuréen de l’année”, qui provoqua des réponses, dont celle de Roya Citoyenne : “ce que Monsieur Ciotti ne supporte pas, c’est que des citoyens se mobilisent pour faire ce que lui et le gouvernement refusent de faire, au mépris des lois nationales et internationales qui sont censées protéger les réfugiés… main tendue… humanité...”.

Agriculteur à Breil-sur-Roya, Cédric Herrou est devenu l’emblême d’un vaste mouvement d’aide aux migrantEs dans la vallée de la Roya : “il incarne une lutte partagée par des milliers de personnes. Les citoyenNEs sont favorables à l’ouverture d’un centre d’accueil pour migrantEs dans le département”. Le militant est connu pour avoir hébergé tour à tour plus de 200 migrantEs chez lui. La vallée de la Roya est devenue un point de passage très important entre la France et l’Italie. Son but “n’est pas de faire passer des gens, mais de les extraire du danger”. L’association Roya Citoyenne demande “la légalité pour porter assistance”.

Derrière les deux figures médiatisées malgré elles que sont devenues P. A. Mannoni et C. Herrou, c’est un large mouvement de solidarité avec les migrantEs qui se développe.

Dans l’Oise : “Votre tenue soignée ...

Le Conseil départemental des Alpes-Maritimes s’oppose aux principes d’accueil et d’assistance aux migrantEs, et interprète de manière extrêmement restrictive certaines dispositions de la loi, privant ainsi bon nombre de migrantEs et de mineurEs isoléEs de leurs droits. Il n’est pas le seul à agir ainsi, comme l’exemple de l’Oise le montre.

En séance publique du Conseil départemental de l’Oise, son président affirma que l’Oise “refuse de prendre en charge tout nouveau mineur étranger sauf ceux que le juge impose” et “souhaite un territoire sans migrant”. L’ASE Aide Sociale à l’Enfance, après une évaluation de quelques heures, avait refusé la prise en charge de deux mineurs congolais et guinéen, avec comme arguments : “Votre tenue soignée ne peut témoigner d’une situation d’errance et d’isolement”, “Vous ne disposez d’aucun bagage...”, “Votre maturité et votre morphologie...”. Il a fallu recourir au juge des enfants pour imposer la prise en charge par l’ASE ! (Le Chahut n°164, novembre-décembre 2016, p.4, http://www.lechahut.info/)

Et pourtant l’intérêt supérieur des enfants doit primer selon la Convention Internationale des Droits de l’Enfant du 20 novembre 1989, ratifiée par la France !

Henri Amadéi

“Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté doit commencer par leur garantir l’existence”. - Léon Blum

Pour plus d’informations

Un nouveau blog qui centralise les infos en Roya : https://citoyenssolidaires06.com/
le blog de Roya citoyenne http://roya06.unblog.fr/ Facebook Roya citoyenne
la pétition en ligne "Solidarité avec les solidaires" https://www.change.org/p/solidarit%C3%A9-avec-les-solidaires
la collecte en ligne : https://www.helloasso.com/associations/association-pour-la-democratie-a-nice-adn/collectes/solidarite-avec-les-solidaires
Un livre pour défendre les migrants, Décamper : http://www.sitaudis.fr/Parutions/decamper

Communiqué de presse de Roya citoyenne
Le 8/01/2017

Ce vendredi 6 janvier, le jour même où la justice décide de relaxer Pierre-Alain Manonni pour avoir convoyé trois réfugiées, quatre autres citoyens solidaires sont interpellés entre Breil et Sospel et maintenus 24 h en garde à vue. Françoise Gogois, René Dahon, Gérard Bonnet, et Dan Oudin, cherchaient simplement à déplacer six jeunes réfugiés vers d’autres lieux d’hébergement privés présentant des conditions d’accueil dignes et sécurisées. Rappelons que le Procureur de la République, lors du procès de Cédric Herrou, lui a reproché, entre autres, de “loger des réfugiés dans des conditions indignes”, car ils étaient sous des tentes ou des caravanes. Cette action allait dans le sens même de ce que demande le Procureur. Rappelons aussi que : - les hébergeurs bénévoles de la Roya sont débordés par l’arrivée de plusieurs dizaines de réfugiés par semaine ; - la reconduite à la frontière est toujours de mise ; - les accueils en foyer de l’enfance sont saturés, car insuffisants et inadaptés. Ce même Procureur a par ailleurs fait appel de la décision de justice concernant Pierre-Alain, refusant ainsi toute indulgence pour la solidarité citoyenne.
La chasse au faciès et aux citoyens et citoyennes solidaires continue donc, malgré la relaxe prononcée. Cette dernière met en colère M. Estrosi, et l’amène à insulter la justice de notre pays. Nous lui rappelons que “l’insulte aux forces de l’ordre” est bien plutôt le fait de ceux qui utilisent ces forces de l’ordre pour traquer sans relâche les réfugiés, les mettant en danger, alors même que la vocation des policiers et gendarmes est de protéger les personnes, quelle que soit leur origine ou couleur de peau. Le malaise des forces de police, et notamment de gendarmerie, est de plus en plus évident face à cette politique décidée par des pouvoirs publics qui n’ont rien vu, rien entendu et rien compris de ce que vivent les réfugiés et les populations de nos vallées. Avec une faible partie du coût de cet immense déploiement de forces répressives, on pourrait largement accueillir dignement les quelques centaines de réfugiés qui souhaitent transiter par nos vallées.
Combien de temps, combien de souffrances ou même de morts, notamment pendant les froids de cet hiver, combien d’arrestations de citoyens solidaires faudra-t-il pour que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires de protection de ces femmes, hommes et enfants ?
Nous appelons encore une fois à un soutien sans faille de tous les citoyens et toutes les citoyennes solidaires, et à leur présence massive lors du procès de Françoise Gogois, René Dahon, Gérard Bonnet (dit Gibi), et Dan Ooudin, poursuivis pour aide à l’entrée ou au séjour irréguliers (sur la base du Ceseda Art. L 622-1 et L-622-3)
Le MARDI 16 MAI 13H30 près du Tribunal de Grande Instance de Nice.
TOUS SOLIDAIRES :
https://www.change.org/p/solidarit%C3%A9-avec-les-solidaires
https://www.helloasso.com/associations/association-pour-la-democratie-a-niceadn/collectes/solidarite-avec-les-solidaires

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 6/02/2016– page 10 & 11