Justice et dignité

Édito revue 07
mercredi 8 mars 2017

Deux rapports dénoncent une atteinte aux droits et une injustice sociale en hausse. Amnesty relève “des restrictions drastiques et disproportionnées aux libertés et à des droits essentiels”. Et le Défenseur des droits note “moins d’accès aux droits en raison du moindre accès aux services publics”. Il montre, statistiques à l’appui, que les jeunes ont surtout droit aux contrôles d’identité et que ces contrôles sont trois fois plus nombreux pour les personnes perçues comme noires ou arabes. Et ils donnent souvent lieu à des insultes, des agressions, des vexations…

L’émotion suscitée par le viol de Théo est énorme et durable, parce que c’est une agression commise par un policier accusé de violences fréquentes, notamment par un autre jeune d’Aulnay tabassé quelques jours auparavant. S’il n’y a pas eu de réactions immédiates, c’est parce que Théo a appelé au calme.

Mais l’IGPN et le parquet de Bobigny ont tenté de présenter le viol de Théo comme accidentel. Intolérable ! Les associations, les syndicats dénoncent ce viol et exigent justice pour Théo et pour touTEs les autres et d’en finir avec les violences policières. Et les jeunes dans les quartiers populaires veulent venger Théo par la confrontation avec la police, dans un rapport de force tellement inégal que plusieurs centaines d’entre elles/eux ont écopé de GAV (garde à vue), de comparutions immédiates, de peines de prison… Dans de nombreuses régions (en Ile-de-France les 23 et 28 février, avec 15 établissements bloqués), les lycéenNEs ont manifesté leur solidarité avec Théo, par des blocages, des rassemblements et des manifs. Ces jeunes ont besoin d’être soutenuEs par des prises de position et une présence de militantEs à leurs côtés. Ils et elles se sont faitEs tabasser, traquer Flash ball à bout de bras, dans les cours d’immeubles, blesser, interpeller violemment. Il en aura fallu plus pour les décourager mais ne commettons pas deux fois la même erreur : la jeunesse, première mobilisée contre la loi travail, a été d’autant plus sauvagement réprimée qu’elle est restée isolée pendant tout le mois de mars 2016.

Les jeunes expriment de plus en plus leur ras le bol du harcèlement et des violences de la police à Aulnay, comme à Nantes ou ailleurs. Ces pratiques et l’arrogance de la police sont favorisées par son impunité, de la part de la hiérarchie et de la justice, son surarmement mais aussi par l’influence idéologique et électorale croissante du FN au sein des forces dites de l’ordre et aux attitudes irresponsables des politiques. Ainsi, Hollande a exprimé sa compassion au chevet de Théo au moment où, à défaut du récépissé de contrôle d’identité promis, il lègue un ultime (?) cadeau à la jeunesse : la loi du 15 février 2017, véritable permis de tuer. Cette loi créera des dizaines d’affaires Théo, car elle constitue un encouragement exorbitant pour la police qui considère déjà qu’elle a tous les droits. Droits à des rassemblements séditieux, visages masqués et arme de service en bandoulière. Droit de jouer aux cow-boys pour masquer leur échec à protéger contre les attentats, à maintenir un autre ordre que celui de leur violence. Droit à faire condamner leur victimes pour outrages afin d’arrondir leurs fins de mois.

Pour résister à ces violences, à ces injustices, et pour offrir des alternatives collectives aux jeunes en colère, il faut se doter d’outils, des collectifs unitaires antirépression travaillant avec des groupes d’avocats, des tracts avec rappel des droits et contacts pour se défendre, le renforcement des street medics… Et aussi réaliser la jonction, tant redoutée des défenseurs de l’ordre capitaliste établi, des répriméEs des banlieues, avec celles et ceux des mouvements sociaux et des syndicats. En marchant le 19 mars, à 14 h place de la République à Paris, à l’appel des familles des victimes des violences policières et des innombrables structures qui soutiennent, nous avons touTEs l’occasion de montrer la force de cette convergence, de l’étendre et de maintenir cette dynamique après le 19 mars.

Quentin Dauphiné