Un outil pour la territorialisation de l’Éducation nationale

jeudi 16 février 2017
par  Catherine

En plus d’orienter professionnellement les profs, l’évaluation doit les accompagner. Et comme le précise la ministre dans ses vœux aux recteurs, l’accompagnement doit être l’outil destiné à faire appliquer la loi Peillon de Refondation et en particulier la territorialisation de l’enseignement qui constitue l’un de ses objectifs*.

L’accompagnement pour contrôler la mise en œuvre de la loi

Les professeurs sont de fait les ouvriers de la réforme. L’accompagnement va servir à contrôler les professeurs, à faire en sorte qu’ils appliquent la réforme dans tous ses aspects, qu’ils en deviennent les “ouvriers”. Le fait que cet accompagnement est prévu pour exister tout au long de la carrière signifie qu’il va concerner tous les professeurs anciens et nouveaux. Il permettra aux “accompagnateurs”, que ce soit l’inspecteur, la direction ou les émissaires de l’inspection, de conseiller et faire des propositions de formation continue. Refuser de faire ce que préconise sa hiérarchie va être d’autant plus difficile que c’est elle qui va désormais définir sa carrière. Et comme les rendez-vous de carrière vont être rares, l’enjeu va être de taille. De plus, c’est notre hiérarchie qui va définir aussi l’attribution des indemnités qui seront décidées localement. On doit aussi noter qu’avec l’introduction de la formation tout au long de la vie, le fonctionnaire “peut être tenu de suivre des formations continues” à la demande de sa hiérarchie (ce qui est encore précisé par la récente ordonnance imposant le Compte personnel d’activité dans la Fonction publique).

Pour contrôler l’autonomisation des établissements
et les nouvelles missions

L’autonomie passe par les nouveaux programmes. Ces nouveaux “programmes”, qu’on a embrouillés pour répondre aux compétences du socle, sont une clé de l’autonomisation. Leur définition nationale, en effet, ne se fait maintenant plus par niveau mais par cycle. Et il revient désormais, à chaque établissement/école (ou regroupement) de définir ses propres progressions par niveau ou annuelles. Ce qui revient de fait à sélectionner les contenus d’enseignement (aspect curriculaire des programmes). Les compétences constituant la base de l’évaluation des élèves, et l’imprécision du contenu étant ce qui caractérise le mieux les compétences, les établissements n’auront d’autre alternative que de se différencier en sélectionnant les contenus disciplinaires qu’ils enseigneront.

Et l’accompagnement de l’inspection avec l’aide des directions des établissements et des écoles, doit aider ou veiller, c’est selon, à la bonne marche de cette élaboration. Celle-ci va nécessiter un fort investissement en temps de réunion de la part des équipes pédagogiques. C’est une des nouvelles missions des enseignants.
L’accompagnement veillera à ce que les réunions d’élaboration de ces programmes curriculaires et des progressions aient bien lieu, et avec toute l’équipe pédagogique comme l’exige la loi. Certains, plus zélés que d’autres, pourraient être alors repérés au cours de cet accompagnement des inspecteurs et des directions, et une hiérarchisation émergera qui aura droit aux nouvelles indemnités et à des propositions de carrière. Les vœux de la ministre aux recteurs mentionne le travail conjoint des inspecteurs avec les directions, donc y compris des écoles.

Pour faire respecter les nouvelles hiérarchies locales

La territorialisation, rappelons-le, consiste en une disparition des prérogatives de l’État. Ainsi les autorités locales deviennent partenaires de l’Éducation nationale. Les communes définissent à présent les horaires scolaires de nos écoles et participent à l’enseignement au travers des TAP. Elles ont maintenant leur propre Projet Éducatif Territorial auquel doivent se soumettre les TAP et les professeurs.

Donc, l’accompagnement va permettre de contrôler la conformité des enseignements avec les projets y compris locaux. À la clé bien sûr, les futures indemnités qui seront attribuées sur proposition des inspecteurs.

Pour imposer le partenariat, une nouvelle mission

La territorialisation se base aussi sur le partenariat. Avec la commune avant tout, mais aussi les collectivités locales, les parents d’élèves, et également potentiellement, les centaines d’associations que l’Éducation nationale agrée au fil des BO. Ces partenaires deviennent co-éducateurs partenaires de l’Éducation nationale. L’accompagnement des professeurs permettra ou veillera à ce que le partenariat soit réel dans l’élaboration des projets (qui remplacent peu à peu les programmes), mais aussi des parcours. L’un des enjeux de partenariat, pour patronat et gouvernement, c’est de marchandiser l’école, de faire de l’école une nouvelle source de profit.

On le voit, l’accompagnement dissimule des objectifs qui sont loin de la bienveillance affichée par notre ministre. Autonomisation des établissements/écoles, partenariat forcé en premier lieu avec la commune, ce par quoi passe la territorialisation de l’enseignement, l’accompagnement constitue l’outil privilégié du gouvernement pour forcer les enseignants à tout mettre en place. Contre la territorialisation de l’Éducation nationale, il est indispensable d’exiger l’abrogation de la réforme de l’évaluation des enseignants.

Marie Contaux

* Ce texte est issu d’une intervention faite au CDFN de la FSU-13, le 17 janvier 2017.

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 6/02/2016– page 14 & 15


Brèves

23 janvier - Touche pas à ma ZEP !

Contre la disparition de l’éducation prioritaire en lycée :
“Touche pas ma ZEP !”
Coordination (...)